‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 58 sur 247 · HISTOIRES SUR LES GORILLES · texte numérisé non relu

HISTOIRES SUR LES GORILLES

notre poursuite; puis nous nous assîmes pour prendre le repas qu’on nous avait préparé. Je m’aperçus alors que par suite de l’imprévoyance des femmes, qui dans ce pays-là ne sont pas meilleures économes que les hommes, je n’avais plus de bananes; tout était mangé; de sorte qu’il ne fallait compter pour le lendemain, et au fait pour tout le temps de mon séjour dans la tribu des Fans, que sur deux ou trois biscuits que, Dieu merci, je possédais encore.

Pendant que nous étions couchés prés du feu, le soir, avant d’aller dormir, on paria de l’aventure de la journée, et on en vint naturellement à raconter des histoires curieuses sur les gorilles. J’écoutais en silence une causerie qui ne s’adressait pas à moi, et j’eus ainsi le plaisir d'enlemlre de la bouche de ces gens-là des récits que leur bonne foi admet , et qu’un étranger n’aurait pu tirer d’eux en les questionnant.

Un des hommes rapporta l’histoire de deux femmes mbondémos qui se promenaient ensemble dans une forêt, quand tout à coup un énorme gorille enjamba le sentier et, empoignant une des femmes, l’emporta en dépit des cris et des efforts de toutes les deux. L’autre retourna au village tremblante de terreur et raconta l’aventure. Naturellement sa compagne fut tenue pour perdue. Quelle fut donc la surprise générale, lorsqu’au bout de quelques jours celle-ci revint chez elle. Elle avoua les entreprises du gorille, mais enfin elle avait trouvé moyen de s’échapper.

« Oui, dit un des assistants, c’était un gorille habité par un esprit. »

Cette explication fut accueillie par un murmure général d’approbation.

Ils croient, dans le pays, qu’il y a des gorilles d’une espèce particulière que les initiés reconnaissent à des signes mystérieux et surtout à leur taille extraordinaire, et qui servent d’habitation aux esprits de certains nègres morts. Ces gorilles-là, au dire des indigènes, ne peuvent être jamais pris ni tués ; ils ont aussi plus de sagacité et de raison que le commun de ces animaux. Il semble que dans ces bêtes « possédées « l’intelligence de l’homme soit réunie à la vigueur et à la férocité do l’animal. Rien d’étonnant que les

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