‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 28 sur 247 · UNE FEMME A LA TORTURE · texte numérisé non relu

UNE FEMME A LA TORTURE

mon mal de tôle avait redoublé, et je ne pus chasser; je restai donc dans le village , et je fus montré comme un objet de curiosité à un grand nombre de Shekianis qui vinrent par troupes des environs pour me voir. Naturellement Njambai élait ravi de tout ce mouvement. Ces gens-là, n’ayant jamais vu de blanc, m’examinaient avec un bizarre mélange de crainte et d’ébahissement. Mes cheveux surtout excitaient leur surprise. Quelques-uns prétendaient que je devais être un esprit (mbuiri), et paraissaient frappés devant moi d'une terreur respectueuse.

Mes chasseurs rapportèrent le soir une grande quantité de singes et se régalèrent de leur chair, tandis que je me mis à empailler huit des échantillons les plus rares avant de me coucher, car on n’aurait pas pu les garder. Heureusement tout fut tranquille celle nuit-là, et. ma besogne finie, je pus dormir en repos. C’était une des époques consacrées par la superstition du pays ; la lune était pour quelque chose dans tout cela. Il me fut impossible de. découvrir ce (pie c’était, et je crois (pie les habitants eux-mémes ne le savaient pas trop; mais chacun se faisait sur le corps des marques de craie rouges et blanches, et allait ensuite se coucher.

Je ne sortis pas le jour suivant et j’en fus bien heureux . car j’eus occasion de sauver la vie à une pauvre femme qui allait périr dans les plus horribles tortures. Après le dîner, j’étais occupé à lire, lorsque j’entendis un cri de femme en détresse. Je demandai ce que c’était; on me répondit que c’était le roi qui châtiait une de ses femmes; on ajouta que je ferais peut-être bien d’aller essayer de la sauver. Je courus à la maison du roi, et là, devant la véranda, s’offrait un spectacle qui me glaça d’horreur. Une femme nue était liée par le milieu du corps à un gros poteau planté en terre. Ses jambes étendues étaient attachées à d’autres pieux plus petits, et de fortes cordes lui entouraient le cou, la taille, les poignets et les chevilles. Ces cordes étaient enroulées autour de bâtons qui les serraient et les tordaient avec force, et lorsque j’arrivai, la peau de la malheureuse femme s’entamait déjà sous l’effort de cette pression terrible. Une grande foule assistait à cette scène sans paraître émue le moins du monde. Je présume qu'elle en avait l’habitude.

J’allai droit au roi, et, le prenant par le bras, je le priai de relà-

cher, polir l'amour de moi, l’infortunée créature et de ne pas la tuer. Dès <|ue j'eus parlé, on cessa de peser sur les cordes. Les exécuteurs semblaient assez disposés à suspendre le supplice, mais le roi hésitait, il avait peine à renoncer à sa vengeance. Il entra dans sa maison, je l’y suivis, et je menaçai de Quitter immédiatement son pays s’il ne relâchait cette femme. A la lin , il se décida et me dit : u Déliez-la vous-même j je vous la donne. »

Je m’élançai aussitôt et, ne pouvant dénouer les terribles liens , je les coupai avec mon couteau. La pauvre créature était couverte de sang. Quelques-unes des cordes avaient pénétré si avant dans la chair, qu’elles l’avaient fendue, et le sang avait jailli. Du reste, elle n’était pas sérieusement blessée, et je remerciai Dieu du fond du cœur d’avoir été à même de lui sauver la vie. J’allai immédiatement retrouver le roi, et je lui fis promettre de ne plus la punir; puis je m'informai de ce qu'elle avait fait pour mériter un tel châtiment. Il me répondit qu’elle lui avait dérobé le ceinturon de perles qu’il portait ordinairement autour du corps, et qu’elle l’avait donné à son amant ; cruelle offense en effet.

Alors, pour changer le cours des idées de Sa Majesté d’ébène, je lui montrai un petit oiseau perché sur le haut d'un grand arbre, près de la maison , et je me fis fort de l’abattre. Il se récria que c’était impossible; je l’avais bien prévu, car les nègres sont de pauvres tireurs. J’envoyai chercher mon fusil , j’ajustai et fis tomber l’oiseau , aux acclamations du roi et de tout le peuple. Ils examinèrent mon fusil, qui avait une batterie à capsule; grand objet d’admiration pour des gens qui ne se servaient que de pierres à fusil. Alors ils déclarèrent que j’avais quelque fétiche qui m’aidait à tirer. Pour faire de telles choses, pensaient-ils, il fallait un pouvoir surnaturel.

Pour les entretenir en belle humeur, je pris des allumettes dans ma boîte et j’en allumai une. Ceci n’a jamais manqué son effet auprès des nègres. C’est pour eux le plus merveilleux des tours, et ces braves Shekianis ne se lassaient pas de me voir « faire du feu. »

Le lendemain, j’allai chasser moi -même. A ma grande joie, j’abattis un autre nouvel oiseau, une poule sauvage noire ( pliasidux niger ) , un des plus singuliers volatiles que j’aie vus en Afrique , et dont la découverte doit figurer à côté de celle de la nouvelle pintade

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