‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 30 sur 247 · DÉTAILS SUR LES SHEKIANIS · texte numérisé non relu

DÉTAILS SUR LES SHEKIANIS

l’est du royaume de Njambai, mais le pays ne me parut différer en rien de celui que j’ai déjà, décrit. Comme c’est probablement la dernière fois que je m’arrêterai chez les .Shekianis, je crois devoir donner au lecteur quelques renseignements sur celte importante tribu.

Les Shekianis, et les autres peuplades qui leur sont alliées et qui parlent des dialectes divers de la môme langue, occupent une portion du littoral et de l’intérieur, qui s’étend à quatre-vingts nrilles de la mer. depuis les rives du Muni et de la Moondah jusqu’à celles de l’Ogobay, au sud. Sur cette grande surface de pays, ils sont dispersés dans beaucoup de villages, sans avoir nulle part un point central d'union, et demeurent, pour la plupart, dans le voisinage des Mpongwés et des Bakalais. Cependant ils ont toujours soin de conserver leur nationalité.

Sur certains points, près du littoral, ils sont très -nombreux; sur d’autres points, on ne les trouve que de loin en loin, séparés par une, deux ou môme trois tribus de l’intérieur. C’est ainsi qu’ils occupent l’embouchure du Muni et de la Moondah, et toute la côte entre cette dernière rivière et le Gabon, tandis qu’au sud du Gabon ils ont cédé la place aux Mpongwés pour reculer eux- mêmes dans l'intérieur.

Quant à leurs personnes , ils sont de taille moyenne ; ils ont en général le teint clair pour des nègres, mais ils n’ont pas si bonne mine que les Mpongwés ou les Mbengas. Ils sont guerriers, perfides, très-adonnés au commerce, et en réalité fripons. Ardents chasseurs, ils ne manquent pas de courage, et font preuve d'habileté dans la vie des bois, souples et vifs, légers à la course, et rusés dans leurs évolutions pour se rapprocher de leur proie. Ils aiment les querelles et soulèvent do continuels palabres soit dans les villages de leur propre tribu, soit avec ceux des autres. Les Shekianis n’ont guère l’esprit de clan ; leurs relations de village à village ne sont pas toujours sur le pied de l’amitié; très-rarement sont-elles sur celui de l’intimité. Les hommes, qui ont cela de commun avec tous les autres Africains que j’ai rencontrés, n’ont que peu ou point de goût pour l’agriculture; ils laissent cette occupation aux femmes et aux esclaves.

c*6 L'AFRIQCE ÉQUATORIALE.

Los Shckianis du littoral ont beaucoup d’esclaves, mais ceux de l’intérieur en ont peu.

Dans leurs guerres, la ruse a la plus grande part. Ils raillent le courage de l’homme blanc qui fait face à son adversaire, el se plaisent aux embûches et aux attaques inopinées. Un homme a-t-il une querelle avec un autre; il se poste en embuscade, guette son ennemi, le frappe quand il passe et se sauve. Alors, les amis du mort entreprennent ordinairement de le venger; de là de nouveaux guets-apens et de nouveaux meurtres. Souvent une douzaine de villages sont enveloppés dans cette vendetta, et en voilà pour des mois, pour des années de massacres et de vols, chaque parti s’en mêlant à son tour, à mesure qu’il en trouve l’occasion. De là un manque absolu de sécurité, sentiment deslruclif de toute habitude stable. Souvent, pour échapper à l’assassinat, tout un village se déplace, et va se rebâtir à quelque distance, et môme alors ses ennemis savent encore l’atteindre; il s'ensuit encore d’autres complications, donnant naissance à d’autres tueries.

Ce n’est pas instinct sanguinaire chez eux, mais seulement mépris de la vie humaine, passion et désir de vengeance.

En général, la polygamie est en honneur parmi eux. Cet usage a le caractère d’une institution politique. Un homme trouve son intérêt à entrer par le mariage dans autant de familles de sa tribu ou des autres qu’il lui est possible, et à étendre ainsi ses relations de commerce, son influence et son crédit. Mais d’un autre côté, celte facilité de mœurs est presque toujours la cause de leurs palabres et de leurs guerres. Les hommes sont continuellement engagés dans

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