LE U A BON
en même temps salubre, où les missionnaires, qui maintenant souffrent et meurent le long des côtes, auraient chance d’accomplir leur tâche en sùrclé, et oii l’on pourrait aussi établir des places de commerce, dont les blancs et les indigènes recueilleraient un égal avantage.
Un séjour de quelques années sur la côte, où mon père avait eu autrefois une factorerie, m’avait initié de bonne heure à la langue, aux mœurs et aux usages particuliers des habitants du littoral , expérience dont je comptais tirer parti dans mes reconnaissances à l'intérieur. Ce séjour m’avait également sufli pour aguerrir ma constitution contre les ardeurs dévorantes du soleil d'Afrique, ou du moins pour me familiariser avec les meilleurs moyens connus pour combattre les terribles fièvres de la côte.
Le fleuve du Gabon, qui prend sa source dans les montagnes de la Sierra del Crystal , verse ses eaux paisibles dans l’Atlantique, à quelques milles au nord de l'équateur. Ce n'est pas, comme on le voit, un cours d’eau d’une grande importance. La large haie que forme son embouchure est le plus beau port de la côte occidentale ; sur la rive droite, les Français ont formé un établissement et construit un fort, en l’année 1842. C’est sous la protection de ce fort que mon père, pendant plusieurs années, s’adonna au commerce avec les indigènes ; c’est là aussi que j’acquis mes premières notions sur l’Afrique et que je nouai mes précieuses relations avec les tribus du Gabon.
Quand je reparus après une absence de quelques années, mon arrivée fut saluée par les cris de joie des nègres, mes anciennes connaissances, qui croyaient que j’étais revenu pour commercer avec eux. Les nègres de la côte occidentale sont les trafiquants les plus ardents et les plus rusés que j’aie jamais rencontrés; ils étaient ravis à l’idée de faire des affaires, et probablement un peu de fraude, avec un ancien ami. Aussi leur désappointement fut-il grand quand je fus obligé de leur déclarer que je n’étais pas venu avec une pacotille, mais bien avec le dessein formé d’explorer le pays dont ils m’avaient raconté Luit d’histoires merveilleuses, et d’aller à la chasse des oiseaux et des animaux sauvages.
Ils crurent d’abord que je me moquais d’eux; mais lorsqu’on vit débarquer du bâtiment qui m’avait amené, au lieu d'articles de
L'AFRIQUE ÊQUAT01UALE.
commerce, tout l’attirail de la vie de chasseur dans les déserts de l'Afrique, il fallut bien ajouter foi à ma résolution. Alors, leur étonnement et leur inquiétude ne connurent plus de bornes.
Les uns pensaient que j’avais perdu le sens et plaignaient mon père, qu’ils avaient tous connu, d'être affligé d’un pareil propre à rien.
Les autres me supposaient une arrière-pensée et s’alarmaient à l’idée que j’allais essayer, à la dérobée, de leur enlever le commerce de l’intérieur.
Ces Mpongwés* ou tribus de la côte, étaient maîtres en effet, comme je l’expliquerai plus loin, de tout le commerce avec le pays situé en arrière du fleuve du Gabon, et au moindre soupçon d’une atteinte |>ortée à ce riche monopole une vive terreur s’éveillait dans leurs esprits mercantiles. Iis m’entourèrent, chacun avec son thème fait sur les horreurs et les dangers d'un voyage dans les « contrées supérieures. » Je serais, m’assuraient - ils , mangé par les cannibales, noyé dans les torrents, dévoré par les léopards et les crocodiles, écrasé par les éléphants, submergé par les hippopotames, ou attiré dans un guet-apens et mis en pièces par le gorille.
Mais quand je fus parvenu à leur faire entendre que je n’en voulais pas à leur commerce et que mes plans de voyage et de chaise n'affecteraient en rien leurs intérêts, tous, hormis un petit nombre d’anciens amis dévoués, m’abandonnèrent à ma destinée.
Comme je me proposais de séjourner quelque temps dans le pays du Gabon pour m’acclimater tout à fait, j’allai me fixer chez des amis d’ancienne date, les missionnaires américains, dont l’établissement est à Baraka, îi huit milles de l’embouchure du fleuve. Là je trouvai le meilleur accueil dans le logis hospitalier du révérend William Walker et je pus jouir encore des charmes de la vie civilisée avant de les laisser pour longtemps derrière moi.
Iæs missionnaires catholiques et protestants se partagent l’enseignement religieux dans le pays du Gabon. Les premiers sont