‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 207 sur 247 · TISSAGE DES ÉTOFFES · texte numérisé non relu

TISSAGE DES ÉTOFFES

influences du dehors, conservent une partie de ces coutumes. S'ils ne peuvent pas transporter ailleurs tout leur village , ils détruisent du moins la maison dans laquelle un homme est mort et no souffrent pas qu’on en élève une autre au même endroit. Le lecteur comprendra avec quel plaisir j'ai salué un peuple qui vit à. la même place depuis plusieurs générations, qui cultive les arbres, qui en proclame la propriété, et qui fabrique de la toile.

Tous les hommes sont tisserands chez les Apingis. Leur métier, assez compliqué, ressemble beaucoup à celui dont se servent les Ashiras, qui, sans aucun doute, l’ont emprunté à leurs industrieux voisins. Ce métier est étendu sous l’avant-corps de la cabane ; c’est un spectacle agréable et réjouissant, quand on se promène dans la rue, que tous ces travailleurs occupés à tisser une belle et excellente étoffe.

Les Apingis ont en effet la réputation de fabriquer la toile la plus moelleuse qui se trouve dans toute cette contrée. Quelques-uns de leurs échantillons colorés sont fort beaux. Les pièces d’étoffe, en raison du peu de longueur des filaments dont ils se servent et de leur inhabileté à les étirer en tresses, n’ont jamais plus de trois pieds de long sur deux de large. Pour appliquer les couleurs, ils commencent par teindre les fils, et les disposent ensuite fort ingénieusement dans leurs tissus. Il faut un jour pour fabriquer un carré d’étoffe unie, et deux, ou quelquefois trois, pour les étoffes de plusieurs couleurs. Quand ils expédient leurs carrés de toile pour la vente, ils les emballent par paquets de vingt ou trente. C’est de cette manière que la toile arrive souvent jusqu’au littoral, où on l’emploie à faire des vêtements et aussi des moustiquaires. Les miens étaient de cette étoffe. Les naturels la préfèrent à la cotonnade du commerce. Chez les Apingis, on ne se soucie pas d’échanger l’étoffe indigène contre la nôtre, et je trouve qu’on n’a pas tort.

Pour faire un ndengui ou pagne, on coud ensemble plusieurs carrés de toile au moyen d’une aiguille de bois et d’un fil d’herbe; cette couture est aussi soignée que les nôtres. Les hommes sont leurs propres tailleurs. Un ndengui se compose de six à neuf morceaux. Les élégants, parmi les Apingis, portent quelquefois un autre ndengui, jeté sur l’épaule, comme ornement plutôt que pour l'usage. Les femmes s’en tiennent strictement au costume si restreint dont j’ai déjà parlé.

50Î L'AFRIQUE ÉQUATORIAL

18 décembre. Hier, j'ai dit à Remandji que je désirais aller à la chasse du léopard. Il m’a aussitôt envoyé un homme qui possède un fétiche par la grâce duquel il tue les léopards à volonté, sans courir le moindre danger. Je me mis à lui rire au nez. « Riez, homme blanc, me dit-il, riez, mais vous verrez! »

Il se livra ensuite à toute sorte de simagrées et finit par me dire que je ne devais pas l’accompagner, mais que la nuit suivante je verrais un léopard. Son grand monda lui viendrait en aide.

Il partit, ce matin, et dans l’après-midi, à ma grande surprise, je le vis revenir avec un beau léopard. Il me demanda un prix si élevé pour la peau, dont on fait ici des ornements, que je ne voulus pas la lui acheter. Je suppose qu'il y a beaucoup de ces animaux dans la forêt et j'irai en tuer un pour moi-méine.

La peau du léopard découpée en bande depuis la tête, le long de l'épine du dos, jusqu’à la queue, est employée ici comme une ceinture de guerre, lorsqu’elle a été solennellement consacrée par le fétichinan. Cet ornement rend, dit-on, le guerrier invulnérable. Ni lance, ni flèche, ni balle ne saurait atteindre le porteur d'une pareille ceinture. Comme on ne peut en tailler qu’une seule dans chaque peau, et qu’il faut absolument, pour remplir le but qu’on se propose, que ce soit une peau de léopard, cet objet se maintient naturellement à un taux très-élevé; car chaque guerrier attache une grande valeur à ce qui fait le salut de sa personne.

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