‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 45 sur 247 · COURS D'EAU TRIBUTAIRES DU MUNI · texte numérisé non relu

COURS D'EAU TRIBUTAIRES DU MUNI

tribus diverses qui parlent différents dialectes. Le Muni, comme la plupart des fleuves de la côte, est bordé de mangliers; mais ii son embouchure, de l’endroit où nous naviguions alors, on pouvait voir les hautes terres s’élevant en amphithéâtre , et offrant le spectacle le plus pittoresque.

A mesure que nous remontions le fleuve , les bords devenaient plus marécageux. Arrivés à dix-sept milles de l’embouchure, nous trouvâmes une jolie petite Sic, formée par la jonction do la Ntongo avec le Muni.

La Ntongo est une rivière qui a de l'importance. Sur ses rives, ou â proximité, sont établis des villages d’ibouays, d’Itaimons et de tribus shekianis. Son cours a probablement une étendue d’une quarantaine de milles, et prend sa source dans les montagnes qui forment, à l'intérieur, un des contre-forts de la sierra del Crystal. Le principal produit des pays arrosés par la Ntongo est le caoutchouc dont les indigènes, il y a quelques années, expédiaient â la côte des quantités considérables.

A quelques milles au-dessus du confluent de la Ntongo, une crique, la Ndina, verse scs eaux paresseuses dans le Muni. La Ndina n'est qu’une crique fangeuse, couverte de forêts de mangliers, en arrière desquels se trouvent quelques villages. Pas de chemins frayés qui mènent à ces villages. Il n’y a que des gens exercés à la vie des bois qui soient en état de les découvrir.

Quand nous nous fumes avancés de douze milles environ dans la crique , je m'aperçus que mes hommes devenaient inquiets. Je sus bientôt qu’ils étaient désorientés; ils s'étaient crus tout proche du village de Dayoko, notre destination, et maintenant ils commençaient à se décourager.

N’était-cc pas une jolie perspective que celle de passer la nuit dans ce marécage, exposés â être dévorés par les moustiques qui bourdonnaient à nos oreilles, et dont les dards aigus avaient déjà commencé à se faire sentir dans l’après-midi?

Au milieu de nos perplexités, nous vîmes un bateau Mbenga qui descendait le courant. Nous le questionnâmes; on nous apprit que le village de Dayoko était encore à une grande distance, et l’on nous indiqua la direction à suivre. Les hommes rassurés reprirent

les rames et se mirent, pour témoigner leur joie, & entonner des chants discordants, rendus plus discordants encore par les échos des bois.

Nous parvînmes à un petit groupe de cabanes, et là, je priai un homme qui se tenait sur la rive de nous guider chez' Davoko. 11 était prêt à le faire ; mais s’apercevant sans doute que j’étais impatient d’arriver, il demanda pour cela quatre mètres d’étoffe , deux tètes de tabac et deux pipes. C’était déraisonnable, et je refusai tout net de faire la moindre affaire avec, lui.

Bien ne donne à ces gens-là une pauvre opinion des blancs comme de nous voir faire des marchés de dupes avec eux. Aussi ai -je toujours soin de ne pas les laisser prendre d’avantages sur moi, même dans des bagatelles. Heureusement la lune se leva et nous permit de suivie notre route à travers les détours de la crique, et de trouver bientôt l’entrée d’une petite anse, au fond de laquelle était la résidence de Dayoko.

Vers dix heures du soir, nous arrivâmes au village. Nous avions fait dans la journée à peu près quarante-cinq milles.

C’était le moment de la marée basse; j’eus à marcher dans une vase infecte, qui s’étendait au loin devant moi, cl qui défendait les abords du village. Les rivages de la Ndina sont tout du long composés de ce fond vaseux qui sèche quand la mer se retire , et qui répand des exhalaisons malsaines.

Le bruit de notre approche réveilla tout le village; les hommes descendirent à notre rencontre , armés de leurs vieux mousquets de pacotille , et prêts à se battre dans le cas où il s'agirait d’un coup de main nocturne de l'ennemi. Ces gens-là sont toujours en querelle, et ne dorment guère sans craindre quelque incursion hostile. L’ennemi tombe traîtreusement sur un village endormi , et tire sur les habitants sans défiance, à travers les fentes de leurs maisons de bambous . puis s’échappe à la faveur de l’obscurité. Tel est le genre de guerre en usage dans cette partie de l’Afrique, excepté peut-être chez quelques tribus de la côte , qui ont gagné, sous le rapport au moins du courage, à leur contact avec les blancs.

Ils se réjouirent beaucoup, quand ils reconnurent leurs amis les Mbengas. Des mirages « de commerce » commencèrent à passer

RÉCEPTION CREZ DAYOKO. 103

devant leurs yeux; ils faisaient de grands gestes en jetant des cris de joie, et ils nous conduisirent en pompe, k travers le village, à. la maison qui, dans toute place nègre un peu considérable, est réservée aux étrangers. Un grand feu fut allumé, et bientôt Dayoko lui-même parut, les yeux à peine ouverts; on venait de le réveiller. Tout de suite après, la maison fut remplie et entourée de presque tous les hommes et les femmes du village.

Alors eut lieu la présentation , ennuyeuse formalité en usage chez les tribus africaines , et que les Américains et autres peuples semblent avoir imitée dans la réception des personnages distingués ou célèbres. Les principaux ofliciers de Dayoko, ainsi que lui-môme et ses femmes , s’assirent en rond autour du feu ; et quand le silence fut établi, Mbango, notre chef de file, commença son allocution. Il fallait que chaque aventure , et chaque incident de notre voyage sur la rivière, y fussent traités en détails, et qu’une énumération y fût faite des moindres événements qui avaient eu lieu, depuis l’embarquement jusqu’au débarquement. L’orateur s’énonça en phrases courtes, contenant chacune un des mille et un faits mémorables d’une journée de voyage. L'assemblée était assise en cercle, silencieuse et la bouche ouverte ; et de temps en temps les notables laissaient échapper quelques murmures d'approbation.

La harangue finie, à ma grande satisfaction, Mbango se rassit.

Aussitôt la séance fut levée. Chaque homme emmena son ami pour causer commerce (la nuit n’y faisait rien), et les femmes se mirent à préparer quelques aliments que j’attendais avec impatience et dont j’avais grand besoin.

Vers minuit le souper fut prêt; je m'assis devant une immense corbeille de bananes bouillies, et un peu de poisson, et je soupai de bon appétit. Mon repas achevé, on m'indiqua mon gîte dans la maison qui m'était assignée, et ce fut avec grand plaisir que je m'enveloppai dans mon moustiquaire pour m’endormir jusqu’au jour.

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