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EXTORSIONS DES NÈGRES. III

un dangereux système avec des gens qui sont enclins à la désertion; mais comme c'étaient des sujets de Dayoko , dont j’avais à me louer, j’aimai mieux céder à leur demande. Les drôles, du reste, s’entendent bien en extorsions. H fallut payer pour les pirogues, pour les mâts, pour les voiles, pour les rames, et pour la moindre chose nécessaire au gréement; c’était h qui me soutirerait un morceau d’étoffe ou un collier de perles, sous toutes sortes de prétextes. A la fin , je convins de donner ii chaque homme dix mètres de cotonnade et quelques feuilles de tabac; moyennant quoi ils parurent contents. Afin de les rendre plus heureux encore, j’allai trouver leurs femmes qui s’étaient montrées fort bienveillantes pour moi, et je leur donnai à chacune un peu de tabac, pour les consoler de l’absence de leurs maris.

Au dernier moment, quand nous allions partir, quand tout était prêt et que mes hommes étaient rassemblés, je fus encore obligé de renouveler h Dayoko l’assurance que je n’avais pas l’intention de faire du commerce, mais seulement de chasser le gorille et de visiter les montagnes et leurs habitants.

A la fin nous prîmes le large; notre troupe se composait, avec moi , de deux fils de Dayoko et de quelques hommes chargés de porter mes caisses et mes fusils. Mbène, chef des Mboudémos, dont le pays est notre lieu de destination, doit m’introduire dans le cœur de la sierra dcl Crystal , et alors « peut-être traverserons-nous ces montagnes pour pénétrer dans les pays qui sont au delà; » voilà ce que je trouve dans mon journal, car je désire et j’espère arriver par là aux sources du Congo.

Nous dirigeâmes les pirogues, à la rame, vers le fond de la crique qui conduisait dans le Muni, à dix milles à peu près au-dessus de l’embouchure de la Ndina. C’était un passage d’une navigation très-difficile, à travers des marécages enchevêtrés de mangliers qui, quelquefois, barraient le chemin, même à nos petites pirogues. Nous avions le courant tantôt contre nous, tantôt pour nous, et tout cela formait un tel labyrinthe de tours et de détours, que j’aurais été, certes, bien embarrassé de revenir seul.

Lorsqu’enfin nous atteignîmes le Muni , le reflux avait tant d’action , que nous fûmes deux heures et demie à ramer pour faire environ

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quatre milles. Après nous être arrêtés un instant à un petit village situé ’i deux milles au-dessous du point oit la Noya et la Ntarnbounay se réunissent pour former le Muni, nous commençâmes ;i remonter la Marnhounay. Nous avions alors la marée favorable, car, bien que l’eau soit douce en cet endroit, le flux se fait sentir jusque-là, particulièrement dans la saison sèche , où les eaux sont plus basses et le courant plus lent. Pendant les premiers vingt milles, nous remontâmes la rivière dans la direction de l’est-sud-est. Elle s'élargissait ensuite sur une étendue d’au moins deux cents mètres, et ses rives présentaient les plus charmants points de vue. Sa surface était parsemée et entrecoupée d’un grand nombre de petites îles dont les bords étaient ombragés par de gracieux palmiers. Nous étions sortis de la triste et sombre région des marécages et des mangliers.

Le soir, nous atteignîmes un village shekiani, où nous devions nous arrêter pour passer la nuit, une des nuits les plus désagréables de ma vie. Je n’ai jamais vu les indigènes si enfiévrés que ne le furent ces sauvages à la vue de mes caisses et de mes bagages. Leur convoitise était excitée par les richesses fabuleuses dont on me supposait possesseur, et l’un des chefs du pays me dit tout de suite qu’on ne me laisserait pas avancer dans l’intérieur si je ne payais à ce village de Shckianis un tribut de six chemises, de deux cents mètres d’étoffe, de trois redingotes, et d'une grande quantité de miroirs, de limes et de perles. Il y avait de quoi me ruiner complètement, et, bien entendu, je n’accordai aucune attention à cette demande.

Voyant leur effervescence s’accroître à mesure que mon séjour se prolongeait , je fis coucher mes hommes dans ma cabane ; j’espérais que la crainte de tuer des gens d’une tribu amie empêcherait qu’on ne tirât sur nous pendant la nuit. En tout cas, je m’attendais à être volé, heureux si les choses n’allaient pas plus loin. Je me couchai à cûté de mon fusil à deux coups tout chargé, prêt à tout événement, et décidé à vendre ma vio le plus cher possible. Pendant ce temps, les fils de Dayoko entrèrent en pourparler avec le chef.

Je ne pus fermer l’œil de la nuit. La foule ne cessa d’entourer ma maison, hurlant, criant, chantant, et en proie à la plus vive

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