LE VILLAGE DE WASHINGTON
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m’assis, sévère et impassible comme un juge. Quand le coupable parut devant moi les mains liées, je lui reprochai d’abord sa friponnerie, et ensuite l’énormilé de sa tentative criminelle. Je lui dis que j’étais en droit de ne payer que ce (pie j’avais promis, qu'il était horrible à lui de m'avoir menacé de son couteau , que toute sa tribu reconnaissait la justice de son châtiment ; mais que par considération pour son ignorance de nos coutumes , je consentais à lui pardonner et à lui faire grâce du fouet, et je le renvoyai libre.
Un tonnerre d’applaudissements s’éleva de tous côtés; les coups de fusil, les chants, les danses se succédèrent; jamais je n’ai vu de foule si joyeuse. J'avais tenu la seule conduite qui put me réussir avec eux. Si j'avais passé légèrement sur la menace d’Ovenga, j’aurais été probablement assassiné un jour ou l'autre. Ce petit exemple de justice , tempéré par la clémence , leur avait donné de moi une plus haute idée que jamais.
Le 13 avril, je pris possession de ma nouvelle résidence; on voit que dans ce pays-là on ri’est pas long à bâtir. C’était un vrai village, auquel je donnai le nom de Washington. Il se compose de ma propre maison, divisée en cinq pièces, — elle a quarante-cinq pieds de long sur vingt- cinq de large, et me coûte deux cent cinquante francs; — de ma cuisine, de ma basse-cour contenant une douzaine de poulets et une douzaine de canards, d'une étable pour dix-huit chèvres, d’une poudrière, de deux magasins assez grands, etc.; plus, d’une douzaine de cabanes pour mes hommes. Voilà le Washington d’Afrique.
Derrière ma maison est une large étendue de. prairie; en face de moi serpente la rivière Npoulounay, et ma vue peut embrasser, jusqu’à la distance de plusieurs milles, ce champ de mes explorations futures. Ses rives sont bordées de mangliers, et j'ai sous les yeux les jeux d'une troupe d'hippopotames, qui prennent leurs ébats dans ses ondes.
Comme je me trouve maintenant à la complète discrétion des nègres, j’ai soin d’ôtre très-sévère, quoique toujours juste, avec eux. Je me fais obéir, et cela à la minute. Je prétends qu’ils interrompent leurs danses et leur tam-tam pendant la nuit, et je ne soutire pas qu’ils s’absentent sans m’en demander la permission. Cet assujettissement les effrayait d’abord , mais ils ont fini par s'v habi-
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tuer. Il est vrai que je les paye régulièrement !i chaque pleine lune. Je leur donne h chacun vingt-huit aunes d’étoffe, et je les entretiens de tabac.
Homme et femme Commis.
A présent que mon village est terminé, disons un mot de la population. Elle a beaucoup de rapport avec les Mpongwés, dont elle parle la langue, sauf quelques variations appropriées aux localités. Les femmes portent h leurs jambes un grand nombre d'anneaux de cuivre. Cette tribu est divisée en plusieurs familles, dont les unes ont le droit d’occuper le rivage, tandis que les autres sont reléguées dans l'intérieur, obligées de transmettre aux premières les denrées qu’elles ont à vendre. On appelle ceux-ci bus/imen, homme des bois. Ainsi qu’on doit s’y attendre, ils sont pauvres; car leurs frères du
Diqitized.by Googlcj
POPULATION IJU GAMMA.
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littoral prennent soin d’écrémer, pour ainsi dire, le commerce. Tous sont subtils, intelligents, et habiles commerçants, bien qu'ils n’aient que très-peu de relations avec les blancs, même à l’embouchure du fleuve.
Ils s'appellent eux-mêmes Commis, quoique nous les appellions Cammas. Ils occupent le littoral depuis le cap Lopez jusqu'au cap Sainte-Catherine ; ils ont aussi deux ou trois villages sur le Mexias. Leur principal village est Aniambia, place autrefois très-considérable, et relativement très-florissante; mais leurs villages les plus importants sont sur les rives du Fernand-Vaz, que les indigènes appellent Éliva.
L’embouchure du Fernand-Vaz est obstruée par des bancs de sable, sur lesquels la mer se brise avec beaucoup de force. Mais le chenal a presque partout trois brasses de profondeur ; dans la saison des pluies il en a quatre. Les rives, h l'embouchure, sont très-basses; il est difficile de les découvrir de la mer, et quand on y parvient le premier aspect en est triste.
Les Commis sont encore plus âpres au commerce que les Mpongwés eux-mêmes, sans doute parce qu’ils ont eu jusqu’à présent moins de rapports avec les blancs. Chaque individu un peu entreprenant se construit quelques cabanes pour former un village sur un emplacement dont il juge la situation favorable. 11 bâtit ensuite une grande maison destinée à quelque factorerie en perspective, et il ne fait plus rien tout le reste de sa vie que d'attendre celte bienheureuse factorerie. Il ne lui arrive jamais de récolter de l’ivoire, ou de l'huile, ou du caoutchouc. Il préfère se tenir à l'affût des bâtiments qui passent , en s’efforçant par les paroles les plus mielleuses de décider quelque malheureux capitaine à débarquer scs marchandises.
On voit que toutes les tribus do cette partie de l’Afrique ont une physionomie à peu près pareille. Un portrait des Mpongwés s’applique assez bien à tous les habitants des côtes depuis le Mondah jusqu’au cap Sainte-Catherine, si l’on tient compte toutefois d’une rudesse de mœurs plus sensible chez les tribus qui, comme les Commis, ont eu peu de rapports avec les Européens.
Le 1.3 avril j'achetai, pour une valeur de cent cinquante francs
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