‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 91 sur 247 · EMBARCATIONS 00 PAYS. S · texte numérisé non relu

EMBARCATIONS 00 PAYS. S

grande rivière Ogobay vont se jeter dans la mer du côté qui le borne au nord, tandis que le Fcrnand-Yaz, le Camma et le Sctli ont leurs embouchures beaucoup plus bas au sud, sur divers points de la côte.

Le littoral est en général bas et marécageux. La violence du ressac rend le débarquement très-dilîicile, excepté sur quelques points abrités par les découpures de la côte. Vu de la mer, le rivage paraît si uniforme que les marins ont beaucoup de peine îi reconnaître les diverses localités, même après une longue expérience côtière. Cependant les embouchures des rivières se font remarquer par la force des courants d'eau douce qu'elles déversent dans la mer et qui en allèrent la couleur jusqu'à une certaine distance, aussi bien que par la ligne d’écume bouillonnante qui blanchit les barres dont ces embouchures sont traversées.

Le ressac redouble de violence, pendant la saison sèche, c’est-àdire de juin à septembre. Dans la saison des pluies, au contraire, la côte devient plus abordable; mais, à cette époque même, il faut se munir d’excellentes pirogues, maniées avec l'adresse habituelle aux indigènes. C’est ce qui fait que le commerce n’est guère animé sur la côte. Les bâtiments y touchent à peine. Je me trouvai même plus tard obligé d’acheter une embarcation pour me transporter du Gabon sur le lieu de mon premier établissement. C’était un petit cutter sans agrès et sans pont, d’environ sept tonneaux. Je comptais m’en servir pour mon retour, dans le cas où je ne trouverais pas d’autre moyen de transport.

Je savais par expérience que j’allais rencontrer des difficultés plus qu’ordinaires en essayant de pénétrer dans l’intérieur. Les naturels de cette côte n’avaient jamais entendu parler de moi. Ils avaient eu si peu de relations avec les blancs, qu'ils étaient encore plus méfiants que les Africains du nord. Pour me faire respecter de ces gens-là et gagner leur confiance, il ne faudrait pas moins, je m'y attendais, qu’un séjour prolongé au milieu d’eux, dans le voisinage du littoral. En conséquence, je pris mes dispositions pour une absence qui durerait peut-être de quatorze à vingt mois, probablement dans un isolement complet.

Je partis par la Caroline, un schooner de quarante-cinq tonneaux;

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j’emportais deux grosses barriques de tabac , quelques gros ballots d'étoile . une grande quantité d’assiettes, de cruches et autre vaisselle de terre, une centaine de fusils, avec des munitions, des perles, des sabres, des chaudrons de cuivre, des neptuncs, etc., et un amas considérable de provisions pour moi-même.

Je quittai le Gabon le 5 février 1857.

Quand tout fut prêt, je me rendis à bord, et j’aurais bien voulu revenir tout de suite à terre. Le capitaine était un nègre portugais nommé Comillo. L’équipage ne comptait pas moins de sept hommes de toutes tribus : Mbengas, Croomen, etc. De ces gens-là, il n’y en avait pas plus de deux qui se comprissent l’un l’autre, et pas une âme ne pouvait comprendre le capitaine. Pour ajouter encore à cette confusion des langues , j’amenai sur le bâtiment, deux Mpongvvés avec leurs femmes; ils devaient me servir de guides et d’interprètes, ou m’être utiles de toute autre façon dans le lieu de ma destination.

Nous nous étions embarqués au point du jour, et à force de cris et de commandements, grâce au nombre d’hommes qui les écoutaient, et moyennant quelques petits efforts par-ci par-là, nous parvînmes à lever l’ancre au bout d’une heure. Le capitaine n’était pas trop content de quitter le port un vendredi; mais je lui dis que j’en prenais la r sponsabililé. Nous n’eûmes pas plutôt gagné le large, que tout le mun ie à bord, hommes et femmes, excepté le capitaine, eut le i . ; i ! <| ■ mer. Le cuisinier retrouva incapable de faire le déjeuner du tend :;uin; les gens de l’équipage étaient couchés sur le liane, avec une mine de poissons pâmés, et, dans le canot qui était sur le (illac , Oyaya. un de mes Mpongvvés, malade lui -même, s’efforcait vainement d’encourager sa femme, une nouvelle mariée, qui était encore plus malade que lui. Rien de divertissant comme ce pauvre diable, réellement amoureux de son épouse, jeune femme de vingt ans, qui, à ma connaissance, avait déjà été mariée trois fois, et qui avait encore eu la chance de subjuguer le malheureux Oyaya.

Nous espérions arriver en cinq jours à notre destination ; mais le 5, jour du départ, et les trois jours suivants, nous eûmes le vent debout avec un courant contraire , et le 10 février nous fûmes assaillis par une tempête d’une violence telle, que j'espère n’en jamais voir de pareille.

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