‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 70 sur 247 · MARIAGES CHEZ LES FANS. IM · texte numérisé non relu

MARIAGES CHEZ LES FANS. IM

donnent lieu à. do grands divertissements. Naturellement le mari doit acheter sa femme. Le père, en homme rusé, fait avec lui un marché aussi avantageux que possible, mettant safdle à haut prix s’il voit le prétendant bien amoureux. Il se passe souvent des années avant qu'un homme puisse acheter et épouser sa femme. .Si le commerce avec le littoral allait mieux. 1’alTaire serait moins difficile à conclure ; mais le commerce « étant pour eux ce qu’il y a de plus précieux au monde, » ce sont toujours les denrées commerciales que l’on attend pour acheter les femmes. De là vient la bravoure des chasseurs; car l’ivoire est un des principaux articles que l'on expédie à la côte; et bien qu’après une chasse comme celle que j’ai racontée, la chair de l’animal soit partagée, l’ivoire appartient à ceux qui l’ont tué, sauf à donner une part du produit à leurs parents les plus proches. Les anneaux de cuivre, les perles blanches, et les plats de cuivre appelés neplunes, sont les meilleures valeurs qui aient cours chez les Fans pour l’achat d’une femme.

Quand un mariage doit avoir lieu, les amis de l’heureux couple emploient plusieurs jours à se procurer et à amasser de grandes provisions de vivres, surtout de la chair d’éléphant fumée et du vin de palmier. Ils engagent les chasseurs à ne pas les en laisser manquer, et accumulent tout ce qui est nécessaire pour nourrir le grand nombre de personnes qu’ils attendent. Lorsque tout est prêt, le village entier se rassemble, puis sans autre cérémonie, comme dans une vente publique (et ce n’est pas en effet autre chose), le père adjuge sa tille au mari. En général , elle est payée d’avance.

« L’heureux couple, » comme nous avons dit, est paré pour la Circonstance. Le fiancé porte une coiffure de plumes de couleurs éclatantes; sou corps est huilé; ses dents sont noires et polies comme l’ébène; son grand couteau pend à son côté, et s’il a eu le bonheur de tuer un léopard ou tout autre animal sauvage, il en drape gracieusement la peau antour de lui. Quant à la fiancée, elle est plus simplement habillée que son mari , ou plutôt elle n’est pas habillée du lout (comme toutes les femmes de la tribu). Mais pour celle occasion-là, elle est ornée d’autant de bracelets qu’elle peut s’en procurer, en cuivre jaune ou rouge , et elle porte dans sa frisure de laine une grande quantité de perles blanches.

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Quand loul le munde est rassemblé, et que l’épousée a été remise entre les mains de son mari, commence une grande fête, qui dure quelquefois plusieurs jours. On mange de l'éléphant, on s’enivre devin de palmier, et l’on s’en donne à cœur joie, jusqu’à ce que le vin devienne rare; force est alors d’en revenir à une sage sobriété.

J'ai déjà parlé de leurs danses ainsi que du tam-tam qui figure dans ces solennités, et qu’on admire d’autant plus qu’il fait plus de bruit. Mais j'ai découvert qu’ils jouent aussi d’un autre instrument d’un genre tout différent , dont la fabrication ingénieuse ne serait pas du tout indigne d’un peuple plus civilisé. Cet instrument, qu'ils appellent hamlja, se compose d’un léger encadrement, fait en roseau, de trois pieds de long sur un et demi de large , dans lequel est ajustée et attachée solidement une série de calebasses creuses, recouvertes de

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tablettes d’un bois dur et rouge qui se trouve dans les forêts. Chacun de ces cylindres est d’une grandeur différente ; ils sont échelonnés de façon à former une suite de notes régulières. Un handja en contient ordinairement sept. Le musicien est assis, tenant l’instrument sur ses genoux, et frappe légèrement les tablettes avec une baguette. On se sert de deux baguettes, l’une dure, l’autre plus douce; ce système de musique répond à celui qui a produit en France V harmonica au moyen d’une rangée de verres. Le son est clair et pur; et quoique la touche du musicien soit rude, il joue de cet instrument avec beaucoup de dextérité. Chaque calebasse a sur le côté un petit trou . recouvert d’une peau du ventre de l’araignée. Dans ce pays , la plupart des araignées sont très-grosses.

ACHATS DK CORPS.

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J'étais ii causer avec le roi, le 9, lorsque des Fans apportèrent un corps mort qu’ils avaient acheté dans un village voisin et qu'il s’agissait de partager. Je m’aperçus que cet homme était mort de quelque maladie. J'avoue que je ne pus rester IH quand on se prépara à. dépecer le corps. J’en fus malade. Je me retirai dès que l’infernale scène commença; et de chez moi je pus les entendre encore se quereller à propos du partage.

Manger des créatures mortes de maladie est un raffinement de cannibalisme dont je n’avais jamais entendu parler; je voulus donc savoir si c’était un usage généralement adopté chez les Fans, ou si ce n’était qu’un pur caprice. On me répondit là-dessus sans le moindre embarras. Ils achetaient indistinctement tous les morts de la tribu des Oshebas qui, en revanche, leur achetait tous les leurs. Ils se faisaient céder aussi, dans les tribus de leur propre nation, les morts des autres familles; en outre, ils se procuraient les corps d’un grand nombre d’esclaves des Mbichos et des Mbondemos pour de l'ivoire, au prix d'une petite dent pour chaque corps.

Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais voulu croire à deux faits qui sont authentiquement prouvés, mais qui paraissent impossibles à quiconque n’a pas une connaissance approfondie de ce peuple. C’est au Gabon qu'on me les a racontés, line troupe de Fans, qui était venue sur la côte, vola un jour un cadavre fraîchement enterré dans le cimetière, le fit cuire et le mangea. Une autre fois des gens de la même nation enlevèrent un autre cadavre qui fut transporté dans les bois; ils en découpèrent la chair, la fumèrent, et l’emportèrent avec eux. Ces horribles actions firent grand bruit chez les Mpongwés; et même les missionnaires en entendirent parler, car elles s'étaient passées dans un village qui n’était pas loin de leurs établissements; mais jusqu’alors je m’étais refusé à y ajouter foi, quoique, je le répète, elles soient constatées par des témoignages irrécusables *. En définitive, les I’ans paraissent être des espèces de

1. Cos histoires paraissent si incroyables, et même le fait d'acheter et de manger les corps des peuplades voisines, usage encore en vigueur chez les Fans, et qui jusqu’ici n'était établi que par ma propre déclaration, a soulevé une telle incrédulité chez les amis auxquels j'en ai fait part , que je suis heureux de ine trouver à mémo d invoquer un autre témoignage à l’appui du mien, celui du révérend M. Walkcr, membre de la

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goules avouées, praliqttanl leur horrible coutume ouvertement, en plein jour, cl sans rougir. J’ai vu chez eux des couteaux couverts de sang humain, auxquels leurs propriétaires attachaient un grand prix.

Ce sont, du reste, les nègres les plus beaux et de la plus vaillante mine que j’aie vus dans l'intérieur des terres, et leur affreux régime semble leur réussir. Cependant j’ai rencontré depuis lors d’autres tribus de Fans dont les membres n’avaient pas si bon air que ces montagnards. Là. comme partout, la nature du pays exerce sans doute son influence. Vivant dans les montagnes, ils ont l'extérieur hardi et fier de tous les montagnards.

Ce qu'il y a de plus étrange chez les Fans (après leur hideux cannibalisme), c’est leur empiétement continuel sur le territoire à l'ouest. Chaque année les Fans se rapprochent un peu plus du rivage. Ils établissent village après village sur les bords du Gabon; et dans le pays compris entre le Gabon et la Mondai), ils sont déjà arrivés à quelques milles de la pointe d’Obendo. C’est, enfin, une rare qui paraît remuante et entreprenante bien plus que les Rakalais. les Mbondémos, les Mbichos, et même les Mpongwés; je crois que peu à peu elle les dépassera pour prendre elle-même possession do tout le littoral, ii mesure que ceux-ci viendront à dégénérer; espérons pourtant qu’il n’en sera pas ainsi.

Il est à remarquer, du reste, que lorsque les villages cannibales se trouvent en contact avec des tribus qui ne le sont pas. ces anthropophages ne font plus le même étalage de leur horrible coutume, et qu'ils semblent même en avoir boute, ce qui donne lieu d’espérer «pie têt ou lard la civilisation relative des autres nègres aura raison de cctle affreuse barbarie.

On a supposé que ces Fans étaient, au fond, les Giagliis ou Jagas, qui envahirent autrefois le royaume du Congo, et qui paraîtraient avoir formé une grande partie de sa population. Cependant, lors de mes derniers voyages au haut du Nazareth, et dans l’intérieur, au sud de l'emplacement actuel du pays des Fans, je n’ai trouvé aucune tribu qui eût entendu parler de cet ancien peuple. Or, les migrations

mission (tu Gabon, qui m'autorise à publier qu'il garantit ta complète exactitude des deux faits ci-dessus r.ip|(orlés.

EXPLOITATION DU FlîR. HÎ7

des Pans s’opèrent par une marche si lente, dans quelque sens qu’elles aient lieu, qu'il serait impossible que les villages parmi lesquels ils seraient venus s'établir n’eussent conservé d’eux aucun souvenir; et, certes, s’ils étaient les Jagas du sud, ils auraient laissé leurs traces quelque part. D'ailleurs, tous les Fans, quand on leur demande d’où ils viennent, montrent le nord-est. N'importe il quel village ou à quel homme vous adressez cette question, la réponse est toujours la même.

Les Fans ont le teint moins noir que les Bakalais, les Shekianis el les autres tribus environnantes. Ils ont le type nègre et la chevelure laineuse. Ils se tatouent plus qu’aucun autre des peuples que j'ai vus au nord de l’équateur, mais pas encore autant que certaines tribus du sud. Cette pratique défigure moins les hommes que les femmes; celles-ci se font gloire d’avoir la poitrine et le ventre tout couvert de lignes et de cercles. Leurs joues aussi sont sillonnées de toute sorte de dessins qui, joints aux énormes anneaux de cuivre et de fer dont le poids fatigue leurs oreilles, leur donnent l’apparence la plus hideuse.

Les Fans sont très- habiles dans la fabrication du fer. Les articles de commerce qu’ils recherchent de préférence sont les perles blanches. ornement en usage dans toute cette partie de l’Afrique, et les vases de cuivre jaune ou rouge. Iaj neptune, qui a été longtemps un des principaux articles d’importation, et qui se retrouve fort loin dans l’intérieur, est découpé en morceaux par les Fans, qui paraissent s’en servir comme d'une espèce de monnaie d’échange.

Le minerai de fer se trouve en quantité considérable dans le pays des Fans, et s'exploite à la surface du sol. On ne creuse pas de mines, on recueille seulement ce qui se trouve à fleur de terre. Pour extraire le fer, ils dressent un énorme bûcher sur lequel ils entassent une grande quantité de minerai concassé, qu’ils recouvrent encore de bois; puis ils mettent le feu au bûcher. Pendant qu'il brûle, on y jette continuellement du bois, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive, à certains signes, que le fer est en liquéfaction ; alors, ils laissent refroidir la masse, et le fer se trouve coulé. Pour le rendre malléable et le tremper, ils lui foht subir ensuite toute sorte d’opérations prolongées de chauffage au charbon do bois et de martelage, et enfin ils retirent de là une qualité supérieure de fer. bien préférable à celle qu’on leur apporte

d’Europe. Il y a un fait, c’est que pour fabriquer leurs meilleurs couteaux et les armatures de leurs flèches, ils n'emploient pas le fer européen et américain , mais le leur propre. Leurs lames, pour la plupart très-bien confectionnées, sont ornées de ciselures dunl la beauté a lieu de surprendre venant d'un peuple si grossier.

Comme forgerons, ils surpassent de beaucoup toutes les tribus de celte région, îi qui les blancs n'ont pas appris cet art. Grâce à leurs habitudes guerrières, le fer est devenu pour eux un objet de première nécessité. Si leurs outils sont simples, leur patience est grande; et, comme le lecteur peut le voir à la simple inspection des dessins de leurs armes, ils produisent de très-bons ouvrages.

Leur forge se place partout où l'on peut allumer du feu. Ils ont inventé un soufflet d'une singulière espèce. Ce soufflet, qui est double, se compose de cylindres creux en bois, fermés par une peau bien ajustée, auxquels on a pratiqué une soupape, adaptée à un manche de bois. L’homme chargé du soufflet se met par terre et fait jouer ces couvercles de bas en haut et de haut en bas avec beaucoup de

LES FANS FORGERONS.

vitesse; l’air est chassé ainsi, h travers les légers cylindres de bois, dans des tuyaux de fer qui y correspondent et qui aboutissent au feu.

L’enclume est une grosse masse de fer, dont on peut voir la forme dans la vignette ci-dessus. C’est une pyramide renversée et enfoncée en terre par sa pointe, l/e forgeron s’assied auprès de son enclume et bat le fer avec un singulier marteau, qui est tout simplement un morceau de fer d’un poids de trois à six livres, ayant la forme d’un cône tronqué. Ce marteau n’a pas de manche, mais on le tient par le petit bout ; ce qui naturellement exige une plus grande dépense de force. Il est assez curieux qu'avec toute leur habileté, ils n’aient pas su inventer une chose aussi simple que le manche d'un marteau.

Le temps n’a aucune valeur aux yeux des Fans; un forgeron soigneux emploiera souvent plusieurs jours et môme des semaines h la fabrication d’un petit couteau, tandis que des semaines et des mois seront consacrés à confectionner et à parachever un couteau de guerre, une lance de luxe ou une hache d’armes. Les légers dessins, souvent entre-croisés avec grâce, qui ornent la surface de leurs plus belles armes, sont tous faits à la main, li l’aide d'un outil assez semblable à un ciseau de sculpteur et sur lequel on frappe avec le marteau. Ce travail témoigne d'une grande justesse de coup d'œil et d'un vrai sentiment d'artiste.

Ils ont aussi quelque habileté pour fabriquer de la poterie.

Poterie 4e* Fan».

I. Marmite. — 2, ('niche à eau. — 3. Bouteille de vin Je palmier.

quoique les seuls vases de terre dont ils se servent soient des marmites et des pipes. La forme des premières a beaucoup de rapport

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