‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 66 sur 247 · ARMES DES F ANS · texte numérisé non relu

ARMES DES F ANS

Le couteau de guerre, qui pend h leur ceinture, est une arme redoutable dans les combats corps à corps. Il est fait, comme on me l’a expliqué, pour transpercer l'ennemi de part en part; il a trois pieds de long. Il v a aussi un autre grand couteau que j'ai vu

dans les mains de quelques guerriers; long d’un pied au moins, il a à peu près huit pouces de large; on s’en sert pour entailler les épaules de l’adversaire. Ce doit être une arme d’un effet terrible.

J'ai vu également une hache pointue très-singulière, que l’on jette à distance, comme les Indiens de l’Amérique lancent, dit-on. leur tomahawk. La figure I donnera au lecteur une idée de la forme curieuse de cette arme. Lorsqu'en tombant , elle frappe avec la pointe, le coup qu’elle porte est affreux. Les Fans s’en servent avec beaucoup d'adresse; ils visent à la tôle avec celte hache, la pointe pénètre dans la cervelle et tue instantanément la personne atteinte; alors, avec le tranchant de la hache, on abat la télé, qui est emportée par le vainqueur comme un trophée.

Les lances, qui ont six à sept pieds de longueur, sont maniées par les indigènes avec une vigueur cl une sûreté de coup d’œil qui m’ont toujours surpris. Ils projettent et font siffler dans l’air ces

456 I.AFRini’E ÉQUATORIALE.

longues tiges minces à une dislanre qui est souvent de vingt à trente mètres.

La plupart de ces haches et de ces couteaux ont des fourreaux recouverts en peau de serpent . ou même en peau humaine recueillie sur quelque victime tombée en combattant. Ces fourreaux sont, en général, fabriqués d’une manière ingénieuse et suspendus au cou par des cordes, qui permettent au guerrier de les porter à son côté.

Quoique si belliqueux, les Fans ne portent pas de cuirasse; il est vrai que leur manière de travailler le fer est encore trop grossière pour un tel luxe. Leur seule arme défensive est leur bouclier de peau d’éléphant ; il est si grand — trois pieds et demi de long sur deux et demi de large — qu'il suffit pour protéger tout le corps.

Outre ces armes, quelques hommes portaient un couteau plus petit, mais peut-être plus difficile à manier; instrument de forme grossière dont ils se servaient avec beaucoup d’adresse h plusieurs fins, couteau de table, hachette, etc.

Au résumé, c’était, un imposant spectacle que celte nombreuse réunion de guerriers hardis, belliqueux, à l’air farouche, complètement armés, et prêts aux expéditions les plus hasardeuses. Je n'avais jamais vu d’hommes de plus belle mine, et je les aurais jugés braves quand même toute leur panoplie ne m'eut pas prouvé que la guerre était leur passe-temps favori. De fait , ils étaient redoutés de tous leurs voisins , et s'ils eussent été animés par l’esprit de conquête, ils auraient eu bon marché des tribus placées entre eux et le littoral.

Ce jour-là , quelques Fans des villages voisins vinrent pour me voir. Okolo, un grand roi chez eux, me donna son couteau, en me disant que celte arme avait déjà tué un homme. A la nuit, il y eut des danses en l’honneur de l’arrivée d’un Esprit (c’était moi). Ces danses avaient le caractère le plus sauvage qu'on puisse imaginer. Tout le monde y assistait; et moi, en l’honneur de qui se donnait le bal. j’étais bien forcé d'y paraître. Pas d'autre musique que celle d’un grossier tam-tam fait de peau do bête sauvage ou de chèvre. La caisse pouvait avoir quatre pieds de haut et dix pouces de diamètre à un bout, mais sept seulement à l'autre. Le bois était complètement évidé et mince, et la peau était très-tendue par-dessus.

Ml' SI OIE UES FANS.

Pour battre de re tam-tam. le musicien le tenait obliquement enlre ses jambes, el avec lieux baguettes. il frappait comme lui furieux sur la surface d’en liant, (pii était le côte le plus large de la caisse.

Tambour l'an» el liamlja.

Celle inusii|iie était accompagnée de elianls, moins mélodieux encore que le bruit du lam-tam. Quant aux danses . c'élait un inexprimable mélange de sauvagerie cl d'indécence.

A la suite de celle fêle, on organisa une grande citasse à l’éléphant. Les femmes s'occupèrent des vivres, el les hommes de leurs armes. Le peu de fusils que les l'ans possédaient furent fourbis à cette occa-ion. el je fis aussi mes préparatifs pour une expédition dont j attendais merveilles avec des chasseurs si déterminés.

Page 1