‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 27 sur 247 · PROPOSITIONS DE MARIAGE ILLIMITÉES. B · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS DE MARIAGE ILLIMITÉES. B

rivières rie rhum, ce qui sembla en désappointer quelques-uns.

Puis le roi, qui a très-bon cœur et qui est. sujet, il îles élans de générosité, me prévint qu’en l’honneur de ma visite et de mon séjour chez lui il voulait mettre ii ma disposilion toutes les femmes du village. Je déclinai cette offre en disant que les hommes blancs trouvaient qu’il était mal de traiter ainsi les femmes; que dans mon pays chaque homme n’en avait qu’une seule (je ne parlai pas des Mormons), cl qu'il n’était pas permis d’en posséder deux ou un plus grand nombre. Ce fut pour eux le dernier coup. Ils poussèrent un cri général de surprise , et même les femmes dirent que c’était là une loi bizarre et qui ne valait rien. F.n somme, je présume qu’ils devaient nous trouver, nous autres blancs, des gens bien singuliers; et peutêtre une appréciation de l'Amérique par un nègre serait-elle tout aussi curieuse et tout aussi intéressante, à un autre point de vue. que celle de l’Afrique par un blanc.

Le lendemain, mes chasseurs partirent avant le jour, disant qu’ils étaient décidés à ne pas perdre de temps, de crainte que je n’éprouvasse le besoin de rester encore un jour à la maison. Ils avaient une sorte d’enjouement caustique, ces braves noirs , et ils en donnaient là un échantillon. Notre troupe était nombreuse, car il s’y était joint quelques-uns des meilleurs chasseurs du village. Je leur distribuai de la poudre; ils avaient tous des fusils tels quels, et nous nous divisâmes en deux bandes. Aboko s’en alla avec un ou deux camarades à la chasse du léopard, tandis que j’emmenais avec moi dans la forêt tout le reste de la bande pour chasser ce que je trouverais. Vers midi , nous revenions avec plus de gibier que je n’en ai jamais tiré dans une journée en Afrique, quoique à vrai dire ce ne fussent pas de grosses pièces. Cependant ma joie était vive, car, parmi les animaux que j’avais tués moi-même, je trouvai une variété nouvelle et jusqu’alors inconnue de pintade, oiseau de la plus grande beauté. On peut juger du plaisir que me causa cette découverte.

I.a poule de Guinée à crête ( numida plumifera), comme on la nomme, est un oiseau tout nouveau dans la science. C’est une des plus jolies pintades qui aient encore été découvertes. Sa tête est nue. d’un ton bleu foncé, et couronnée par une touffe de plumes droites, élancées, minces et soyeuses, réunies en aigrette. La partir» supé-

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Heure du cou, la gorge et l’occiput, recouverts d'un duvet noir chez le mule, sont nus clic/, la femelle. Le plumage du corps est d'un beau fond bleu foncé, parsemé d'une grande quantité d’yeux d'un blanc légèrement teinté de bleu. I.c bec et' les pattes sont aussi de couleur bleu foncé, comme la peau de la tête. Les petites plumes des ailes sont blanches en dessus h leur extrémité. La longueur totale de l'oiseau que je tuai ce jour-là était de dix-sept pouces.

C.el oiseau ne se trouve pas dans tes forêts voisines de la mer, mais on le rencontre seulement, comme je l'ai su depuis, à peu près à cinquante milles à l'est de Sangatanga. Il est très- farouche, et va par bandes dans les bois, où le voyageur entend sa voix criarde. Il pousse en elfet un son rauque et discordant comme les autres pintades. Il évite les sentiers battus; mais on rencontre ses traces dans les endroits bien boisés, car il gratte et déchire la terre partout où il s’arrête. Il a le vol puissant, et il dort la nuit sur le sommet des grands arbres; toute la bande perche ordinairement sur le même. .Surpris par le chasseur, ces oiseaux ne s'enfuient pas en troupe, mais ils s’éparpillent de tous côtés; de là la grande difficulté de les atteindre; aussi les indigènes ne les tirent pas souvent.

Je n’avais rien mangé le matin avant de partir; je fus donc fort aise de revenir dîner et déjeuner en même temps, avant de me mettre à empailler mes prises. Je suis sur que jamais collectionneur maniaque ni empailleur d’oiseaux ne se donna plus de peine pour un fie ses échantillons que moi pour ma brillante pintade. Je la serrai très-soigneusement avec un curieux singe noir (colobus salamis) , et les deux pièces furent envoyées à Sangatanga par l’homme le plus sûr que je pus trouver. A peine eus-je fini que j’eus un violent mal de tête, et je ne fus pas fâché lorsque Aboko revint sans avoir rien tué; car. sous ces latitudes, dès qu’un animal a été abattu, il faut l’empailler sans perdre de temps, autrement les fourmis le dévorent.

J’étais si fatigué que je me couchai de bonne heure; mais je pus à peine fermer l’œil. Ce fut toute la nuit un grand vacarme dans le village; il y avait fête publique en l'honneur de mon séjour. Heureusement on ne m’invita pas à faire un speech ni à prendre paît au divertissement. C'était déjà bien assez ennuyeux pour moi d'entendre les chants, les danses et tout le tapage de leur gaieté. Le lendemain

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