RAISONS QUI M'EMPÊCHENT D'ALLER PLUS LOIN
très-belliqueuses , et qu'elles se servaient de flèches empoisonnées. Quand je témoignais le désir d’avancer dans cette direction, on s’y montrait opposé, on paraissait craindre de m’accompagner; on m’assurait, en me parlant des guerres qui existaient alors entre plusieurs de ces tribus, que les gens qui voudraient rendre visite à l’une d'elles courraient le risque d’étre le point de mire des flèches empoisonnées du parti contraire.
J'avais un grand désir de passer outre, mais je conviens que ces rapports et quelques autres considérations refroidirent un peu mon ardeur. J’étais entièrement à la discrétion des Fans , et j’y serais encore plus à mesure que je poursuivrais mon voyage. Je ne pouvais pas non plus oublier que les Fans, tout bien disposés qu’ils étaient pour moi en apparence, avaient un penchant bien prononcé pour la chair humaine, et que, par un de ces caprices dont nos goûts sont susceptibles, la fantaisie pouvait leur venir de goûter de moi. Tomber malade au milieu d’eux, ce serait les soumettre à une rude tentation que je ne me pardonnerais pas de leur donner. Et puis , je n’avais pas mes coffres assez bien garnis pour me transporter si loin et revenir; je craignais que mon dénùment ne me privât des égards et de l'obéissance que les perles, le tabac, la poudre, le cuivre et les anneaux procurent toujours à l’étranger blanc. De plus, le langage des Fans est tellement composé de sons de gorge, que nonseulement je ne pouvais pas le comprendre , mais que j'avais môme beaucoup de peine à en saisir les paroles. La langue oshéba est encore pire; c'est la plus rude, la plus rauque et la plus gutturale que j'aie jamais entendue. Or, les hommes de Mbène ne voulant pas m’accompagner plus loin, ni môme séjourner lâ plus longtemps, j’allais me trouver sans interprètes; et quant à aller seul chez des tribus inconnues, au delà des montagnes, sans être en état d’entrer en communication avec elles, c'eût été au moins beaucoup de fatigues et de peines inutiles. Je résolus donc de ne pas rester plus longtemps auprès du roi Ndiayai , et de revenir au littoral par une autre roule.
Il y avait tant de vague et si peu de quoi me satisfaire dans les rumeurs que je recueillais sur les pays plus reculés de l'intérieur et leurs habitants , que je n’oserais guère asseoir une opinion sérieuse
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LA K H 1 0 C L fi Q DATORIALE.
sur l'état do cette vaste région. Seulement il me parait vraisemblable, puisque les Fans et les Oshébas désignent l’iisl comme le point d’où ils sont venus, que leurs nxcurs, leurs coutumes et leurs connaissances au sujet du fer et du poison , caractérisent aussi la manière de vivre des tribus qui sont établies au delà, sauf les différences provenant de la nature du pays.
Les Fans sont très-superstitieux. L'accusation de sorcellerie paraît dire fort commune chez eux, et la peine de mort y est appliquée rigoureusement. Ils font peu de cas de la vie. Comme un cadavre a sa valeur commerciale, cette considération doit influer sur les condamnations à mort.
La polygamie est une source féconde de querelles et de meurtres. D’un autre côté, la convoitise toujours croissante de res peuples pour les denrées européennes, qu'ils ne peuvent se procurer, d’après le système vicieux du commerce actuel . que par des valeurs d'ivoire insuffisantes , les excite à envoyer à la côte bon nombre de leurs criminels pour être vendus comme esclaves. Ainsi que je l'ai déjà dit , ils n’ont eux-mémes que peu d’esclaves; ce que j’explique par ce fait qu’ils mangent les prisonniers faits à la guerre , tandis que les autres tribus les réduisent en esclavage.
Ils ont en grande vénération les amulettes et les fétiches, et tous, jusqu'aux petits enfants, sont couverts de ces talismans consacrés suivant les rites par le docteur de la tribu. Ils attachent un prix particulier à ceux dont la vertu est censée les protéger dans les batailles. Le principal de ces talismans est une chaîne de fer, dont les chaînons ont un pouce et demi de long sur un pouce de large. On la porte sur l'épaule gauche, et elle pend du côté droit. Après celte amulette, celle qui a le plus de valeur, c’est un petit sac suspendu autour du cou ou à la ceinture du guerrier. Ce sac est fait de la peau de quelque animal îaro, et contient des débris de quelques autres, tels que des queues de singe desséchées , des entrailles ou des griffes, des coquilles, des plumes d'oiseaux, enfin des cendres de toute sorte de bêles, et des plus rares, afin qu’il n’y ait pas trop de talismans du meme genre, ce qui risquerait d’en diminuer la valeur et la vertu,
Dans le principal village de chaque famille de Fans est une idole colossale; elle a un temple où, à certaines époques, toute celle famille