‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 54 sur 247 · UNE CARAVANE · texte numérisé non relu

UNE CARAVANE

poussa un « hourra » qui résonna au loin dans la forêt, et auquel répondirent les cris de gens qui ne paraissaient pas être à une grande distance, mais que les rochers et les arbres nous cachaient. Micngai répliqua par le cri de guerre des Mbondémos, et une seconde réponse se fit entendre. En avançant un peu , nous nous trouvâmes en vue du campement d'une troupe nombreuse que nous reconnûmes pour des sujets de Mbène. revenant d’une tournée de commerce à l'intérieur.

C’était un tableau curieux. Ils étaient campés autour de leurs feux, au nombre d’une centaine à peu près, jeunes et vieux, hommes et femmes, quelques-uns gris et ridés, d’autres tout enfants. On voyait qu'ils étaient fatigués de leur long voyage. Ils avaient récolté du caoutchouc et rapportaient aussi un peu d’ivoire ; ils allaient maintenant porter ces denrées à Mbène ou h quelque autre chef riverain, pour les faire parvenir de main en main jusqu’au comptoir des blancs.

C'est là que je fus à même de remarquer la fainéantise des nègres et la manière cruelle dont ils font travailler les femmes. Les .Mbondémos s'étendent autour de leurs feux, tenant en main leurs lances ou leurs fusils, causant ou donnant, tandis que les femmes s’occupent de la cuisine et de mille soins pour mettre le camp en bon état ; leurs enfants même, quand ils pouvaient marcher, étaient envoyés dans la forêt pour ramasser du bois. Les pauvres créatures paraissaient rendues de fatigue, mais elles n’obtenaient pas merci.

Étant nous -mêmes fatigués, nous établîmes notre bivouac près de cette troupe, et le lendemain j’eus occasion de les voir se mettre en route. Les hommes ne portaient que leurs armes, et la plupart d'entre eux étaient armés jusqu’aux dents. Les femmes et Jes plus grands enfants portaient, dans les paniers habituels suspendus h leur dos, les vivres, dont on paraissait avoir une bonne provision, l'ivoire et le caoutchouc, et en outre — toujours dans les paniers — ceux des enfants qui étaient trop petits pour pouvoir marcher. Les vieillards n’étaient pas dispensés de porter des fardeaux, légers à la vérité, et on les voyait, tout chancelants, s’appuyer sur leurs longs bâtons.

Toute la troupe était fort légèrement vêtue, même pour l’Afrique. Ils avaient avec eux un vieux chef à qui ils témoignaient beaucoup

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de déférence, et qui était continuellement servi par ses femmes, qui semblaient l'avoir accompagné en assez grand nombre, .le donnai à ces gens-là. un peu de sel , ce qui parut leur faire grand plaisir.

Nous nous séparâmes au point du jour, après un chétif déjeuner de bananes bouillies. Il plut toute la journée, nous marchions continuellement dans la boue, tout mouillés et tout transis. Vers midi nous rencontrâmes une autre troupe nombreuse de Mbondémos qui revenait de ['intérieur. Ils n'avaient jamais vu d’homme blanc, et ils se mirent à me considérer de tous leurs yeux, sans cependant paraître effrayés. Je crains que mon extérieur ne leur ait donné une pauvre idée de mes semblables. J'avais pour tous vêtements une chemise bleue déchirée et un pantalon, tous les deux trempés, et le dernier couvert de bouc. Ils me demandèrent un peu de tabac « pour se réchauffer, » et les quelques feuilles que je leur donnai les réjouirent beaucoup. Ils semblaient souffrir de la pluie plus que je n’en souffrais moi-même, surtout les femmes, à qui j'eus soin de réserver leur part de tabac.

Il y avait dans la bande deux personnages nommés Ngolai et Yeava, qui étaient du village de Mbône, et que les fils de celui-ci connaissaient bien. Us offrirent de venir avec nous si nous voulions leur donner des vivres , les leurs étant presque épuisés ; Miengai et Makinda leur promirent ce qu’ils demandaient; alors, ils se joignirent à notre troupe.

Après une marche d’environ dix-huit milles, par la pluie, à travers des bois épais, sur un terrain montueux et raboteux (en suivant la direction générale du sud-est), nous arrivâmes au lieu où nous devions camper. A ma grande joie, je trouvai là des huttes spacieuses et commodes, toutes prêles à nous recevoir. Comme c'est là, à ce qu’il parait, une des grandes routes du pays, quoiqu’il n’y ait aucun chemin visible, différentes troupes de voyageurs de commerce avaient construit et entretenu ces abris, propres d’ailleurs et assez confortables. C’étaient des hangars élevés avec des pieux, comme dans le village de Mbène, mais mieux couverts et plus grands. De larges feuilles étaient étendues sur les pieux èt soigneusement disposées comme des tuiles, pour intercepter complètement la pluie.

Nous allumâmes de grands feux , et nous pûmes enfin jouir d'un

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