‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 33 sur 247 · I.AFRIQOE EQUATORIALE · texte numérisé non relu

I.AFRIQOE EQUATORIALE

et reuarrant, tant et si bien que je fus obligé de leur rappeler qu'il était une heure et que le moment était venu de dormir.

Le lendemain, 1“ juin, Aboko et moi nous allâmes à la recherche des éléphants, pendant que Niamkala, avec quelques autres hommes, partaient pour la chasse du sanglier, et aussi, à tout hasard, pour celle du gorille et du chimpanzé. J’eus peu de chance et ne réussis h luer que des singes et des oiseaux sans valeur. Mais comme nous retournions au campement, il m'échut à ('improviste, ainsi que les bonnes aubaines arrivent d’ordinaire , le plus beau coup de la journée. Aboko et moi nous cheminions négligemment lorsque j’entendis le cri d’une perdrix grise tout proche de moi et je me retournai pour la tuer, s’il était possible. Comme je m’avançais dans l'herbe, — nous étions précisément à la lisière de la forêt, — je vis tout à coup plusieurs buffles, dont un h coup sûr m’était dévolu d’avance, car il se tenait un peu en avant des autres et l'herbe était assez haute pour lui dérober mon approche. Aboko et moi nous avançâmes tout doucement vers l’animal sans défiance et j'étais sur le point de lever mon arme, lorsqu'Aboko m’arrêta vivement en me faisant signe d'écouter. Nous demeurâmes immobiles et j’entendis h peu de distance, à ce qu’il me parut, un bruit sourd qui pouvait être pris par une personne inattentive pour le vent circulant dans les herbes. Mais l’ouïe subtile d’ Aboko lui dénonça quelque autre chose. Sa figure s’altéra, et il me dit à voix basse : « Enjego ! » Ce qui veut dire en shekiani : léopard.

Le bruit continuait ; nous fîmes doucement et avec précaution quelques pas en avant pour tâcher de voir par-dessus l’herbe. La situation n’était pas rassurante. Le léopard d’ordinaire ne sort que la nuit; il n’y a guère que l’excès de la faim qui puisse le chasser de son antre pendant le jour, et plus il est affamé, plus il est féroce et prompt dans ses mouvements. Nous savions que l’animal était près de nous, mais nous ne pouvions le découvrir. Comme le vent soufflait de notre côté, je sentis, à ne pas m’y tromper, l’odeur forte et toute particulière qu’il exhale; ce qui acheva de me prouver que décidément il n’était pas loin. Une idée me traversa l’esprit. Etait-il là à nous guetter? Ses yeux pénétraient-ils à travers le taillis que les nôtres ne pouvaient percer? S’il en était ainsi, n'allait-il pas sauter sur nous?

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