FLÈCHES EMPOISONNÉES
ce matin-là, 1" septembre, avec la vieille reine et un cortège composé de ses principaux chefs. Son corps était repeint en rouge, il portait un bouclier de peau d’éléphant ; pour armes offensives, il tenait trois javelines et un polit sac de flèches empoisonnées; sa tête était ornée de plumes rouges de Touracull (Coi ythaix), ses dents étaient teintes en noir foncé, et son corps était couvert tout entier de grigris et de fétiches, chargés de le protéger contre les lances, les fusils et les sortilèges. Chacun admirait la coiffure de Mashumba, la reine : c’était un bonnet de perles blanches; ces perles sont la parure que ces noirs recherchent le plus; avec le tabac et la poudre, c’est le meilleur article de commerce dont un voyageur puisse se munir, quand il pénètre dans ce pays.
Ndiayai me dit qu’entouré de ses guerriers il no craignait rien au monde, et il m’entretint de la bravoure de son peuple. Je suis en effet disposé à croire que cette tribu a une vocation particulière pour la guerre; on me fd remarquer un homme qui portail le surnom de Isnparil, mérité par son audace; il avait tué quantité d'ennemis, et aussi quantité d’éléphants.
Les Fans sont de bons archers, car il faut surtout de la vigueur
Un «m iter Fan.
pour bander l’arc; ils s’asseyent à terre, appuient leurs deux pieds sur le bois de l’arc, et tirent la corde à eux de toutes leurs forces.
Les grandes (lèches sont revêtues d'une armature de fer. qui ressemble assez à la dentelure d’un harpon; on s’en sert à la chasse, elles
L'AI'UIQI K ÉQIWTOIIIAI.E
ont il peu prés (teu\ pieds de long. Mais une autre arme plus dangereuse. c’est celte petite baguette de bambou, toute mince, à peine longue d'un pied, affilée seulement à son extrémité. Ces llèches sont si légères qu’elles s'échapperaient de la rainure de l’arc, si elles y étaient simplement placées ; pour les \ retenir on se sert d’une sorte de gomme dont on frotte légèrement quelques puints de la rainure; par un mécanisme ingénieux. le long manche de l’arc est fendu par le liant, et quand ou en rapproche les deux parties, on fait partir une petite cheville qui retenait la corde; celle-ci, se tendant avec force, chasse la flèche à une grande distance. I.e Irait frappe de mort tout ce qu’il touche; n ellleuràl-il qu'une goutte de sang, c'en est assez. I.e poison de ces flèches osl composé avec les sues d’une plante que je ne connais pas; on trempe plusieurs lois la pointe dans ce liquide, puis on la laisse sécher, elle prend alors une teinte rouge. Les flèches se conservent soigneusement dans mi petit sac. fait de la peau de quelque animal. Les tribus des alentours ont grand peur de ces projectiles, qui atteignent souvent à plus de quinze mètres, et qu’on n’a pas le temps de voir avant qu’ils soient partis. .l’en ai eu souvent la preuve ; il n’y a pas de cure reconnue pour les blessures de cette, petite baguette qui paraît si inollensive. l,a mort survient au bout de quelques instants. Tel est d’ailleurs le raffinement de perfidie de ces sauvages, qu’il leur arrive parfois, m’a-t-on dit, quand ils sont en guerre, de planter plusieurs de ces flèches de distance en distance dans les bois, sur le passage de leurs ennemis, de manière (pic les pointes dépassent le sol d'un nu deux pouces. Les pieds nus une fois entamés et écorchés, le poison circule dans tout le corps avec rapidité; l'ennemi tombe et meurt en route.
Quelques h'ans portaient sur leurs épaules la terrible hache de guerre, figurée ci-contre, dont un
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eis;»c. seul coup sullil pour fendre le crâne en deux. Plusieurs de ces haches, ainsi que des lances et d'autres armes . étaient ornées de ciselures, dont les enroulements et les courbures gracieuses faisaient honneur aux artisans du pays.