ÉNORMES ARAIGNÉES
propose, et la femme épouse son amant. Quelque répugnante qu'une semblable pratique puisse nous paraître, je suis persuadé qu'elle prévient, parmi les Apingis, beaucoup de querelles ou mémo de guerres qui, sans cela, ensanglanteraient leurs villages.
Comme je traversais la forêt le lendemain pour aller chasser, je fus mordu par une de ces grosses araignées tachetées de jaune, qui sont si communes dans les bois de l’Afrique, aussi bien que dans les rabanes des indigènes. Quelques-unes de ces araignées atteignent des proportions énormes. J’en ai vu soin ent dont le corps était aussi gros qu’un œuf de moineau. L’araignée des maisons, qui se nourrit surtout de mouches et de mille-pieds, est ordinairement d'un gris sombre; couleur qui la dissimule dans l’obscurité de la cabane. Il y en a une espèce qui ne tend pas de toile pour attraper sa proie, mais qui la guette de très-loin. Elle se cache pendant le jour dans les fentes de la maison et ne se met en chasse que la nuit. Aux approches du soir, les cancrelats, qui fourmillent dans chaque cabane africaine, se montrent de tous côtés. Souvent alors, à la faible lueur d'une torche, h demi suffoqué par la fumée, il m’est arrivé de passer des heures entières A observer tous les mouvements de l’araignée. Elle sort tout doucement de sa tanière, choisit un poste favorable et resle IA ramassée sur elle-même, immobile pendant une demi-heure s’il le faut. A guetter au passage quelque cancrelat malavisé. S’en présenle-t-il un A la fin, aussitôt l’araignée fond sur lui. Il s’entame alors une lutte d'un grand intérêt qui se prolonge souvent une demi-heure. I.e grand cancrelat d’Afrique atteint presque la taille d’une souris; c’est, pour l’araignée un adversaire très-fort et assez, redoutable. Elle se cramponne A son dos, et, pour qu'il- ne puisse lui échapper, elle s’accroche au sol ou au mur par deux de ses pattes poilues, qui font arc-boutant; le cancrelat fait tous scs efforts pour se dégager de cette étreinte; il se débat et secoue rudement son ennemi; quelquefois il réussit A l'entraîner A quelque distance; mais l'araignée se cramponne de nouveau, et la lutte recommence. Cependant l’araignée n’a pas cessé, durant le combat, de sucer le sang du cancrelat, qui s’affaiblit de plus en plus et qui finit par succomber. Alors la bêle victorieuse traîne le corps dans quelque coin, où elle achève de s’en repaître A loisir.
Une autre grosse araignée do maison tend sa toile pour prendre les mouches et les insectes , comme le font celles de nos pays.
Mais les espèces les plus grosses et les plus nombreuses se trouvent dans les forêts. L’araignée tachetée de noir et de jaune qui m’a mordu tend sa toile au milieu des bois ; celle toile est du même jaune clair que le corps de l’araignée ; elle est ordinairement placée dans un lieu découvert, entre deux arbrisseaux, et peut avoir trois pieds de diamètre ; le fil en est très-gros et tellement fort qu'il m’est arrivé quelquefois, en marchant vite, de donner par hasard de la tète contre cette toile, et d’éprouver une certaine résistance. La morsure de cet insecte est très-douloureuse, mais point venimeuse. La sensation est celle d’une aiguille rougie au feu qu'on vous enfoncerait dans la chair, mais elle ne dure qu’un instant et la blessure se cicatrise tout de suite; j’ai été plusieurs fois mordu par cette araignée.
Il y a une ou deux espèces qui ont les pattes très-courtes, le corps plat et ovale, entouré d’aiguillons, et qui, lorsqu’on les tire de leur toile, ressemblent plutôt à des punaises de bois qu’à de véritables araignées. Toutes les araignées de forêt tendent des toiles pour attraper leur proie; elles sont de diverses couleurs; aucune d’elles n’est venimeuse, autant que j’ai pu m’en assurer par ma propre expérience et par les rapports des indigènes.
J'ai trouvé aussi et j’ai tué, pendant mon séjour au village d’Agobi, deux petits animaux très-remarquables: l’un, appelé par les Apingis kendo, est un écureuil, le plus petit de beaucoup que l’on connaisse. On le représente de grandeur naturelle dans la gravure qui accompagne ce texte, et qui a été faite d’après un de mes sujets empaillés. C’est un petit animal gracieux et vif; il saute de branche en branche, il s’assied sur ses pattes de derrière pour grignoter ses graines, il relève sa queue le long de son dos, il a enfin toutes les allures de ses congénères de plus grande taille 1 . J’ai appelé cette nouvelle espèce sciurus minulns.
C'est une des plus charmantes et des plus curieuses petites bêles que j'aie vues en Afrique. Quand mon guide me vit tirer sur quelque
4. Pour la description, voir les Procès-verbaux de la Société d'histoire naturelle de Boston, 4860. p. 366.