‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 69 sur 247 · CN PIÈGE A ÉLÉPHANTS · texte numérisé non relu

CN PIÈGE A ÉLÉPHANTS

recommença à danser autour des paniers et à chanter les louanges de l’idole, en implorant d’elle une autre chasse, aussi heureuse que celle-là.

Le roi pensait que si l’on négligeait cette cérémonie, on ne trouverait rien à la chasse suivante, mais qu’au contraire ces chants et ces danses, en faisant plaisir à l'idole, la disposeraient à leur procurer à l’avenir plus d’éléphants encore qu’auparavant.

Les viandes du sacrifice furent portées dans les bois, où elles servirent probablement au régal de quelque léopard, à moins que le rusé docteur ne soit allé s’en régaler lui-même. Quant au corps du malheureux compagnon qui avait été tué ce jour-là, on m’apprit qu’il allait être transporté dans un autre village des Fans, pour y être vendu cl mangé; il semble que ce soit la destination toute naturelle et le but final des Fans.

Les éléphants furent dépecés le lendemain, et l’on suspendit toute cette chair pour la fumer; opération à laquelle ces indigènes s’entendent parfaitement.

La persistance que mettent les éléphants de ce pays à s'attacher à certains points de la forêt qui leur offrent le genre de feuilles qu’ils aiment a quelque chose de remarquable. Cela provient sans doute de la rareté de leurs arbres favoris. Je les ai vus rester pendant plusieurs jours à proximité de ces barrières de lianes, où les indigènes venaient en tuer journellement. Quelquefois ils entrent presque dans les villages, jetant à bas les jeunes arbres, et brisant les branches des gros, pour y prendre la nourriture qui est le plus de leur goût. Quelquefois aussi ils abandonnent le pays à la première attaque; alors les indigènes les suivent pour disposer de nouvelles barrières.

Ils ont une autre manière de tuer les éléphants ; je l’ai vu pratiquer ce jour-là dans les bois, et j’en ai eu depuis d’autres exemples. Ont-ils découvert un lieu de pâture ou de promenade où l’éléphant doit bientôt passer, soit en troupe , soit isolément , ils se munissent d’un gros bloc d’un bois très-lourd, que les Bakalais appellent hanou, et ils le hissent au haut d’un grand arbre; ce bloc est aiguisé en pointe, et armé de fer; la pointe est dirigée en bas; la liane qui le suspend est disposée de façon que si l’éléphant vient à la

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toucher, ce qu’il ne peut se dispenser de faire au moment où il passe sous le hanou, le poids relàclnî tombe sur-le-champ avec une force terrible sur le dos do l'animal ; la pointe de fer s’enfonce dans sa chair, et la pesanteur du bloc lui brise les reins.

C'est une opinion généralement admise, que l’éléphant ne se trouve que dans les plaines. Mais il résulte de mes observations que cet animal fréquente également les pays accidentés et abrupts. On rencontre souvent ses traces dans les montagnes, et plusieurs fois j’ai eu peine à eu croire mes yeux , lorsque je trouvais l’empreinte évidente de scs pas dans des endroits où il n’avait pu atteindre qu’en gravissant des côtes presque à pic, ascension que nous aurions trouvée fort difficile pour nous-mêmes.

La chair d’éléphant , dont les Fans paraissaient très-friands, et qu’ils employèrent trois jours à faire cuire et h fumer, est la viande la plus coriace et la plus maussade dont j’aie jamais goûté. Je ne saurais donner une idée exacte de son goût, car nous n’avons aucune viande qui y ressemble; mais il semble qu’elle soit toute pleine de filandres et de cartilages ; failcs-la bouillir pendant deux jours, douze heures par jour, elle sera toujours coriace. la? fumet n’en est pas déplaisant; mais quoique j’aie essayé, à plusieurs reprises, de m’accoutumer è cc mets, je n’ai fait que m’en dégoûter de plus en plus.

Il plut pendant tout le temps de notre séjour dans les bois; aussi fus-je bien aise de voir arriver le moment de retourner au village, où j’allais changer de vêtements et retrouver un lit sec.

Pendant que nous étions en chemin pour revenir, le roi des Fans m’apprit une particularité de leurs coutumes, que je ne m’attendais guère à trouver chez ces tribus de l’Afrique occidentale. Il parait qu’ils ne marient jamais leurs filles avant qu’elles aient atteint l’âge de puberté, et qu’ils veillent avec soin sur leur chasteté, au rebours de la plupart des tribus. Aussi ai-je remarqué chez les Fans, comme conséquence naturelle de cet usage, qu’ils ont beaucoup plus d’enfants que les Shekianis, les Bakalais, les Mbichos, les Mbondemos, ou telles autres tribus de l’intérieur que j'avais rencontrées au nord de l’ Équateur. Toutes celles-ci doivent, à coup sûr, disparaître graduellement , mais les Fans semblent devoir leur survivre.

i.es cérémonies de leurs mariages sont fort grossières, mais elles

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