‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 49 sur 247 · VOYAGE SUR IXE RIVIÈRE D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

VOYAGE SUR IXE RIVIÈRE D'AFRIQUE

exaltation. A la fin, vers quatre heures, le bruit commença à s'apaiser, et au point du jour tout le monde était endormi ou tranquille.

Le matin de bonne heure, dès que je pus sortir, je me présentai chez le roi et je lui dis que mes caisses ne contenaient que de la poudre, du plomb et d’autres objets encombrants, nécessaires pour mon voyage. En même temps je donnai à Sa Majesté quelques mètres d’étoffe, et je distribuai quelques feuilles de tabac aux notables de l’endroit. Us parurent tous très-satisfaits. Ils me demandèrent du rhum; mais je refusai. Bref, nous les quittâmes, suivis, le long de la rivière, d’une grande foule qui nous souhaitait un heureux voyage et un prompt retour. Je nie trouvai heureux de m’être ainsi tiré d’affaire.

Nous laissâmes notre grande pirogue au village des Shekianis pour en prendre de plus petites, et nous passâmes de la Ntambounay dans la rivière de Noonday, faisant ce jour-là, mardi 12 août, un fatigant voyage de vingt-neuf milles, dont douze sur la Noonday.

Nous avions remonté la Ntambounay dans la direction du sudest par est, jusqu’à sa jonction avec la Noonday. Là, elle tourne au nord par est; c’est alors que, changeant de direction, nous entrâmes dans la Noonday, en remontant son cours vers le sud-est.

Le paysage, vu de la Ntambounay, avait continué à être superbe. Les palmiers qui bordent scs rives, et les nombreuses petites îles parsemées sur sa surface limpide et unie comme un miroir, la vue d’une gazelle qui de temps en temps s’enfuyait loin du bord dès que notre pirogue arrivait à sa portée, les cris perçants des singes de toute espèce qui nous regardaient avec un étonnement mêlé -de crainte, la pureté du ciel, la magnificence des forêts solitaires qui nous entouraient et dont les arbres laissaient voir, à de longs intervalles, une fumée légère , indice de quelque village enfoui dans cette immensité de verdure, tout cela entretenait nos sens dans un enchantement perpétuel.

Tandis que nous allions paresseusement à la voile, j’avisai deux aigles perchés sur de grands arbres, à peu près à quatre-vingts mètres de distance. Voulant donner à mes compagnons un échantillon de mon savoir-faire , je dirigeai leur attention sur les deux oiseaux , et

avec ma double charge je les abattis tous les deux. Nos hommes pouvaient à peine en croire leurs yeux ; un pareil coup était presque un miracle pour eux. Quand ils furent un peu remis de leur ébahissement, je les entendis qui disaient : « Ah! s’il s’était battu contre ces drôles de Shekianis la nuit dernière, combien il en aurait tués! »

Dans le lointain , on pouvait distinguer la chaîne des montagnes de la sierra del Cryslal ; une seconde chaîne plus haute s’étageait sur la première. Dans la rivière dont nous remontions le cours, le poisson semblait foisonner; on le voyait s’élancer hors de l’eau, en poursuivant les insectes dont il fait sa proie; et les martins-pêcheurs, aux brillants reflets bleus, fouillaient l’onde çà et là, troublant le repos du lieu par leurs cris aigus.

En avançant sur la Noondav, nous vîmes son canal se rétrécir et enfin se réduire à un filet d'eau. Une partie de son cours traverse des fourrés ou des jungles épaisses d’aloès dont les épines aiguës déchiraient nos vêtements, et me blessèrent même au point que j’étais couvert de sang. Nous eûmes là un aperçu curieux des voyages sur les rivières d'Afrique. Les jungles d'aloès croissaient si touffues par places, précisément à l’endroit où le lit de la rivière est le plus étroit, et l’encombraient tellement que, si je ne l’avais pas vu, je n’aurais jamais cru qu'une pirogue pût s'y frayer un passage. Dans différents endroits, nous eûmes à soulever notre pirogue et à la porter par-dessus les arbres tombés qui nous barraient entièrement le chemin; c’était une lutte continuelle contre les jungles; c’était la traversée d’un marais plutôt qu'une navigation. C’est là cependant la seule grande voie de ce pays, celle dont se servent les naturels pour transporter à la côte tout leur ivoire, leur ébène et leur caoutchouc; car cela vaut encore mieux que de traverser à pied des fourrés presque impénétrables, où de pauvres femmes ont à porter de lourds fardeaux sur leurs épaules.

Le soir vint avant que nous eussions atteint le village de Mbène , qui était l'établissement le plus proche, et j'avais la triste perspective de passer la nuit dans ce mortel marécage. Par bonheur j’avais rencontré chez les Shekianis un fils du roi Mbène; ce brave garçon, voyant que mes hommes, qui n’en pouvaient plus, étaient incapables d’aller plus loin, se décida à courir jusque chez son père pour lui

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