UN BATAILLON DE FOUIUIIS. I!I
traient au-dessus de nos têtes formant un grand berceau sous lequel nous avancions, et qui nous abritait contre l’ardeur du soleil.
Nous atteignîmes une petite crique, et après l'avoir remontée à la rame pendant un mille, nous vîmes devant nous un étroit sentier qui devait nous conduire à la baie d’Ikoi, où demeuraient mes amis les missionnaires.
Le Mondah est un fleuve fort peu agréable et malsain; vaste marécage qui ne semble guère être fait pour l'usage de l'homme. J'ai été obligé de prendre du quinine deux fois par jour pendant tout le temps de ma navigation. Les quelques indigènes qui vivent sur ses bords sont chétifs, malingres et presque sans énergie.
Cependant, en arrière des marécages, il y a des collines et un pays élevé, où l’arbre de bois rouge se trouve en abondance. Los indigènes en abattent de grandes quantités chaque année, et si cette essence ne croissait pas si vite et ne se multipliait pas dans de si fortes proportions, il y a longtemps qu'elle serait épuisée par là, aussi bien que sur le Muni et sur le Gabon.
Nous suivîmes le sentier jusqu’à la nuit; nous nous trouvions alors devant un village Bakalai. Les habitants voulurent me retenir, mais leurs allures me paraissaient suspectes et. je refusai de m’arrêter. Nous allumâmes des torches, un homme me précédait et je me faisais suivre d’un autre pour éclairer le chemin. Je vis dans ce village un Albinos à la face blafarde, aux cheveux de filasse; c’était, là surtout, un spectacle fort étrange.
Nous n’avions pas été bien loin avec nos torches, lorsque j’eus le malheur de mettre le pied au milieu d’un bataillon de fourmis bashikouays. En un instant j’en fus tout couvert; j’appelai à mon aide; mes hommes accoururent et m’aidèrent à me dépouiller de mes habits; cela fait , nous tuâmes celles qui me restaient sur le corps. Pendant quelques minutes, j’endurai de rudes souffrances. Je fus bien heureux d’avoir été secouru à temps contre l’attaquo de ces terribles animaux.
Je secouai bien mes vêtements, puis je me rhabillai en me mettant, bien entendu, en dehors de la direction des fourmis, et nous reprîmes notre marche.
Bientôt nous nous aperçûmes que nous avions fait fausse roule ;
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il fallut retourner en arrière pour retrouver le bon chemin; mais à peine avions- nous fait quelques pas que je tombai de nouveau dans une autre armée de fourmis. Cette fois, j’étais mieux préparé. Je me déshabillai en un instant, et quoique vivement mordu, je parvins plus aisément it me débarrasser de mes ennemies.
Cependant mes vêtements étaient tout en lambeaux. Je commençais il croire que j'aurais mieux fait de rester avec mes coquins de Bakalais, que d’entreprendre ce voyage nocturne, lorsque mes hommes m'avertirent que nous approchions du village d’Ikoi. J’étais épuisé de fatigue, et je n’aurais pas pu faire un mille de plus; je jurai bien de ne plus courir les bois pendant la nuit.
Les indigènes étaient encore étendus autour de leurs feux quand nous arrivâmes au village , et l’on me montra la maison des missionnaires, que je trouvai, il ma grande joie, occupée par deux anciens amis, les révérends MM. Best et Pierce.
Le meilleur accueil m’attendait. Je retrouvai enfin un vrai lit, un bon sommeil , et du repos pour mes pauvres membres.
M. et M™ Best et M. Pierce, comme avant eux M. et M"" Priston, avaient rempli leur sainte tâche pendant quelques années, parmi les Bakalais des environs d’Ikoi ; ils comprenaient la langue de ces indigènes et avaient enseigné il leurs enfants, avec quelque succès, l’Écriture sainte et d'autres branches de connaissances.
La population des environs s’occupe du commerce du bois rouge. On embarque une grande quantité de ce bois sur la crique , pour le Gabon et aussi pour le Mondah.
Le bois rouge , comme je l’ai déjà expliqué , est un bois de teinture. C’est le tronc de l'arbre que dans le pays on appelle ego-trec, gros, élevé, d'un agréable aspect, très-branchu à son sommet, couvert de petites feuilles d’un vert clair, et revêtu d’une belle écorce bien lisse dont la teinte est rougeâtre. Cet arbre est très-répandu dans les forêts de cette partie de l’Afrique. C’est même une richesse qui peut passer pour inépuisable ; le soin de le transporter au marché est ce qu’il y a de plus difficile et de plus coûteux dans son exploitation.
Quoique bons commerçants, les indigènes n’ont pas l’idée de s’approvisionner d'un produit, tant que le besoin de ce produit ne sc
LE BOIS ROUGE ET LE CAOUTCHOUC. iûl
fait pas sentir. C’est ce qui retient si longtemps les bâtiments de commerce sur la côte. Dès qu’un bâtiment arrive pour prendre du bois rouge, la nouvelle s’en répand dans tous les environs, et les hommes se mettent en mouvement pour s’en procurer. C’est alors une grande animation par tous les villages, surtout s’il arrive qu’un chef ait des amis parmi ceux à qui le capitaine a « donné crédit », c'est-à-dire ceux avec qui il vient traiter, et pour qui il apporte des denrées.
Chaque homme se rend à la hâte dans la forêt, et choisit un arbre qu’il se met à abattre. Le bois rouge du commerce est la partie centrale ou le cœur du tronc, et, comme l’indique son nom, il est rouge. Il est ordinairement entouré d’une couche d'aubier de deux pouces d’épaisseur, qui ne sert à rien et que l'on rejette. Le bois est ensuite coupé en bûches de trois pieds, chacune du poids de quinze à vingt livres. Le père et scs fils coupent et fendent le bois, et les femmes le portent dans les villages. Sur le prix qui en revient, celles-ci réclament un droit de commission, qui souvent leur est payé à contre-cœur. Du reste, le bois rouge a généralement si peu de valeur en Europe, que les indigènes n'en relirent sur les lieux qu'un prix bien modique, et cent bûches pour vingt-cinq francs leur paraissent trèsbien payées. Comme ils ont h transporter sur leur dos toute la denrée jusqu’à la mer, à moins qu’ils n'aient le bonheur de demeurer sur le bord des rivières ou des criques, ils se donnent ordinairement beaucoup de mal pour peu de profit. Autrefois le caoutchouc était un des plus forts articles d’exportation de cette partie de la côte. Le caoutchouc d’Afrique se tire, non pas d'un arbre, mais d'une plante appelée dambo par les naturels. C’est une vigne ou liane d’une excessive longueur, garnie de très-peu de feuilles, et seulement à son extrémité. Ces feuilles sont larges, d’un vert foncé, et découpées en fer de lance. I/écorce est rugueuse et d’une couleur tirant sur le brun. Une forte tige a souvent cinq pouces de diamètre à sa base. Pour obtenir d’excellent caoutchouc, on pratique une incision dans l’écorce, et on en exprime une espèce de lait; mais on a soin de ne pas entamer l’intérieur même de la plante, car elle a un suc particulier qui, mêlé à ce lait, ne manquerait pas de le gâter.
fœs demandes toujours croissantes de cet article avaient excité
L'AFRIQCE ÉQUATORIALE.
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les indigènes à altérer ce lait par le mélange de la sève de plusieurs aulres arbres ou lianes qu’ils trouvent dans leurs forêts. Celte pratique a fait un tort sérieux à leur commerce; mais d'un autre côté elle aura probablement eu pour effet de préserver cette précieuse plante d’une destruction complète dans leur pays. Cette ruine aurait pu être amenée par la folle imprévoyance des indigènes qui, pour recueillir le caoutchouc, saignaient les lianes par tant de veines à la fois , qu’ils épuisaient en elles toutes les sources de la vie. C’est ainsi qu’en peu de temps des milliers de vignes de ce genre ont été annuellement détruites; et comme leur croissance est lente, et que d’ailleurs le lait des jeunes lianes est léger, aqueux et de valeur médiocre , les malheureux faisaient tort à. eux-mêmes et à la bonne réputation de leur marchandise en s’attaquant prématurément à des sujets insuffisants.
Pendant quelques années , ce commerce a été entièrement arrêté. Mais récemment les Français l’ont repris; et en 1859 un bâtiment américain a été envoyé pour chercher une cargaison.
La vigne du caoutchouc croit également dans les terrains bas ou élevés; elle est très-abondante dans les vallées et les bas-fonds du Muni et d’autres rivières. Cependant le lait récolté sur les plantes des hautes terres est plus épais que l’autre, et donne un caoutchouc de meilleure qualité.
C’est un spectacle intéressant que le départ d’une troupe d’Africains pour la récolte du caoutchouc. J’accompagnai une fois, il y a quelques années, une de ces bandes sur la rivière Benito. J’allais là pour chasser, et eux pour récolter. Plusieurs jours avant le départ, les femmes s’occupent de préparer les vivres et de fumer le manioc bouilli qui est leur principal aliment. Les hommes pendant ce temps préparent leurs armes pour se défendre contre les bêtes féroces; ils fourbissent leurs lances et leurs fusils. On aiguisait couteaux et coutelas, on rassemblait avec soin les jarres de bois dans lesquelles le précieux jus est recueilli; on les disposait pour les transporter, tandis que d’autres individus apprêtaient les moules dans lesquels on laisse la liqueur prendre consistance. C’était un curieux tableau d’industrie et d’activité. Les nègres se réjouissaient d’avance de la bonne chance qui les attendait.