‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 6 sur 247 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La population du Gabon. — Disparition mystérieuse des tribus africaines. — Villages mpongwés. — Maisons; leur construction. — Un intérieur mpongwé. — Cosiume. — Un trafiquant africain. — Monopole. — Les affaires de commission chez les nègres. — Crédit. — Latitude donnée au système du crédit. — Jalousie des indigènes. — Une journée avec un commerçant africain. — Le temps sans valeur. — Cabotage des Mpongwés. — Leurs b&timeuts. — Produits du Gabon. — Commerce de l’ivoire.

Le temps d’arrêt que je pris à cette époque (au mois de janvier 1856) avait pour but de m'acclimater complètement, avant d’entreprendre mes explorations dans l’intérieur. Je connaissais déjà, par un séjour de quelques années, le pays du Gabon et scs habitants ; mais je profilai alors de l’occasion pour étudier de près les mœurs et les coutumes des Mpongwés et me remettre à la langue de cette tribu qui, autrefois si nombreuse, est maintenant, comme tant d’autres, en voie de disparaître.

Les causes de ce graduel anéantissement de certaines tribus qui dépérissent et passent sans laisser de traces, phénomène mystérieux et jusqu’à un certain point inexplicable, formeront le sujet de quelque autre chapitre. Le fait est évident pour les observateurs.

Les Mpongwés sont une branche de l’une de ces grandes familles de la race nègre, qui se sont avancées peu à peu des sources du Nazareth vers le rivage de la mer, en étendant leurs frontières à la fois au nord et au sud, jusqu’à ce qu’on les trouvât répandues, depuis le fleuve du Gabon au nord jusqu'au cap Sainte-Catherine au midi. Une partie d’entre elles avait pris possession du rivage, les autres occupaient l’intérieur des terres. Elles avaient probablement remplacé d’autres tribus qui ont disparu en verlu de celle loi étrange

VILLAGES DES MPONGWES.

qui aujourd’hui décime peu à peu les Mpongwés eux-mêmes; e’est ainsi que la tribu Ndina s'est effacée récemment, trois personnes seulement survivant de ce qui fut autrefois une peuplade nombreuse, Elle meurt; on peut dire plus, elle est morte.

Toutes les divisions de la tribu des Mpongwés parlent la même langue, sauf quelques mots qui varient, quoiqu’elles soient séparées souvent par des tribus étrangères qui se servent d’un idiome tout différent. On ne saurait comprendre les migrations des grandes nations africaines tant qu’on n’aura pas plus de notions sur l’intérieur du pays. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a maintenant huit tribus distinctes le long de la côte sud du Gabon et dans l'intérieur, qui ont une langue et par conséquent une origine communes.

Les Mpongwés habitent surtout la rive droite du Gabon, sur une étendue de trente milles environ. Ils demeurent dans des villages dont l’emplacement est généralement choisi en vue des facilités que leur situation offre au commerce.

Les villages mpongwés, assez peu étendus, sont les plus propres et les mieux disposés que j'aie vus en Afrique. Ils n’ont généralement qu'une seule grande rue, dont chaque côté est bordé de maisons. Quelquefois on y trouve aussi des espèces de petits carrefours. Dans un village de quelque importance, la grande rue a souvent vingt mètres de large et deux cents mètres de long. En général, les maisons varient de grandeur, suivant la richesse du propriétaire. Elles sont bâties avec un bambou particulier provenant d’une espèce de palmier trèsabondant dans la contrée, dont les feuilles fournissent aussi des nattes pour la toiture. En somme, ce palmier est un des produits les plus utiles du pays.

Les maisons sont toujours de forme quadrangulaire ; elles varient de vingt à cent pieds soit en longueur soit en largeur. La principale pièce est au centre; le sol est en terre bien battue et devient, par un long usage, un plancher dur et poli.

Les murs sont élevés d’abord au moyen de pieux fichés en terre. A ces pieux on ajuste adroitement des planches de bambou, une rangée en dehors, une autre en dedans, et les fissures sont remplies par des feuilles de palmier; ainsi les murs sont lisses et polis, et

d'une netteté parfaite. On tire à cet effet des baies du littoral une qualité de bambou de grande taille, d'un blanc jaunâtre et de belle apparence.

La construction d’une maison semblable est une affaire de grande importance pour un Mpongwé. Il a d’abord un magasin de mpavos (nattes pour la couverture du toit) préparés à l’avance. Puis il rassemble la quantité qu’il lui faut de bambous, lesquels doivent quelquefois être apportés d’une grande distance sur le fleuve. Enfin, réunissant tous scs esclaves, il trace son plan, enfonce ses pieux et élève ses murs. Alors vient la question des portes et des fenêtres, où chacun consulte son propre goût ; ce qui donne à l’extérieur des maisons une certaine variété assez agréable. Quant à l'intérieur, les diverses chambres sont décorées suivant la fortune des propriétaires, et il n’est pas rare, sur la côte , de voir des appartements ornés de miroirs, de chaises , de tables , de sofas et souvent même de pendules.

Il y a un grand contraste entre ces demeures si propres et les huttes basses, circulaires, noires et sales des nègres répandus entre le Niger et la Sénégambie, avec leurs toits pointus et leurs murailles de boue.

De toutes les peuplades que j'ai vues, c’est celle des Mpongwés qui a la meilleure mine; ils se rapprochent beaucoup des Mandigos ; ils sont de taille moyenne et ils ont les traits agréables; c'est toujours le type nègre, mais il est plus beau que choz les tribus du Congo. Les hommes portent une chemise de calicot anglais, français ou américain, par-dessus laquelle ils s'enveloppent d'une pièce de toile carrée qui leur tombe jusqu’il la cheville. Ils ont pour coiffure un chapeau de paille. Le roi seul a le droit de porter un chapeau de soie. Cependant les hommes les plus riches et les chefs aiment passionnément la toilette et sont heureux quand ils trouvent l'occasion de se pavaner dans quelque uniforme militaire bien éclatant , l’épée au côté, avec tous ses accessoires.

Le principal, et, dans beaucoup de cas, le seul vêtement des femmes est un pagne roulé autour d'elles depuis le haut des hanches jusqu’au dessous des genoux. A leurs jambes et ii leurs bras nus, elles étalent un grand nombre d'anneaux de cuivre; elles ont souvent

Page 1