LES RIVES DC MONDÂII
attirés par l’abondance du poisson. Le rivage, les îles bourbeuses et les eaux sont au loin peuplés de ces oiseaux. Là, une bande de pélicans nageait majestueusement à distance de notre bateau ; ici une longue rangée de flamants écarlates s’élcndait le long de la plage , semblable à un cordon de feu, et partout où la terre vaseuse émergeait à fleur d’eau, se montraient des Itérons, des grues et des goélands de plusieurs espèces, tandis qu’on voyait sur le rivage un arbre tout couvert de ces jolis egretla flavirostris , dont le plumage, d’un blanc pur, fait à quelque distance l'effet de flocons de neige.
Vers le coucher du soleil, nous arrivâmes à un village Shekiani, où nous avions l’intention de nous arrêter. Je connaissais déjà le roi, et je pensai qu’il m’aiderait à continuer ma route. Ce village est situé sur le haut d’une des deux seules collines que j’aie vues au bord du Mondah, toutes les deux à son embouchure, car ce fleuve coule partout entre des rives basses; son courant est limoneux, et son lit, envahi par les mangliers, se trouve presque à sec au moment du reflux. Il transporte d’ordinaire de grandes provisions de caoutchouc. Le commerce du bois rouge est très-animé sur ses bords; il fournit aussi un peu de cire ; quant à l’ivoire et à l’ébène, les quantités en sont insignifiantes. C’est ainsi que les Shekianis sont connus des hommes blancs dont les navires viennent souvent trafiquer avec eux. Ils exportent annuellement quelques milliers de tonnes de bois rouge.
Le 5 novembre, je repartis avec une nouvelle troupe pour remonter le fleuve. Je trouvai bientôt sur chacun de scs bords un vaste et interminable marécage, couvert de mangliers, où je n’avais aucune chance de rencontrer des villages; car les habitations, éloignées des grands courants d’eau, sont situées pour la plupart sur de petites criques que la marée basse laisse à sec, et qui rendent l’abord du pays très -difficile. De ces forêts marécageuses s'exhalait une odeur putride à la fois malsaine et repoussante. Ajoutez à cela le risque que nous courions à chaque instant d’échouer sur un banc de vase, et la petite pluie dont le ciel nous gratifiait sans relâche, et l’on verra que cette journée de voyage ne fut pas des plus agréables.
Le soleil était près de se coucher lorsque nous parvînmes à un village de Mbichos. Le Mbicho parle une langue qui n’est qu’un dialecte de celle des Shekianis; nous pouvions donc nous comprendre
aisément. Je passai là une nuit. Le lendemain, triste surprise! mes hommes étaient partis avec la pirogue et m’abandonnaient là tout seul. Heureusement ils m’avaient laissé mes effets, mais sans aucun moyen de continuer ma route. Notez que j’avais payé ces gens-là d'avance. J’appris qu’ayant eu quelques démêlés avec un village par où nous devions passer, ils n’avaient pas osé aller plus loin.
Les Mbiclios, comme de raison, étaient enchantés de me voir à leur merci , et très-décidés — les braves gens — à tirer de moi tout ce qu’ils pourraient. Que faire? Je commençai par gagner le roi au moyen de quelques présents — en tête-à-tête, bien entendu. En conséquence, il déclara à scs sujets qu’il me fallait des hommes et une pirogue, et que j’étais un de ses meilleurs amis. Il y eut de chaudes disputes; enfin, je réussis à enrôler quatre hommes moyennant dix aunes d'étoffe chacun, mais pas pour le jour même, pour le lendemain. Demain est le mot favori des Africains.
J’appris cependant qu’un peu plus loin il y avait des hommes blancs dans le pays; je devinai tout de suite que ce devaient être des missionnaires, et je résolus d'aller les voir. Nous partîmes donc le lendemain matin, celte fois dans une toute petite pirogue, mal pourvue de tout ce qu’il fallait. Nous naviguions toujours au milieu des mangliers, et ce qu’il y avait de curieux à voir, c’est que les branches de cet arbre, plongé dans l’eau à la marée haute, et presque à découvert dans la marée basse, étaient toutes chargées de coquilles d’huîtres.
Entouré de fange, respirant une odeur fétide, exposé à un soleil ardent qui frappait d’aplomb sur ma tête pendant toute la journée, je ressentis une violente migraine, qui ne commença à se dissiper que lorsque la scène vint tout à coup à changer et à s’embellir. A quarante milles à peu près au-dessus de l’embouchure du Mondah, le (lux cesse de se faire sentir et les marécages disparaissent. Comme nous naviguions le long de la rive, nous arrivâmes à un coude du fleuve qui, au tournant, nous découvrit tout un autre pays. Les rives s’exhaussaient, et le courant, mieux encaissé, roulait des eaux plus vives. Les palmiers et les autres grands végétaux qui croissent sur les hautes terres en Afrique, ombrageaient les deux bords, et de temps en temps leurs vastes feuillages, projetés en avant, se rencon-