‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 87 sur 247 · CNE SCÈNE DE BARBARIE. SO · texte numérisé non relu

CNE SCÈNE DE BARBARIE. SO

Mais l'innocente jnie que je partageais avec eux fut détruite ce matin-là pour moi par un de ces actes de barbarie qui glacent le sang de l'homme civilise, et que les nègres voient avec tant d’indifférence.

J'allais chasser dans les bois, près du village; j’avais vu perché sur un arbre, à quelque distance, un couple de beaux pigeons verts ( treilnn iiudirn.ilris) qui manquaient à ma collection. Après beaucoup d’efforts, je pénétrai dans la jungle, et là au pied d’un arbre, un affreux spectacle s’offrit à moi. frétait le corps d’une femme qui paraissait toute jeune, et dont les traits n’annonçaient que la douceur et la bonté. En butte sans doute à quelque infernale accusation de sorcellerie, clic avait été attachée là, et mise à la torture. Ce supplice consiste à découper la chair sur tout le corps cl à frotter les plaies avec du poivre ronge. C’est un mode de torture fréquent chez ces sauvages, et qu’un raffinement de cruauté diabolique a pu seul imaginer. J’aime à croire que cette malheureuse était morte de ses blessures et qu'elle n'avait pas attendu les lentes et épouvantables agonies de la faim, autre supplice infligé à ces victimes. Le lecteur pensera-t-il mal de moi si je lui dis que ma première idée fut de courir au village pour tirer sur les misérables qui avaient pris part à cet exécrable assassinat? Mais à quoi cela aurait-il servi? de pareilles scènes se reproduisent tous les jours chez ces idolâtres de l’Afrique occidentale, et elles s’y reproduiront perpétuellement jusqu'à ce que le christianisme ait répandu là son influence, et que sa pure lumière ait confondu la barbarie païenne. Mais, hélas, combien de temps lui faudra-t-il encore?

Assombri et exaspéré par ce que je venais de voir, je me mis en route avec les nègres dont les chansons joyeuses sonnaient mal à mes oreilles. Je m'indignais que ces gens-là pussent encore chanter et rire, après un tel crime.

La troupe était pleine d’ardeur. Les femmes portaient sur leur dos les ustensiles de cuisine et tout l’attirail de campagne. Les hommes ne portaient que leurs armes. Nous cheminâmes ainsi une journée et demie avant de trouver ce que nous cherchions. Enfin les vignes du caoutchouc se montrèrent en grande quantité, et nos gens s’arrêtèrent pour les reconnaître. Après deux heures d’examen.

ils se déclarèrent satisfaits, exagérant même de beaucoup l'abondance de ces vignes , et tous s’accordèrent pour asseoir là le campement.

Aussitôt les hommes et les femmes allèrent cueillir de larges feuilles pour disposer des abris ; car nous étions dans la saison pluvieuse, et nous avions besoin de nous garantir des averses. On rassembla aussi des feuilles et des branches pour nos lits, et on alluma un grand feu pour nous préserver de l’attaque des léopards, trèsnombreux dans ces forêts et assez hardis pour venir chercher une proie au milieu même d’une troupe aussi nombreuse que la nôtre.

Nous nous endormîmes près du feu , nos fusils tout prêts. Mais, pour cette nuit, nous n’entendîmes qu’à distance les rugissements des bêtes féroces.

Le lendemain matin, chaque homme prit avec lui sa famille, et alla faire une tournée d'inspection pour son compte; car ces nègres n’ont aucune idée du travail en commun. S'ils se réunissent en bandes nombreuses , c’est uniquement pour mieux se défendre contre les animaux des forêts ou contre leurs ennemis. Une fois sur le terrain, chaque famille travaille pour elle- même, cherche telles ou telles lianes qui deviennent les siennes, et recueille isolément le produit de son propre travail. Il suit de là que les uns ont la bonne chance, les autres la mauvaise, d’où naissent des querelles, des accusations de vol , et souvent des combats où le plus faible , comme de raison, est le souffre-douleur. Cette scène n’est pas aussi pastorale qu’elle pourrait l’être.

Les nègres restaient dehors toute la journée et ne rentraient au camp que le soir, portant chacun les petites jarres qui contenaient le lait récolté pendant le jour; puis on versait ce lait dans les cylindres de bois où on le laissait se congeler. On se réunissait ensuite autour du feu, et là on racontait à grand bruit et avec emplmse toutes les aventures de la journée.

Le premier jour je tirai plusieurs niarés ou buffles sauvages. J’eus le malheur que l’un d’eux ne fût que blessé. J'avais cependant visé juste, mais ma balle avait rencontré sur sa route une liane qui l'avait fait dévier, de sorte qu’au lieu de frapper l’animal entre les deux yeux, je lui avais seulement fait une blessure au corps. C’était un énorme taureau , qui se retourna avec rage et fondit sur moi brus-

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