‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 94 sur 247 · SIX · texte numérisé non relu

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déclarai donc à Rampano que j’aimerais mieux aller m'établir à Biagano sur la rive du fleuve. Il m’v accorda aussitôt tout le terrain dont j'avais besoin , et je me préparai à faire construire des maisons pour mon propre usage.

Cependant l'agitation se répandait dans le pays, et les amis de Rampano se rassemblaient pour le soutenir et sc battre contre Sangala. C'était vraiment un spectacle curieux et très-émouvant que de voir arriver pirogue sur pirogue, chargées d'hommes armés, tambour battant, tous vociférant et brandissant des sabres, des fusils et des lances. Ils s’apprêtaient à défendre l’homme blanc de Rampano, et ne parlaient que de brûler et de piller Élindé. Le roi Rilimbo qui avait dans son propre village une factorerie, tenue, par un Mpongwé, et appartenant à une maison de New-York, amenait deux pirogues et cinquante hommes. Le roi Mombo de Sanguibuiri amenait aussi deux pirogues, de sorte que nous n’avions pas moins de vingt bonnes embarcations, et nous pouvions passer en revue, le 17, environ trois cents hommes, dont la plupart, ivres de vin de Mombo. se montraient aussi bruyants que belliqueux. C’est le double effet de l'ivresse en Afrique.

On battait le tambour, on entonnait des chants de guerre, on tirait des coups de fusil pendant que notre flottille descendait le fleuve; tous ces nègres avaient la figure barbouillée de blanc, en signe de guerre; ils étaient couverts de fétiches, de grigris et d’autres amulettes; leurs peintures blanches qui passaient pour avoir un charme étaient pour eux une protection toute-puissante. Celui qui n’aurait pas connu la poltronnerie innée et invétérée des Africains aurait pu croire que ces terribles gaillards étaient déterminés à livrer les combats les plus sanglants. Quant h moi, je ne fus pas surpris de les voir, dès que le village de Sangala parut h leurs yeux, se détourner prudemment du rivage et prendre soin de mettre la Caroline entre eux et leur ennemi.

Sangala, de son côté, avait aussi rassemblé ses amis ; il comptait à peu près cent cinquante hommes armés en guerre. Ceux-ci étaient barbouillés d’une manière plus extravagante encore que les nôtres , et bariolés de larges raies blanches et rouges. Ils avaient des mines de possédés, criaient il tue-tête et tiraient des coups de fusil. Mais

des deux parts on savait à quoi s’en tenir sur le courage de l’adversaire. Chaque parti jugeait prudent d’effrayer l’autre d'avance.

Sachant que Sangala tenait un grand conseil, je lui envoyai un mot pour déclarer que, s’il prétendait m'arrêter, je tirerais à mitraille sur ses pirogues, que je les coulerais bas, puis que j’irais chercher un bâtiment croiseur pour en finir avec lui. (Cette menace d’un croiseur frappe toujours de terreur ces consciences coupables.) J’amorçai mes fusils et mes pistolets, je commandai à mes hommes de bien charger leurs pièces et j’attendis l’événement.

Bientôt un bateau vint de la part du roi me prier de me rendre au rivage; il m’envoyait sa première femme en otage. Je me décidai à débarquer, et pour montrer h ces nègres que je n’avais pas peur d’eux, je ramenai la femme avec moi, à la grande joie de la pauvre créature. Rampano et les rois ses confrères protestèrent contre ma témérité ou ce qu’ils jugeuicnl tel ; mais je pris un air imposant et je leur déclarai que ce n’était pas le fait de ma nation do jamais craindre qui que ce fût. Le Ion et. les paroles produisirent leur effet; Rampano en fut évidemment très-frappé, comme le fut aussi le vieux Sangala.

Nous nous rencontrâmes sur un terrain neutre, en dehors du village. L’armée de Sangala, rangée en bataille, se déployait dans une pompe sauvage; beaucoup de scs guerriers avaient ajouté â leur bariolage de superbes peaux de léopard, qu’ils portaient à leur ceinture. Dès que nous fûmes assis, ils vinrent sur nous en courant, comme pour nous transpercer de leurs lances; mais c'était tout simplement une manière de salut militaire. Après quoi Sangala me dit qu’il me laisserait passer moyennant un baril de rhum. Je lui refusai du rhum; mais je fus obligé de lui donner un doublon en échange, afin qu’il en achetât un baril s’il le voulait; j’y ajoutai quelques pièces d'étoffe et divers autres objets; c’est ainsi que se termina cette grande querelle.

Rampano était enchanté; il voulait abdiquer en ma faveur. Il me fit les plus belles promesses; je devais être traité le mieux du monde. Nous chargeâmes dix-sept pirogues de ce que je pris sur la Caroline, et je me dirigeai vers le village de Biagano où je devais établir pour quelque temps mon domicile et mon quartier général. Il était nuit quand nous abordâmes au village, et cependant, à ma grande surprise, on ne me vola rien. Le lendemain, on acheva de décharger

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