‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 42 sur 247 · C0R1SC · texte numérisé non relu

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Cette tribu n’habite pas seulement Corisco, clic occupe les terres avoisinantes des caps Steiras et Saint-Jean. Leur langue diffère quelque peu de celle des Bakalais; comme ceux-ci cependant, ils ne connaissent pas la lettre R , tandis que la langue des Mpongwés et tous ses dialectes en font un grand usage.

Corisco n’a ni bestiaux ni bêtes sauvages. Pas d’autre quadrupède que trois variétés d’écureuil. Les serpents toutefois y sont communs , et particulièrement le serpent noir venimeux. On y trouve peu d’aliments pour le commerce d’exportation, si ce n’est des produits végétaux. L'activité des Mbengas, trop resserrée dans cette petite île. les entraîne vers la terre ferme, où ils se sont fait une grande réputation de commerçants. Ils naviguent dans leurs pirogues sur le Muni et le Mondah, et sur la côte jusqu’à Banoko, et les blancs les emploient assez fréquemment aux opérations régulières de leur commerce.

Il y a trois établissements de missionnaires dans l’île : Evangasimba, Ngobi et Alongo. line école est attachée à chaque établissement. La dernière fois que je vins là, ces écoles étaient fréquentées pendant la semaine par cent élèves, et le dimanche par cent vingtcinq à peu près ; et ce n’est pas trop présumer que de prédire à la prochaine génération une existence toute différente de celle qu’ont menée leurs pères. Soixante-quinze habitants environ se sont ralliés à l'église de ces missionnaires.

Les missionnaires ont dans leurs écoles des élèves qui appartiennent à des tribus de la terre ferme; ils comptent être en état de les envoyer bientôt porter, chacun dans leur pays, la parole évangélique.

Mais il reste beaucoup à faire; il est presque impossible de déraciner les coutumes superstitieuses chez ceux qui ont grandi dans leur pratique. Ceux-là donnent bien peu de prise aux leçons de leurs maîtres; ils disent toujours oui; mais ils continuent à marcher dans leur vieille ornière. Ils aiment et respectent les missionnaires; ils reconnaissent, disent-ils, l’absurdité du culte des fétiches; ils sont convaincus qu’il est mal d'immoler des esclaves ou de se livrer à d’autres cruautés; et cependant, à la première occasion, ils retombent nonchalamment dans leurs habitudes superstitieuses ou cruelles.

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l’eu de jours avant mon départ de l'île, Tonda, un Mbenga qui avait voyagé avec moi sur le Muni, vint à mourir, et je fus témoin d’une cérémonie funèbre singulière, assez semblable à « la veillée des morts. »

La mère du pauvre Tonda, avant appris que j’avais désiré le voir encore une fois, me conduisit à la maison où le corps était déposé. La chambre était encombrée. Il y avait là plus de deux cents femmes assises ou debout , en cercle , faisant entendre des chants de mort sur des airs mélancoliques et monotones. Elles formaient un groupe si serré, que d’abord je ne pus découvrir où était le corps. A la fin, quelques-unes s’écartèrent, et j’aperçus mon pauvre ami.

Il élait assis sur. une chaise.

Il était vêtu d’un habit noir et d’un pantalon.

Il avait plusieurs chapelets de perles autour du cou.

Enfin, on ei'il cru voir un spectre, quoique la pâleur de la mort ne se montre pas sur une figure noire.

Je me tenais à l’écart, plongé dans des réflexions solennelles, en présence de ces contrastes quelque peu ridicules, quand la mère de Tonda s’avança. Elle avait les cheveux rasés, et son corps élait couvert de cendres.

Elle se jeta aux pieds de son fils mort, et le pria de lui parler encore une fois.

Puis, comme le pauvre corps ne lui répondait pas, elle poussa un cri si prolongé, si déchirant, avec un tel accent d’amour et de douleur, que les larmes m’en vinrent aux yeux. Pauvre mère africaine! son chagrin était littéralement sans espoir; car ces malheureux ne voient rien après cette vie ; pour eux , plus d’espérance au delà du tombeau. « Tout est fini, » disent-ils avec un accent inexprimable de conviction douloureuse qui plus d'une fois m’a navré le cœur. En vérité, il serait bon d’adresser à ces infortunés des paroles d’encouragement et des assurances consolantes.

Au moment où je quittais la cabane, tout pensif, les gémissements recommencèrent. Ils étaient repris par les femmes, qui sont les pleureuses officielles tant (|ue le corps n’est pas enseveli. Puis la famille et les amis mettent de côté leurs parures pour plusieurs mois.

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