‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 59 sur 247 · I.AFRIQUE ÉQUATORIALE · texte numérisé non relu

I.AFRIQUE ÉQUATORIALE

pauvres Africains aient peur d'un être aussi terrible que celui qui est ainsi évoqué par leur imagination.

Un autre homme raconta comment, quelques années auparavant, on avait trouvé, dans un champ de cannes à sucre, une troupe de gorilles liant les cannes en bottes régulières pour les emporter. Les naturels les attaquèrent, mais ils furent mis en déroute par ces animaux et quelques-uns même furent tués, tandis (pie d'autres étaient emmenés prisonniers. Mais peu de jours après ceux-ci revinrent chez eux, sans qu'on leur eut fait de mal, à part un seul supplice horrible : les ongles des mains et des pieds leur avaient été arrachés par leurs ennemis.

Il y a quelques années un homme disparut tout & coup de son village, probablement emporté par un léopard; mais comme on n’avait de lui aucune nouvelle, la superstition des indigènes forgea une cause pour cette absence. On raconta et on crut qu'étant un jour à se promener dans le bois, il avait été soudain métamorphosé en un hideux et grand gorille, que les noirs poursuivirent souvent, sans jamais pouvoir le tuer, quoiqu’il errât sans cesse aux alentours du village.

On parla de plusieurs individus morts, dont les esprits, à la connaissance de tout le monde, étaient logés dans le corps des gorilles.

Enfin ils répétèrent un fait qui est accrédité chez toutes les tribus où l’on connaît un peu le gorille; c’est que cet animal se met en embuscade sur les branches inférieures des arbres, guettant les gens qui vont et qui viennent, et que, s’il passe quelqu'un à sa portée, il accroche le malheureux avec son large et puissant pied, l'enlève sur l'arbre et l’étrangle à son aise.

Beaucoup de naturels s’accordent, je le sais, pour attribuer au gorille ces embuscades dressées contre ses ennemis qu’il attirerait sur les arbres au moyen de ses « mains inférieures, » comme on peut les appeler; mais j’ai de grands doutes sur l’exactitude de ce fait. Il est assez naturel que les allures mystérieuses de cet animal qui vit dans les profondeurs des forêts, et (pii évite avec grand soin l’approche do l’homme, contribuent à répandre h son sujet les idées de superstition les plus étranges.

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