ON ME PREND POE R UN NÉGRIER
pano, qui était lié avec Will Glass, un de mes amis du Gabon. Comme la Caroline passait devant ce village qui est à proximité de la côte, une pirogue vint, suivant l’usage, me prier de descendre à terre. Ces gens-là évidemment n’avaient que peu d’espoir de faire agréer leur demande ; aussi leur surprise et leur joie allèrent-elles jusqu'au délire, lorsque je consentis à ce qu’ils voulaient, en disant que j'étais venu tout exprès pour établir un comptoir chez eux.
L'ardeur de ces sauvages Africains pour le commerce me rappelle ce que l’on rapporte des Apres spéculateurs do l’Amérique de l’ouest; c'est tout à fait l’esprit d’entreprise et le tempérament ardent qui distingue ces dignes personnages.
Les sujets de Rampano faillirent m’embrasser; l'ivresse de leur joie était si folle, que je fus obligé de leur ordonner de tenir leurs mains tranquilles. J’envoyai dans leur bateau un de mes hommes porter un message au roi, et je pris moi-même un des leurs pour me servir de pilote ; car j’étais fort embarrassé pour me diriger à travers la barre et je désirais entrer dans la rivière avant la nuit. Quand nous y pénétrâmes, nous nous vîmes assaillis par une quantité de pirogues appartenant à différents villages; le long de notre bord se pressait une foule avide d'y monter et qui aurait suffi pour nous couler à fond. Ils me prirent d’abord pour un trafiquant d’esclaves et me crièrent leurs noms en portugais ; l’un s'appelait don Miquel , l’autre don Pedro, un autre don Francisco. Puis ils se mirent à bavarder en portugais, dont je ne comprends pas un mot; aussi fis-je venir le capitaine, qui eut beaucoup de peine à les convaincre que je ne faisais pas la traite. Alors ils insistèrent pour que je vinsse faire du commerce au milieu d’eux. Les plus empressés appartenaient au village d’Élindé, situé juste à l’embouchure du Fernand-Vaz , dont le roi se nomme Sangala. Ils célébraient la grandeur et la puissance de Sangala, en dénigrant le pauvre Rampano. Je mis fin à celte scène en les renvoyant tous coucher au rivage ; je tenais à me préparer par une nuit de repos aux fatigues du lendemain.
Du cap Sainte-Catherine au Fernand-Vaz, il y a à peu près quarante-cinq milles, en tenant compte des sinuosités du rivage. Toute celte côte est basse, couverte de prairies, et boisée çà et là.
Pendant la nuit j’eus la visite d’un noir, nommé Nchouga. C’était
ÎI4 L'AFRIQUE ÉQUATORIALE.
le frère de ce roi du cap Lopez, sur qui j’ai donné plus haut quelques détails. Ce roi, tombé malade, avait accusé Nehouga de l'avoir ensorcelé; là-dessus, le malheureux, pour sauver sa vie, s'était enfui et était venu implorer la protection de Sangala, son beau-père. C’est encore un des cas où les beaux-pères sont utiles dans ce pays-là.
Nehouga venait me dire que Sangala, maître de tout le fleuve, ne me laisserait pas passer pour aller chez ltampano, qui n’était que son vassal. Aussi me conseillait-il, en ami, de prendre terre à Élindé. Heureusement je connaissais ce M. Nehouga.
Le lendemain matin ik . Sangala m'envoya chercher dans un bateau. Je pris avec moi mes deux interprètes. Quand j’arrivai à Élindé, qui est situé à deux milles de l'embouchure du fleuve, on me conduisit à la plus belle maison du pays. Tout de suite après survint Sangala : il était ivre. Une grande foule de ses sujets lui faisaient cortège et paraissaient fort animés. Il se fâcha quand je lui expliquai mon intention de passer outre et d’aller m’établir plus haut; il déclara que je ne le ferais pas, qu’il était le roi du pays, un grand roi, et qu’il exigeait que je vinsse m'établir dans sa résidence.
Nous échangeâmes quelques paroles vives; je fis comprendre à Sa Majesté que j'étais un vieil Africain qui voyais clair à travers toutes ses manœuvres. Il me répondit que si je voulais éviter une palabre, je n’avais qu’à fonder une factorerie chez lui.
Je refusai en offrant de le dédommager par quelques présents. A son tour il refusa. Sur ces entrefaites Rampano était arrivé; il m’assura qu’au besoin je serais soutenu ; alors je déclarai à Sangala que. s’il le fallait, je saurais bien m’ouvrir un chemin par la force.
Pendant tout ce temps il pleuvait à verse. La conférence terminée, Rampano me prit dans sa pirogue et me conduisit à son village sur le fleuve , nommé Biagano. Ses sujets venaient à peine de le fonder, car leur véritable établissement était sur le littoral. Nous allâmes voir le lendemain ce dernier endroit. C’était une bonne place pour un village africain; il y avait là quelques belles maisons, et j’y retrouvai le caractère des villages Mpongwés; mais je m’aperçus que je ne pourrais y débarquer mes marchandises qu’avec beaucoup de peine, et que les collections que je me proposais de faire auraient plus tard de grands risques à courir en traversant les brisants de la côte. Je