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PIÈGES A LÉOPARDS

Leur couleur est d'un noir jaunâtre. A ce propos, j’ai remarqué que dans toutes les parties du continent africain, depuis les limites du Sahara jusqu’au territoire des Apingis, les naturels des régions montagneuses de l’intérieur sont d’une couleur moins foncée que les populations du littoral et des plaines.

Le 17, nous allâmes dans la forêt préparer un piège pour les léopards ; car il avait disparu deux chèvres d'un troupeau qui appartenait à Remandji. Ce piège est disposé d’une façon originale et assez ingénieuse. On coupe un grand nombre de pieux que l’on enfonce solidement en terre, bien serrés les uns contre les autres, sur deux rangs parallèles, ou deux haies, à deux pieds de distance. Pour les rendre plus solides, on les attache ensemble par des sarments de lianes, et d’autres pieux sont fixés fortement en travers des premiers. Cette étroite allée est dessinée en zigzag, et l'un des bouts reste ouvert; à l’autre, qui est fermé, on a attaché une chèvre vivante. Celle-ci par ses bêlements attire le léopard qui se glisse dans ce culde-sac, et n’a plus ensuite l’esprit d’en sortir, car l’espace a été ménagé de façon qu’il n’a pas de place pour se retourner. On se sert aussi de cette espèce de piège pour prendre des gazelles [nchérï) et le menu gibier. J'en ai vu plus tard qui étaient destinés à de petits animaux. C’étaient de grandes allées d’un mille de long à peu près, dans lesquelles étaient ménagées, par intervalles, des ouvertures et des impasses semblables, de manière â donner accès au gibier, et à ne pas le laisser sortir.

Le 18, je fus solennellement investi du kendo , qui est ici l’insigne de la souveraineté. Remandji plaça le kendo sur mon épaule, me conférant par là un pouvoir pareil au sien. Cette cérémonie eut lieu en présence d’une foule immense qui la confirma par ses acclamations et qui promit de m’obéir. Remandji prit la parole : « Vous êtes, me dit-il, l’esprit que nous n’avions jamais vu. Nous ne sommes que de pauvres gens vis-à-vis de vous. Vous êtes de ceux dont nous avons souvent entendu parler, qui viennent d’un pays que personne ne connaît et que nous n’avions jamais espéré voir. Vous êtes notre roi et notre maître ; restez toujours avec nous. Nous vous aimons, et nous ferons ce que vous voudrez. »

De nouvelles acclamations suivirent celte harangue. Puis des

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réjouissances eurent lieu; on apporta du vin de palmier et l’allégresse devint générale, suivant l’usage officiel des couronnements. A dater de ce jour, je pus m’appeler : «Du Chaillu I", roi des Apingis.» Peu de souverains, j’imagine, sont montés sur le trône par le droit d’un suffrage aussi universel. Je me me serais pas soumis, bien entendu , aux indignités qui suivent l’élection d’un roi d’Afrique et qui précèdent son investiture, comme je l'avais vu dans le Gabon et chez d’autres tribus encore; aussi n’en fut-il pas question.

Le kendo dont on se servait était fabriqué par les Shimbas, une tribu reculée vers l'est, qui passe pour la plus habile de toutes à travailler le fer. C’est d’elle que toutes ces peuplades de l’intérieur tirent le peu d’objets en fer que l’on trouve en leur possession.

Le pays est plein de palmiers, dont le fruit très-doux donne de l’huile. Je n’ai jamais vu une telle quantité de palmiers, tous chargés de noix mûres. On pourrait aisément expédier sur des radeaux jusqu’au littoral des milliers de tonnes d’huile, si une fois le commerce était libre. L’Apingi mange les noix, dont il paraît d’ailleurs se bien trouver, et en vérité j’incline à croire que ce régime est favorable à la fécondité des femmes de ce pays. Les Apingis fabriquent peu d’huile et s’en servent surtout pour oindre leur chevelure et leur corps. Ils ne trouvent de chalands que chez les Ashiras, qui leur prennent d’ailleurs si peu de calebasses d’huile chaque année, et à si bon compte, que cela ne vaut pas la peine d’en parler.

Très-amateurs de vin de palmier, ils vont régulièrement s’en procurer dans les forêts. Dans le cours de mes excursions et de mes chasses, j’ai vu souvent une calebasse suspendue A un tube enfoncé dans le cœur d’un arbre. Celui à qui elle appartient vient d’ordinaire le matin de bonne heure en boire le contenu, tout seul, en plein bois; car, s’il apportait le vin au village, quelque ami altéré lui en demanderait sa part. On ne sacrifie pas ici un arbre pour en avoir la liqueur, comme font beaucoup d’autres tribus. Les hommes aiment à s’enivrer. J’ai vu la moitié des hommes d’un village ivres tous en môme temps. Il faut dire A l'honneur des femmes qu’elles ont beaucoup plus de tempérance, quoique j’en aie vu aussi quelques-unes en état d'ivresse.

Les femmes ont une manière de se tatouer qui leur semble de

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