MARIAGES
des intrigues avec des femmes étrangères. S'ils sont surpris , on les tue, ou bien ils jettent leur pays dans de graves embarras. La chasteté féminine est peu en honneur ; et l’une des grandes causes de la dépopulation graduelle de cette tribu, comme des autres, c’est qu’on marie souvent les filles dans un âge trop tendre pour qu’elles deviennent jamais mères. Des enfants sont fiancées à l’àgc de trois ou quatre ans, ou même à leur naissance, et les filles deviennent femmes à huit ou neuf ans, quelquefois même plus têt. Elles ont quelquefois des enfants à treize ou quatorze ans, mais aussi elles vieillissent ordinairement de bonne heure, et la plus grande partie meurt jeune et stérile.
Quoique la chasteté ne soit guère estimée pour elle -môme, l’adultère est cependant une offense grave chez les habitants d’un village. Elle est punie par des amendes proportionnées aux moyens de l’offenseur, et beaucoup d’hommes sont annuellement vendus comme esclaves, quand l’amende ne peut être perçue autrement. Quelquefois le coupable transige en travaillant pendant un certain temps pour le compte du mari outragé; quelquefois aussi le mal n’a d’autre remède que le sang.
Chaque homme a ordinairement une femme en chef ou principale; c’est le plus souvent celle qu’il a épousée la première. Avoir un commerce criminel avec cette femme, c'est se rendre coupable du crime le plus odieux, et l’offenseur est au moins condamné à être vendu comme esclave. Lorsque le mari forme les nœuds d’un nouveau mariage, et que sa nouvelle épouse, comme il arrive souvent, n’est encore qu’une enfant, celle-ci est mise sous la garde et sous la surveillance de la principale femme, qui l’élève jusqu’à l’âge requis. Les hommes se marient aussi avec leurs femmes esclaves; mais les enfants de ces femmes, quoique libres eux-mêmes, jouissent dans la tribu d’une influence et d’une position moindres que celles des enfants des femmes libres. Fréquemment on voit des femmes abandonner leur mari par suite d’outrages ou pour toute autre cause, et se réfugier dans des villages étrangers; et, comme c’est un point d’honneur de ne pas rendre les fugitives de ce genre , il y a là une autre source très-féconde de palabres et de guerres.
Les femmes sont traitées très-durement. Les hommes ont soin
de rejeter les plus rudes travaux sur leurs femmes. Quand a lieu le commerce du bois rouge, ils se contentent d’abattre les arbres et de les fendre en bûches, puis ce sont les femmes qui sont forcées de les porter sur leur dos à travers les forêts et les jungles jusqu’au bord de la rivière ; elles ont à passer par les sentiers les plus difficiles ; car les bêtes de somme sont inconnues dans toute cette partie de l'Afrique. C’est le labeur le plus fatigant qu’on puisse imaginer, si l’on songe que ces fardeaux doivent être transportés souvent à une distance de six ou sept milles, ou même plus.
La tribu shekiani est divisée en clans, et quoique ces familles deviennent quelquefois très -étendues, le mariage est prohibé entre les membres d'un même clan. Les enfants ajoutent beaucoup à l'importance d’un chef de famille , surtout les garçons ; et une femme féconde jouit , pour cette raison, d’une grande considération. Dans les cas assez fréquents où le chef de famille est vieux et décrépit, les lois sont assez indulgentes pour la mère, k qui on ne demanda guère compte du merveilleux progrès de la famille. Les Shekianis s’entendent mal k élever les enfants et ils en perdent une grande partie en bas âge, faute de savoir les soigner.
Wombi ou KuiUru do» Shekianis, à cinq cordes.
Quoiqu’ils habitent des villages, on pourrait presque les appeler un peuple nomade. Ils sont continuellement k parcourir le pays, et changent de place pour la première cause venue ; c’est tantôt un palabre avec un village voisin, tantôt la mort d’un chef, ou l’idée que leur village est ensorcelé. Alors ils rassemblent tous leurs effets, et, recueillant le plus de provisions qu’ils peuvent, ils émigrent en