ADIEUX A RK MA N DJ I
pour la première fois de ma vie. je sentais ce qu’on appelle la nostalgie, A son plus haut période.
Quand je déclarai à Reinandji que j’étais obligé de m’en retourner, il appela Minsho et lui dit : « L’esprit doit nous quitter ; cela me fait beaucoup de peine . mais c’est sa volonté, il faut nous y soumettre. Attendez cependant qu’on lui procure des vivres, pour qu’il ne soit pas affamé en route. » Là-dessus, on m’apporta des volailles, des bananes et du manioc. On me pria de garder le kendo ou sceptre, « afin, me dirent-ils, que si vous revenez, vous puissiez encore nous commander. »
Remandji me donna aussi deux bonnets d'un tissu fort bien travaillé, qui faisait l’admiration de toutes les dames du pays.
F,n retour, je donnai au vieux chef mon couteau et ma fourchette; puis, sur sa demande, je tapissai les murs de sa cabane avec des journaux de New- York que j’avais reçus pendant mon séjour chez les Ashiras, et dont les colonnes m’avaient aidé à supporter les ennuis de l'inaction. Fier de cette décoration de son intérieur, il se promettait bien de la conserver jusqu’à la visite d’un nouvel esprit blanc, pour qui ce serait à coup sur un curieux spectacle. « Et dans plusieurs années, ajouta-t-il, quand je dirai à des peuples éloignés qu’un esprit
OutiU des A pi n gts — I. Hache. 2. Mp»nv>.
est venu me voir et qu'il a été mon ami, s’ils me disent : vous mentez, je leur montrerai ces choses que vous m’avez laissées, et alors ils me croiront. »
On m’offrit une grosse enclume de fer, mais son poids la rendait
L’AFRIQUB ÉQUATORIALE.
SSî
d’un transport difficile ; en outre, le fer tient lieu d’or chez les Apingis; enfin il eût «5té cruel de les priver d’un instrument si utile A leurs forges. Ils travaillent fort bien le fer, moins bien pourtant que les Fans, les meilleurs forgerons que j'aie vus en Afrique. Ils fabriquent des couteaux pareils il ceux des Ashiras, et des haches dont la gravure ci-dessus donne l’image exacte; les ornements sont travaillés avec goût; mais l'industrie spéciale de ce peuple, c’est la fabrication de la toile.
Nous partîmes enfin le 16 janvier, et nous passâmes la rivière dans de petites pirogues. Comme nous traversions le bois pour regagner la plaine des Ashiras, je rencontrai une troupe de petits singes. Un de mes jeunes gens, nommé Isounghi, était avec moi; quand j’eus tué mon singe et que je l’eus ramassé, je revins vers Isounghi, et je fus frappé du prodigieux changement qui s'était opéré en lui. Mou jeune compagnon qui , au moment oii je l’avais quitté, il y avait à peine une minute, était aussi noir qu’un corbeau, était maintenant tout couvert d'ampoules et comme marbré de taches blafardes aussi horribles que dégoûtantes. C’était une étrange et complète métamorphose. Cependant les ampoules s’étendaient toujours tandis que je l'observais, et en moins de cinq minutes A peine restait-il sur tout son corps une place qui conservât sa couleur naturelle. Toute sa figure était envahie , ses lèvres et son nez déformés et ses yeux fermés. r
Cette étrange éruption est connue chez les Ashiras, les Bakalais et les Commis sous le nom d’élila. Les ampoules sont larges, mais de grosseur et de forme différentes, assez pareilles A des cloches de brûlures. La peau se soulève, puis surviennent des démangeaisons et des cuissons intolérables qui arrachent des cris au malade. Je lâchai mon singe, je courus au pauvre Isounghi et je le conduisis A un petit ruisseau, où il prit de l’eau pour s’arroser le corps, ce qui parut le soulager un peu. Vint alors un de nos Ashiras qui, voyant l’état de son compagnon, tira de sa gibecière une écorce jaune de je ne sais quel arbre, la broya et la mit avec de l'eau dans sa bouche. Quand il l’eut mâchée quelque temps, il rejeta cette liqueur sur le malade, qui s’en frotta doucement tout le corps. Partout où il l’appliquait. 1’enllure diminuait A vue d’ueil. Au bout de vingt minutes peut-être.