‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 41 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Corisco la Iwllc. — Lrs Mhengas. — Établissements des missionnaires. — Une veillée des morts en Afrique. — Départ pour le Muni. — Attirail d’un explorateur. — Plan d'opérations.— Un pauvre débiteur en Afrique. — La loi de lyncli. — Ma pirogue. — l>; Muni. — Les manglicrs. — Je me perds dans le marécage. — Le roi Dayoko. — Présentation.

J’eus alors l’idée d’explorer le fleuve Muni; dans ce but, je partis du Gabon pour l’île de Corisco, où j’étais déjà allé plusieurs fois. Je devais prendre là une pirogue et des hommes pour m’aider à remonter au moins une partie du fleuve. Corisco, qui mérite bien d’ètre appelée Corisco la pittoresque . est une île située dans la baie du même nom, à douze milles environ de la terre ferme, entre le cap Saint-Jean et le cap Steiras. Elle est assez élevée et bien boisée ; ses rivages sont bordés principalement de cocotiers, venus là des îles du Prince et de Saint-Thomas, où cet arbre se trouve en abondance, tandis qu’à Corisco le cocotier était à peine connu.

Bien que ec ne soit qu’une petite île, Corisco a scs collines et scs vallées, ses forêts et ses prairies, et même un petit lac ou un étang où les canards sauvages viennent souvent se baigner et pécher. On dirait un monde en abrégé, mais un charmant petit monde. Tantôt les côtes sont hérissées de rochers à pic, opposant leur front inébranlable à la fureur des vagues qui se brisent contre leurs lianes, tantôt, plates et sablonneuses, elles se déroulent en une superbe plage blanche, adossée à de beaux palmiers, parmi lesquels se groupent les petits villages des indigènes, avec leurs plantations de bananiers, de manioc, de pistaches et de maïs.

Les villages sont disséminés tout le long de la côte; ainsi, de quelque côté de l'ile qu’un navire passe, on voit la fumée tourbillonner au-dessus de la cime des arbres. De belles coquilles sont répandues en quantité sur la plage parmi les rochers; à la marée

L’AFRIQUE ÉQUATORIALE

basse, les yeux sont attirés par une multitude d’oiseaux de mer; et presque sur chaque saillie de roc qui surplombe, le chasseur distingue des faucons pécheurs ou des aigles, immobiles et guettant patiemment la proie qui nage au-dessous d’eux. De grandes quantités de poissons sont pêchées par les indigènes; en outre, à certaines époques la tortue abonde sur le rivage; on en retourne un nombre considérable. L’intérieur des forêts est peuplé de perroquets et d’oiseaux plus petits.

Le climat de l'ilc est plus sain que celui du continent voisin. L’eau y est rare en de certaines saisons, quoiqu'il y ait, au centre de l'île, quelques sources et de petits ruisseaux limpides qui ne tarissent jamais. Le sol produit, outre la noix de coco, le manioc, la banane, la patate douce, l’igname et la pistache. On voit aussi beaucoup de citronniers. Toutefois le manioc est l’aliment principal des insulaires. Le palmier à huile croît là en grande abondance , mais on ne fabrique pas beaucoup d’huile dans le pays, et la population consomme tout ce qu’elle récolte. Le palmier cependant ajoute au charme d’un paysage dont mes yeux ne pouvaient jamais se lasser; les perroquets au plumage éclatant, mille autres brillants oiseaux, et les écureuils, ([ni s’élancent sans cesse sur ses branches et qui vont picorer les touiïcs de scs coques jaunes, font de cet arbre le véritable favori des amateurs de la nature.

L’ilc n’a pas plus de douze milles de tour. Sa population . d’environ mille Aines, est disséminée sur toute sa surface. C’est un peuple doux, pacifique, hospitalier pour les étrangers, porté d'inclination vers les hommes blancs, vers les missionnaires surtout, qui se sont établis au milieu d’eux. Ils appartiennent à la tribu des Mbengas, les commerçants les plus entreprenants et les caboteurs les plus hardis du littoral. C’était autrefois une tribu belliqueuse par excellence, et, lors de mon premier voyage sur la côte, elle était perpétuellement en guerre avec ses voisins. Mais il y a dix ans, la société presbytérienne des missions américaines envoya là quelques missionnaires, et les cITorts de ces hommes respectables ont réussi à transformer complètement le caractère des Mbengas. Moins batailleurs aujourd'hui, ils ont perdu celte réputation de férocité dont ils se faisaient gloire autrefois.

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