‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 82 sur 247 · PAIN UE MANIOC · texte numérisé non relu

PAIN UE MANIOC

server de la famine, môme si nous ne trouvions pas de villages en route. L'igouma se fait en broyant et en pétrissant le manioc ; on fait bouillir la pâle qui s’épaissit et devient ferme ; on lui donne ensuite la forme d’un pain d’un pied de long, sur trois ou quatre pouces de circonférence, puis on la laisse sécher; elle se durcit alors et peut se garder quelques semaines, quoiqu’elle tourne généralement à l’aigre au bout de trois ou quatre jours et ne convienne plus guère dès ce moment à des estomacs civilisés; mais on n'est pas si difficile en Afrique : malgré toutes les richesses de la végétation tropicale, c'est le meilleur pays du monde... pour manquer de tout.

Dans l’après-midi, peu de temps après avoir dîné avec mon igouma et du poisson séché, j’arrivai à un village de Mbichos, où la population vint me visiter en masse. C’étaient des gens fort sauvages, qui évidemment me regardaient comme un monstre d’une nature étrange.

Quelques heures après avoir quitté ce village, nous atteignîmes un plateau , le long duquel s’étendaient quelques quartiers de rocs. C’étaient d’immenses blocs de granit qui couvraient le sol dans tous les sens, et dont plusieurs avaient do trente à quarante pieds de haut sur une centaine de long, ou même davantage. Cette colline était la plus haute que j’eusse rencontrée entre le Mondah et le Muni, et je crois que, sans des arbres qui masquaient la vue, j’aurais pu découvrir l’Océan à l’horizon.

Près de ces masses de granit était un bloc énorme qui se dressait à une hauteur de quelque cinquante pieds, et j’aperçus, coupée dans le roc, l’ouverture d’une large et belle caverne qui servait de refuge pendant la nuit aux indigènes en voyage. C’était une retraito confortable, donnant passage à la lumière et ù l’air, et ne ressemblant guère aux tanières des bôtes fauves. Nous trouvâmes dedans des traces de plusieurs feux; mais je dois dire que dehors je remarquai aussi des traces de léopards et d’autres animaux féroces, ce qui fit que je ne me souciai pas d’y passer la nuit.

Pendant que j’explorais la caverne, j’entendis plusieurs fois un bruit sourd qui semblait être celui de la pluie; mais, quand nous sortîmes, je fus surpris de ne pas voir un seul nuage au ciel. Je demandai à Alapay l'explication de ce phénomène; il me conduisit alors le

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long d’un sentier aboutissant au lieu d’où partait le bruit que j’avais entendu. Bientôt ce bruit, augmentant de sonorité, retentit à nos oreilles comme celui d’une eau jaillissante. Nous nous trouvâmes enfin sur le bord d’un escarpement û pic, d’où la vue découvrait un délicieux paysage, au centre duquel se déployait une chute d’eau des plus pittoresques. Un ruisseau qui serpentait le long du plateau et qui jusqu’alors avait échappé It nos regards, s’était creusé un passage à travers un gros bloc de granit qui barrait son cours, et s’élançant par l’étroite ouverture , tombait lâ en nappe argcnléc , d’une hauteur de cinquante pieds. Cette nappe étincelante, aussi limpide que Je cristal, reprenait ensuite son niveau sur un lit de cailloux. Ce spectacle enchantait mes regards, fatigués de la monotonie des forêts, et je m’assis là quelque temps pour « savourer à mon aise ce régal exquis des yeux. »

J’eus l’idée de prendre cette vue du bas de la vallée; nous descendîmes avec quelque difficulté ; puis, levant les yeux, nous vîmes au-dessous de la cascade un large trou sur la face perpendiculaire du rocher : c’était évidemment l’ouverture d’une grotte.

Déterminé à y pénétrer, je fis allumer des torches. Je pris mon revolver et mon fusil, et j’entrai résolûment, sans avoir été mouillé. Une fois dans ce lieu sombre, où probablement jamais homme n’avait mis le pied, nous troublâmes une grande quantité de chauves-souris, qui s’abattirent en foule autour de nos lumières, menaçant à chaque instant de nous plonger dans les ténèbres , pendant que les battements précipités de leurs ailes retentissaient sous les voûtes de la caverne comme un sourd roulement de tonnerre.

Quand nous nous fûmes avancés à cent mètres environ de l’entrée, nous trouvâmes un petit ruisseau ou plutôt une flaque d’eau qui s’étendait devant nous et nous faisait obstacle. Mes hommes, qui n’étaient venus si loin qu’en murmurant, voulaient s’en retourner cl me conjuraient de ne pas entrer dans l’eau ni pousser plus avant, car bien certainement toutes sortes de bêles et de serpents devaient être lâ à nous guetter. Au mot de serpent, j’hésitai, car j’avoue que j’ai très-peur des serpents dans l’obscurité et dans les endroits fermés, où ce reptile peut prendre avantage sur l’homme.

En cherchant à percer du regard les ténèbres amoncelées, je

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