‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 29 sur 247 · ACTION DESTRUCTIVE DES FOURMIS · texte numérisé non relu

ACTION DESTRUCTIVE DES FOURMIS

que j’ai décrite précédemment. Sur une soixantaine de nouvelles variétés d’oiseaux (pie j’ai été assez heureux pour ajouter aux espèces africaines déjà connues, ces deux-là me paraissent à coup sur les plus intéressantes *.

Le phasidus niger a environ dix-huit pouces de long, y compris les plumes de la queue. La tète et la partie supérieure du cou sont dépouillées ou nues, à l’exception d’une petite bande longitudinale de duvet noir qui se prolonge depuis le bec jusqu’à l’occiput , et se termine là brusquement. La tête, dans sa partie dépouillée, est d'une teinte rose chez le mâle, et d’un rouge vif chez la femelle. La gorge antérieure est revêtue de plumes très-courtes. Quand je vis cet oiseau pour la première fois dans le bois, je crus avoir devant moi une poule domestique. Les indigènes ont remarqué aussi cette ressemblance , comme l’indique le nom de couba-iga qu’ils donnent à cet oiseau ; ce qui signifie : poule sauvage. Il est sauvage, en effet, et se laisse difficilement approcher; il est rare aussi, même dans les forêts qu’il habite. On ne le trouve pas du tout sur la côte et il ne commence à se montrer que lorsque le voyageur s’est avancé à cinquante ou soixante milles. Là même encore il est si rare que, malgré mon attention constante à le chercher, je ne pus tuer que trois individus de cette espèce dans le cours de mes expéditions. Ils ne vont pas par bandes comme la pintade, mais ils errent dans les bois, le mâle en compagnie d’une ou tout au plus de deux femelles. Ils sont trèsvigilants et se sauvent dans l’épaisseur des fourrés à la plus légère alarme.

Je commençais à être embarrassé de mes animaux , et je m’aperçus qu’il me serait impossible de pousser jusqu’au Nazareth. Je risquais trop de perdre ma collection; car la difficulté de la préserver devenait plus grande de jour en jour. Les fourmis, cette petite peste, guettent incessamment une proie . et il est impossible d’abandonner le corps d’un animal, ne fùt-cc qu'un instant, sans l’exposer à une destruction presque certaine. Que le lecteur se figure les tribulations d’un chasseur-naturaliste; il n’a pas seulement à tuer son gibier dans

I. Voir les procé$-\crbau\ de l'Académie des sciences naturelles de l’hihidelphie. de 1856.

LA F R I Q U E ÉQ U A TDK IA LL.

ccs épaisses forêts, cc qui suffit déjà à occuper toute sa journée, mais à peine rentré, accablé de fatigue, il faut qu’il empaille immédiatement les pièces , et, cela fait , qu'il les suspende par des cordes aux poutres de la maison pour les préserver. La moindre négligence peut amener la perle des échantillons les plus précieux. J’ai été plus d’une fois presque réduit au désespoir, en trouvant un beau matin, par suite de quelque petite inadvertance dans l’arrangement des cordes, un oiseau de choix ou tout autre animal complètement déchiqueté et détruit en une seule nuit par les fourmis.

Je dis au roi qu’il me fallait retourner à Sangatanga et je me mis à emballer mes animaux et mes squelettes, dont je lis des paquets d’un transport aussi commode (pie possible. Nous nous disposâmes à partir le 30 au malin. La veille au soir, je distribuai tout mon tabac aux habitants du village. Leur bon accueil méritait bien celle petite générosité, qui pour eux était une grande faveur.

Le roi me donna pour provisions de route un poulet , une deinidouzaine d’œufs et douze régimes de bananes. Je promis de lui envoyer de Sangatanga vingt-cinq tètes de tabac, une pièce de cotonnade, un verre plein de poudre, trois pipes et quelques perles. A ces articles, il me pria d'ajouter un peu de rhum; mais je ne voulus pas m’y engager.

Il me dit alors de revenir le voir et de rester plus longtemps la fois suivante; il me prêterait ses meilleurs chasseurs. « Mais, ajouta-t-il, quand vous reviendrez, n’oubliez pas de m’apporter du rhum. » Ainsi allait-il toujours, demandant ceci, promettant cela, mais sans cesse revenant au rhum. Pauvre vieux roi! comme il eût été heureux d’aller faire un tour à Sangatanga. pour y avoir à coeur joie de sa liqueur favorite!

Quand nous fûmes prêts à partir, le roi voulut que son fils vint avec moi, pour lui rapporter les présents, et me pria particulièrement de ne pas oublier son rhum. En disant cela, il me donna, comme souvenir, une vieille pipe de terre noircie par le temps et l’usage, pour laquelle il semblait avoir beaucoup d’affection. Il désirait que je la portasse dans mon pays, et que je publiasse dans les deux Amériques que c’était la pipe favorite du roi Njambai.

J’eus occasion plusieurs fois de pénétrer jusqu’à vingt milles à

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