‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 3 sur 247 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Dut de mes explorations. — Facilités personnelles. — Nature du pays & explorer. — Le Gabon- — Les Mpongvvés. — Leur jalousie contre les voyageurs. — Spécialité de leur commerce. — Les missionnaires. — Baraka.

Au mois d'octobre 1855 je quittai les Etats-Unis et je m’embarquai pour la côte occidentale de l’Afrique. Mon intention était de consacrer quelques années à l’exploration de la région comprise entre le deuxième degré de latitude nord et le deuxième degré sud, sur tout l’espace qui s’étend de la côte à la chaîne de montagnes qu’on appelle la Sierra del Crgslal , et même au delà, aussi loin qu’il me serait possible de pénétrer.

Le littoral de celte région est parsemé de villages habités par les nègres, et sur quelques points on a établi des factoreries pour assurer le cours régulier du commerce. Dans ces derniers temps, l’action des blancs, comme leurs connaissances, ne s’étendait guère au delà de quelques milles de la côte et l’intérieur du pays était toujours terra incognito. Plusieurs des tribus indigènes passaient pour cire cannibales ; mais en général on ne savait rien de ces peuples ,

L'AKUIQIE ÉQUATORIALE.

malgré les terribles récits qui circulaient sur leurs sombres superstitions et. leur indomptable férocité. Quant à leurs productions, on ne pouvait s’en faire qu’une idée grossière, d’après les rares expéditions d’ivoire, d’ébène, de bois rouge et de caoutchouc que les riverains des fleuves transmettaient à la côte. Mais sur l'histoire naturelle, l’objet le plus intéressant pour moi, les données abondaient, et j’étais certain d’avance de trouver là un champ digne de tous les efforts d'un explorateur et d’un naturaliste.

Cette conlréc inexplorée est le domaine du farouche, de l’indomptable gorille, de ce singe si extraordinaire qui, par sa conformation physique et par certaines habitudes, se rapproche le plus de l’homme; sa férocité, que rien ne peut vaincre, a fait de lui la terreur des chasseurs indigènes les plus braves; animal si peu connu d’ailleurs jusqu’à ce jour des naturalistes et du monde civilisé, que son nom ne figure même pas dans beaucoup de livres d’histoire naturelle. On devait trouver aussi dans l'épaisseur de ces forêts, si les indigènes disaient vrai, un autre singe qui y construit des nids ou abris, le nshiégo mbotivé, celui qui sur l’échelle animale est placé le plus près du gorille, et encore d'autres variétés de singes; l’hippopotame et les lamentins se rencontrent dans les rivières; et l’on découvre au fond des bois et sur les montagnes de nombreuses espèces d'oiseaux et de bêtes, dont quelques-unes nous sont tout à fait inconnues.

Remonter le cours des fleuves, explorer les montagnes, étudier l'homme primitif, me mettre au fait des superstitions, des coutumes et du genre de vie des tribus noires qui n'ont point encore été visitées, chasser le gorille, observer ses allures, découvrir ses repaires, approfondir la nature de tous ces grands singes dont il est le type le plus terrible et dont la ressemblance avec l’homme nous frappe d’étonnement et presque d’horreur, reconnaître enfin la faune de cette zone, et rapporter des collections capables de contribuer à élargir le domaine de la science, tels étaient les principaux objets de mon voyage sur la côte d’Afrique. Un autre but que j’avais encore en vue, c’était de m’assurer si, dans l’intérieur du pays, au milieu de ces chaînes de montagnes dont les fleuves tirent leur source, il ne se trouverait pas quelque contrée fertile et peuplée, et

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