‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 76 sur 247 · LA SAISON PLUVIEUSE · texte numérisé non relu

LA SAISON PLUVIEUSE

La saison des pluies a pris possession de ces montagnes; le tonnerre, les éclairs et les grosses averses s’y succèdent jour et nuit. Nous étions heureux de trouver des abris déjà préparés, et entretenus avec un soin consciencieux par les caravanes ou par les marchands nègres qui avaient suivi le môme chemin que nous. Partout ces refuges étaient en bon état. Il est d’usage que toutes les troupes qui passent y fassent les réparations nécessaires.

Le 29. nous vîmes quelques traces d’éléphants, mais pas un seul animal. Nous n’avions pas le temps de nous arrêter pour chasser. Le 30, nous passâmes la rivière Moonday, et bientôt un messager fut dépêché en avant dans le village de Mbène, pour y annoncer notre retour. En arrivant à huit heures du soir, nous fûmes reçus au milieu de l’allégresse générale, par des salves de mousqueterie, accompagnées de chants et de danses. J’étais très-fatigué, et ce fut avec plaisir que j’allai me coucher sous un toit, dès que j’eus pris un peu de nourriture. Malheureusement deux ou trois petits enfants du roi, qui n’étaient qu’à quelques pieds de distance de moi, crièrent toute la nuit, et si fort que je pus à peine dormir.

Dans ce moment-là, les sujets de .Mbène n’avaient pas le temps de s’occuper de leurs enfants. La saison pluvieuse était arrivée, et toutes les plantations n’étaient pas encore en terre; il fallait se mettre à l’ouvrage avec ardeur. Le lendemain donc, tout le monde alla aux champs, excepté les enfants; et les pauvres petits, tous ceux du moins qui n’étaient plus à la mamelle, passaient tristement leur temps à jouer dans la boue, et à mâcher avidement quelques pistaches que leurs mères leur avaient laissées.

Je compris qu’il me serait impossible de m'arrêter longtemps chez Mbène; il avait peut-être assez de vivres pour lui-même; mais moi je ne pouvais pas me nourrir de noix, et ce n’était pas sans difficulté qu’il se procurait pour moi des bananes ou des poules. Le pauvre homme s’en chagrinait; il était même honteux de son dénûment; mais qu’y faire? Son village venait à peine de se déplacer, et les plantations étaient toutes nouvelles. Je me décidai donc à lui dire adieu sans perdre de temps. Je lui fis quelques présents pour l’indemniser de l’embarras que je lui avais causé et pour reconnaître son dévouement fidèle. Je récompensai mes hommes suivant mes promesses, à

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leur grande joie, cl je pris des arrangcmcnl.s,avec Mbène pour gagner les rives de la Noya au lieu de la Ntambounay par où j’élais venu; car je voulais voir cette autre rivière.

Au dernier moment, Mbène et moi nous partageâmes les bananes de l’amitié, et je me mis en route escorté par les derniers témoignages d’un attachement que je lui rendais bien.

Nous dirigeâmes notre marche vers la Noya. Le premier jour, à cinq heures, la menace d’un orage nous obligea à faire halte, et à nous construire une espèce de camp aussi confortable que possible. Grâce aux larges feuilles dont la Providence a libéralement pourvu beaucoup d’arbres et de buissons de ces forêts d’Afrique, ce ne fut pas très— difficile. Nous étions commodément abrités, près d’un bon feu, pendant que le tonnerre grondait, que la pluie tombait â verse et que la lueur des éclairs faisait apparaître par intervalles les masses sombres et gigantesques de la vieille forêt. Peu à peu la tempête s’apaisa, et tout en causant, chacun de mes compagnons, l’un après l’autre, se laissa aller au sommeil. Je m’endormis bientôt moi-même, abandonnant à d’autres le soin de veiller et d’entretenir le feu.

Vers minuit, des hurlements me réveillèrent; c’étaient ceux de plusieurs léopards. Mais ces animaux n’étaient pas très-près de nous; nos feux sans doute les tenaient à distance; pour ma part, j’en avais quatre bien comptés autour de mon abri. J’eus soin d’attiser ces feux et de les alimenter pour que les léopards affamés n’eussent pas envie de rompre nos lignes; puis je me rendormis.

Le lendemain, nous aperçûmes de nombreuses traces d’éléphants. Mais ces gros animaux nous évitèrent ; ils s’enfuyaient dès qu’ils nous entendaient venir. Sans doute, on les avait déjà chassés, et ils se tenaient sur leurs gardes. Nous vîmes aussi un étrange serpent d’eau, dont le corps était noir, bariolé d’anneaux d’un jaune vif dans toute sa longueur. Mes hommes eurent grand'peur quand ils l’aperçurent, car sa morsure, disent-ils, est mortelle. Ils essayèrent ensuite de le tuer avec leurs lances’, mais le reptile parvint à leur échapper. Ils m’assurèrent que ce serpent, quoique venimeux, était très-bon à manger; mais que par précaution il fallait lui couper la tête tout de suite après l’avoir tué, de peur que ses dents ne s’accro-

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