LES FUMEURS DF, LIAMBA
tribus qui en fassent usage, aient tant de peine à la cultiver. Comment est-elle venue là. ou comment est-on arrivé à découvrir ses propriétés? c'est ce que j'ignore. Il y a chez les Ashiras d'obstinés fumeurs de liamba, et cette habitude semble s'enraciner avec une déplorable facilité. J’ai vu des commençants qui tombaient en convulsions dés les premières boudées. Les fumeurs d’habitude éclatent de rire, ont le verbe haut, l’humeur querelleuse, et toutes les allures des personnes ivres. La folie est souvent le terme où aboutit le fatal abus du liamba. J’ai vu des hommes s'enfoncer dans les bois, sous l'influence de ce narcotique ; ils n'avaient plus conscience de leurs actions et cédaient comme des bêtes sauvages.
Les nègres reconnaissent les pernicieux effets de cette plante . et pourtant le nombre de ses partisans s’accroît toujours; encore inconnue aux tribus de la côte, elle s'imposera bientôt à elles, car ses progrès, quoique lents, n’en sont pas moins certains. Je n'en ai jamais vu une feuille sur le littoral; mais j’ai trouvé une fois, dans un barracon. un esclave qui en possédait quelques graines. Il les conservait très-soigneusement, et se proposait de les planter dans le pays où il serait vendu.
Les nègres choisissent, pour cette culture, une terre humide et riche, à proximité du plateau d’une colline et en plein soleil, situation qui procure à la plante la plus grande somme de chaleur possible.
Le sol de la prairie est léger et un peu argileux, mais on pourrait en faire un beau pays de culture. Il semble spécialement destiné à de grands pâturages. Près des montagnes, le terrain devient plus riche, plus noir et plus épais; on voit là de vastes plantations, car les habitants du centre de la plaine exploitent des fermes à sa circonférence. Les villages sont très-nombreux au pied de ces montagnes.
Le 12. je retournai dans la plaine et je fis une excursion à l'ouest, du côté du village d’Obindji, pour chasser. Je pris avec moi un certain nombre d'Ashiras qui avaient, suivant l’usage, le corps tout couvert de fétiches et les mains criblées d’entailles : toutes choses qui devaient leur porter bonheur. Ils étaient fort animés par les pronostics du fétiche qui leur promettait une bonne chasse. Le soir, quand nous eûmes dressé notre camp et que nous fûmes en repos sous nos abris, après un violent ouragan mêlé de pluie, mes hommes se mirent à
l'Afrique Equatoriale.
raconter des histoires de gorilles. Quelques-unes sont déjà connues de nos lecteurs, mais il s’en trouva deux d’un genre tout différent.
D’après l’une d'elles, un gorille se promenait dans la forêt, lorsqu’il rencontra un léopard. Le gorille s'arrêta et le léopard aussi. Celui-ci, qui était affamé, sc ramassa sur lui-même pour sauter à la gorge de son ennemi ; aussitôt le gorille se mit à pousser son épouvantable rugissement, mais, sans se laisser intimider, le léopard prit son élan ; par malheur il fut attrapé en l’air par le gorille qui le saisit par la queue et le fit tournoyer au-dessus de sa tète avec tant de force que la queue se détacha, et l'animal s’enfuit, laissant son appendice entre les mains du gorille.
Revenu auprès de ses camarades, le léopard eut à répondre à leurs questions. Qu’est-il arrivé? lui demandèrent-ils : il fallut bien leur raconter toute l'histoire. A cette nouvelle, le chef des léopards hurla si fort et si longtemps que tous scs sujets de la forêt sc rassemblèrent ; à peine eurent-ils connu l’injure faite à leur frère, qu’ils jurèrent de le venger, et sc mirent en campagne pour chercher le gorille.
Cette recherche ne fut pas longue. Dès que le gorille les vit approcher, il brisa un arbre en guise de massue, et fit le moulinet autour de sa tête d’un air si menaçant qu'il tint en respect l’armée des assaillants ; mais à la fin il se lassa, et tous les léopards, s'élançant sur lui d'un seul bond, l’étranglèrent.
L'autre histoire roulait sur un gorille et un éléphant; elle nous fut racontée avec un accent très-dramatique.
lin jour, un gorille se promenait dans la forêt, avec sa femme et son petit garçon, lorsqu'il se trouva tout à coup en face d’un énorme éléphant , qui lui dit :
« Laisse-moi passer, gorille, car ces forêts m’appartiennent.
— Oh ! 0I1 ! fit le gorille, comment ces forêts t'appartiendraientellès? Ne suis-je pas le maître ici? ne suis-je pas l’homme des bois? ne puis-je me promener où il me plaît?... »
Cela dit, il ordonna à sa femme et à son petit garçon de se tenir à l'écart ; puis il cassa un gros arbre, le brandit comme une massue, et tomba sur l'éléplmnt qu'il assomma. Quelques jours après, on trouva le corps de l’éléphant par terre, et la massue à côté de lui.
L'aventure était vraie, m'assura le narrateur, et je présume qu’il
( PoUunoefHWrui albifroiu. )