CHAPITRE XXVI
Arrivé choi le* Asliira*. — fclonnemcnt général A mon apport — Crainte qu'inspire mon regard. — Grande réception. — Message et cadeaux de la part du roi. — Le kendo ou sceptre royal. — Le roi Olenda. — Son allocution. — Ma pendule est regardée comme un fétiche. — Tableau de la plaine. — Villages. — Cabanes. — Agriculture. — Extérieur des Ashiras. — Habillements. — Art du tisserand. — Mode curieuse de» jeunes femme». — Procédés de teinture. — Coiffures. — Particularités. — Frayeur des esclaves. — Condition des femme». — Mariage. — Cataracte magnifique. — l/i mont Nchoundo. — Superstition au sujet de cette montagne. — Un cas do folie. — Ascension du mont Andéle. — Rencontre d’un nsliiégo-mbouvé. ■ — Sa retraite pendant la nuit. — J’essaye de gravir le Nkonmoo- Nabouali. — Je tue un gorille. — Difficultés de l’ascension. — Famine.
Pour nous préparer une digne entrée dans le pays des Ashiras. Okindjo se fit précéder de deux hommes chargés de leur annoncer qu'un esprit venait les visiter el que lui-méme avait élé choisi pour lui servir de guide. Bientôt nous aperçûmes beaucoup de mouvement, dans le village le plus proche, et une demi-heure après toute la plaine paraissait avertie du grand événement. Pendant ce temps, les habitants qui étaient le plus près se dirigèrent de notre côté, et je marchai moi-même à leur rencontre; mais, dès qu’ils me virent, ils s’arrêtèrent tout à coup . et la majeure partie d’entre eux s’enfuit en donnant des marques d'épouvante. Nous continuâmes à avancer tout doucement. Il était presque nuit lorsque j’entrai dans le premier village. Peu de gens osaient s’approcher de moi, et ceux-là même sc sauvaient si je fixais mes yeux sur eux ; ils craignaient ()ue mou regard ne leur fît du mal.
Okendjo marchait devant moi, proclamant dans un langage emphatique les nombreux mérites du grand homme blanc, ou grand esprit, qu'il amenait chez ses compatriotes, et la foule, pour réponse, criait sur son passage : « Le tangani est venu ! l’esprit est venu visiter notrp pays! notre pays qu'il n'a jamais vu! »
L'A K R lui' E fini ATORIALE.
Il sp trouva, par bonheur, que le chef du premier village sur notre chemin était un frère d’Okendjo, nommé Akoonga. Il vint audevant de nous. et. s'adressant à son frère : « lîst-ce vrai ce que j'apprends, Okendjo? dit-il; c’est vous qui amenez cet homme? Fst-ce une vision de mon cerveau, causée par le vin de palmier? Kst-ce là l’esprit qui fait des fusils, des étoffes, des perles, des baguettes et des anneaux de cuivre? »
Okendjo répondit : « C’est lui, c'est cet homme dont vous avez tant entendu parler ; il vient d’un pays lointain pour nous voir. »
La foule poussait des cris de surprise. On m'assigna une cabane, et. dès que j'y fus installé, le chef se présenta, suivi de dix de ses femmes, portant chacune deux régimes de bananes qu'elles déposèrent en tremblant à mes pieds. On m’apporta ensuite quatre chèvres, vingt poules, des paniers de pistaches et des cannes à sucre.
Quand j'eus accueilli ces présents. Akoonga dit à son frère : « Faites savoir à l’esprit que je le remercie de vouloir bien passer une nuit dans mon village. I)ites-lui qu’il est le bienvenu ainsi que tous ceux qui l’accompagnent, et qu'il est le maître ici tant qu’il y restera. Ces vivres sont pour lui; quant à ses compagnons, mes femmes leur apprêteront leurs repas. »
Je le remerciai.
Alors, me montrant, la cabane, il me dit : « Cette cabane est à vous, mes femmes sont à vous, mes esclaves et mon peuple sont à vous. »
Je réparai mes forces par un bon souper, puis je me couchai ; mais avant de m’endormir, j’entendis encore le chef qui disait à son monde : « Faites silence; ne troublez pas le repos de l’esprit; ne parlez pas de peur de l’éveiller; jamais rien de si merveilleux n’est apparu à nos grands-pères ni à nous. »
Grâce à ces attentions si obligeantes et si peu ordinaires, je passai une excellente nuit.
D’après mes calculs, le village d' Akoonga est à deux cent quarante milles à l’est du cap Lopez.
Dès le lendemain matin, les habitants commencèrent à affluer chez. moi. Ils paraissaient moins effrayés que la veille et m’entouraient en masse si compacte que j’en fus presque suffoqué. Comme