‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 77 sur 247 · NAVIGATION SUR LA NOYA. I · texte numérisé non relu

NAVIGATION SUR LA NOYA. I

chassent à quelque partie de son corps et n’y répandissent le venin.

A la fin, après une marche pénible à travers des bois très-épais et souvent marécageux, parmi de nombreux cours d’eau qu’il fallait traverser sur de vieux troncs d’arbres, nous arrivâmes à une petite crique qui aboutissait à la Noya, dont nous n’étions éloignés que de deux ou trois cents mètres. Tl y avait là deux pirogues vides; nous les prîmes, mais elles n’auraient pu contenir tout notre monde; j'y mis mes bagages, j'y fis entrer avec moi autant d’hommes qu’il en pouvait tenir, et je fis promettre aux autres d’attendre que je leur eusse renvoyé la pirogue ; ce qui probablement ne serait pas long. En effet, à peine fûmes-nous entrés dans la Noya, majestueux courant qui repose la vue des misérables flaques d’eau que nous avions traversées pendant les deux derniers jours, que nous aperçûmes deux femmes occupées à pécher dans deux pirogues. Je leur promis quelques feuilles de tabac si elles voulaient aller chercher le reste de notre troupe; ce qu’elles furent trop heureuses de faire.

Nous commençâmes alors à descendre la Noya. Les rives étaient ombragées de jolis arbres et recouvertes d’une riche végétation d’un beau vert foncé, qui faisait contraste avec les masses noirâtres des mangliers, dont toutes ces rivières voisines du littoral sont ordinairement bordées. Çà et là, par échappées, se laissaient voir à travers les bois quelques petits villages d'indigènes, si calmes, si attrayants que je me surprenais à oublier parfois toutes ces abominables pratiques de sorcellerie et de polygamie et les mille autres atrocités qui ensanglantent des bocages si paisibles.

Dans l’après-midi, nous arrivâmes à un village dont le chef était un ami de Mbène. Il m'avait envoyé un message pour me prier de m’arrêter chez lui. On nous reçut avec des acclamations; tout le peuple s’assembla pour me voir, et nous eûmes les réjouissances ordinaires : chants, danses et cabrioles. Le chef m’emmena tout de suite dans sa maison, la plus commode du village; mais il n’était pas dans ma destinée de rester un moment tranquille. La maison et les alentours se remplirent de monde; on était avide de me visiter; celte fois j’étais doublement un héros, car on avait entendu parler de mon excursion chez les Eans, et l’on avait prédit que je serais tué et mangé par ce terrible peuple qui inspire une si grande terreur à toutes les

l'afrique Equatoriale.

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autres tribus. Maintenant que j'en étais revenu sain et sauf, on proclamait que je devais posséder quelque fétiche d’une vertu extraordinaire. Le roi me fit compliment sur mon heureux retour; il me demanda ensuite pourquoi j’avais voulu voir les cannibales et pénétrer dans leur pays.

Quand je répondis que j’étais allé Ut pour chasser des oiseaux et des bétes qui m’étaient inconnues, il s’éleva un hourra général de surprise. .Te crains bien que cette réponse ne m’ait fait déchoir dans l'admiration et dans la confiance de ces gens-là; car ils pouvaient à peine croire à ce qui leur paraissait une extravagance; néanmoins Vanga, le chef, m’invita à rester près de lui tout le temps qu’il me plairait.

Je me levai de bonne heure le lendemain pour prendre une vue générale du pays. Je voulais aussi essayer de tirer quelques oiseaux pour ma collection et quelques pigeons pour mon déjeuner. C’était une belle matinée; je remarquai pour la première fois la magnifique situation du village de Wanga, ce que je n’avais pu faire la veille au soir, fatigué comme je l’étais. 11 est bâti au bord d'un escarpement qui a peut-être cent cinquante pieds d’élévation , et qui surplombe au-dessus de la Noya. De cette espèce de promontoire, on embrasse l’étendue de la rivière à plusieurs milles au-dessus et au-dessous de son cours. Le village est adossé à une épaisse forêt de vieux arbres dont plusieurs sont d’une hauteur et d'une grosseur colossales. De tous côtés, à travers des broussailles touffues, de grosses lianes rampent et s’enroulent d’arbre en arbre, comme de gigantesques serpents. Je remarquai parmi ces lianes celle du caoutchouc, qui croît en abondance dans cette région.

Les naturels me regardaient faire quand j’empaillais mes oiseaux; cette occupation, qui les confondait de surprise, était pour eux le comble de la déraison.

J’employai plusieurs jours à visiter les villages des environs; partout je trouvai beaucoup de bienveillance, et aussi beaucoup de curiosité. Ces gens- là n'avaient jamais vu d’homme blanc, et naturellement mon aspect les frappait de surprise et môme de crainte dans le premier moment. D’autres, qui avaient plus d'expérience, m’adressaient des questions curieuses sur les mœurs et les coutumes

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