ON VEUT QUE JE FASSE UN MIRACLE
le calme de la nuit, semblait les frapper de terreur. Là. aussi, on disait que c’était un esprit qui veillait sur moi, surtout pendant que je dormais, et qui tuerait tous ceux qui en voudraient à ma personne ou à ma propriété.
Quand ils me virent écrire, ils s’écrièrent tout d’une voix que j'allais faire quelque étoffe et que c’était un échantillon modèle. Là-dessus un conseil s’assembla, composé de trente chefs apingis, lesquels, après mûre délibération, revinrent vers moi, Rcmandji en tête, et me dirent solennellement : « Esprit, vous êtes notre roi. Vous êtes venu dans notre pays pour nous faire du bien, et vous êtes tout puissant. » Alors ils me demandèrent de leur fabriquer des perles et d’en faire une montagne aussi haute que l’arbre le plus haut du village (ils me le montrèrent), afin qu’eux, leurs femmes et leurs enfants pussent aller au tas en prendre tant qu’ils voudraient. De même pour la cotonnade, pour les chaudrons de cuivre, pour les tringles, pour les fusils et pour la poudre. Et toute la population qui s’était rassemblée autour de moi au nombre de plusieurs milliers, criait en choeur : « Yo ! yo ! » en témoignage d’assentiment.
Je vis bien qu’ils étaient de bonne foi dans leur demande et qu’ils 11e doutaient pas de l’accomplissement de leurs vœux. Ils croyaient fermement que je fabriquais pendant la nuit les articles que je leur livrais jour par jour en échange de leurs fruits et de leurs autres aliments, et que je les cachais toute la journée dans la forêt, pour ne les montrer qu’au moment voulu. Je ne pouvais pas leur persuader qu’il m’était, impossible de créer moi-même ces articles par la seule opération de ma volonté; aussi mon refus de les satisfaire fut-il un cruel désappointement pour toute cette foule qui était venue de plusieurs milles à la ronde pour être témoin d’un miracle. Plusieurs des chefs apingis avaient amené leurs villages entiers avec eux. Tout ce mondelà campait dans la forêt en tel nombre que la famine ne larda pas à se déclarer parmi eux. Il y avait même un chef ashango d’un village établi à une centaine de milles à l’est — tant les nouvelles voyagent vite — qui était venu avec un certain nombre d’hommes pour emporter sa part des trésors que je devais enfanter si miraculeusement. A mesure que ces gens-là arrivaient, toutes ces figures rayonnaient de joie, et ils doutaient si peu du résultat que si. par une grâce spéciale,
L'A F II l QU E fcl.l U A T O R I A L K.
j'avais réalisé le prodige qu’ils me demandaient . ces pauvres païens en auraient élé à peine surpris. C'était une étrange et curieuse scène. Ils se rctirèiMBh&grinés; ils ne croyaient pas à mon impuissance, mais ils s’imaginaient que je ne voulais pas leur faire plaisir.
Grâce à ces populations qui venaient me rendre visite, je pus les étudier à loisir sans avoir la peine de me déranger. Les femmes me parurent très-fécondes, plus que dans aucune autre tribu de l’Afrique. Presque toutes celles que j’ai vues avaient trois ou quatre enfants.
Iloruma al frmtne apmgiv
Mais elles sont affreusement laides, assez, petites, en comparaison des hommes, et tatouées partout d'une manière qu’elles trouvent magnifique et qui m’a semblé hideuse. Les deux sexes liment leurs dents en pointe, ce qui leur donne une physionomie féroce et effrayante.