‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 35 sur 247 · SUPERSTITIONS AC SUJET DC LÉOPARD · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS AC SUJET DC LÉOPARD

du pied ; mais on in’arrèta en me priant d'en retirer le fiel et de le détruire moi-même. On voulait par là empêcher que noire troupe fût inquiétée dans l’avenir. Les nègres se figurent, h ce qu’il paraît, que le fiel du léopard est un poison mortel, et mes hommes craignaient d’être soupçonnés par leurs ennemis de Sangatanga d'avoir soustrait quelque partie de ce poison. Pour parer à cela, je devais détruire le fiel ; je pourrais ainsi porter témoignage en leur faveur s’ils venaient à. être accusés d’empoisonnement. C’est ce que je fis. convaincu cependant qu’au fond de tout cela il n’y avait qu’une pure croyance superstitieuse.

Ce jour-là, le 2, mes hommes passèrent tout leur temps à fumer nos nombreuses pièces de gibier. Par cette saison, le temps est magnifique pour le chasseur et pour l’homme qui vit dans les bois. L’air est frais et les nuages tempèrent l'ardeur du soleil; les arbres des forêts sont en fleur et embaument. Si les nuits sont fraîches, on sait se garantir du froid. La rosée est légère et beaucoup moins abondante (pie dans la saison des pluies. L’herbe, brûlée parfois par les naturels sur une grande étendue de prairies, offre au chasseur de meilleures chances et moins de périls que si elle était haute ; elle rend, il est vrai, l’approche du gibier plus difficile, mais lorsqu’on peut se placer sous le vent de l'animal et qu’on s’y prend d’ailleurs avec précaution, je trouve que cette difficulté est peu de chose. Chaque jour, nous abattions plus ou moins de pièces sans importance, beaucoup de gazelles entre autres, des sangliers, des singes sans nombre et des oiseaux. C’étaient là des chasses vulgaires, et ce n’est pas la peine de s’y étendre. Je ne veux faire mention que des animaux inconnus et plus précieux.

Je tuai ce jour-là un autre nouvel oiseau, une espèce de toucan ( tockus camurus) ; c’est le plus petit toucan qu’on ait encore découvert ; celui-ci n'avait que quatorze pouces de long. Son bec est rouge ; toute sa gorge et sa poitrine sont d'une couleur d’ambre brun, le croupion est teinté de pourpre, les ailes et la queue d’un vert bronzé. Les plumes des ailes sont blanches à leur extrémité, ce qui dessine deux raies blanches très-apparentes qui traversent les ailes en diagonale. Les premières plumes n'ont qu’une seule tache d'un pourpre pâle sur chaque face, plus large du côté interne; les troisièmes sont bordées de

pourpre pâle sur les deux faces; le dessous des ailes est blanc ; l'extrémité de la queue est également blanche, et les tuyaux des plumes de la queue sont d’un blanc jaunâtre, tirant sur le jaune d’or en dessus et sur le blanc pur en dessous. Cet oiseau , le plus mignon des toucans connus, est un habitant des forêts, et il évite la prairie. H est timide; il vole par bandes, au nombre de cinq à six jusqu’à douze, et ne se trouve point au nord de l’équateur, du moins autant que j’ai pu m’en assurer.

C'est le troisième oiseau nouveau que je tirai dans le pays du cap Lopez. Presque tous les oiseaux trouvés dans ces forêts sont également communs dans l’Afrique du sud et ont déjà été décrits. Il est donc inutile d’en parler ici.

I/O 5, Aboko et Niamkala, en rapportant un beau sanglier, me dirent qu’ils avaient rencontré des traces d’éléphants toutes fraîches; je résolus donc d’aller le lendemain avec eux du côté des éléphants.

Nous nous mîmes en chasse le fi, mais sans succès, et nous passâmes la nuit dans la forêt, déterminés à continuer le jour suivant. Les éléphants ne sont pas communs dans cette région, au moins à cette époque de l’année; ou dirait qu’ils voyagent beaucoup, faute de trouver sur place une nourriture suffisante. Nous avions marché presque toute la journée du 7, lorsque enfin, à une heure avancée de l'après-midi, nous rencontrâmes la proie que nous cherchions. En débouchant d’un fourré dans la plaine, nous aperçûmes à notre gauche, sur la lisière même du bois, un éléphant mâle solitaire.

Je n'avais jamais vu d’éléphant que dans nos ménageries. L’énorme bête se tenait tranquillement contre un arbre , sans se douter de notre présence. Alors, pour la première fois, je fus frappé de l'imposante stature de ce géant des forêts; mes yeux et mon esprit s'arrêtaient complaisamment sur ses proportions colossales. Le lieu, du reste, était propre à les faire ressortir par comparaison; car de grands arbres ne semblaient que de faibles tiges quand je les mesurais à la masse du quadrupède debout et immobile auprès d’eux.

Mais ce n'était pas le moment de faire des réflexions. Notre affaire était de le tuer, quoique j’éprouvasse une véritable compassion à l’idée de détruire une créature si puissante. J’étais jaloux de lui tirer le premier coup; mais en calculant toutes mes chances, je reconnus

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