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environ en marchandises, une superbe pirogue dont je comptais me servir dans mes explorations sur la rivière. J'étais déjà impatient de me mettre en route et de faire une courte excursion sur le littoral, en passant par Aniambia. Je devais ainsi me porter à vingt-cinq milles de distance, en remontant le Fcrnand-Vaz, et faire le reste du chemin par terre, comme le lecteur peut le voir sur la carte.
Mes gens étaient prêts à partir le matin du J f|. Je m'étais assuré que Rampano avait à cœur, aussi bien que sa tribu, de me garder à demeure dans son village; d'un autre côté, je ne. craignais guère qu’on profitât de mon absence pour me voler quelque chose tant que la haute opinion qu’on avait de moi ne s'affaiblirait pas. Je rassemblai donc les habitants avant mon départ, et je leur dis que j’avais une entière confiance en eux ; que j’étais leur homme blanc ; que j’étais venu les trouver à travers toute sorte de difficultés et de dangers (applaudissements) ; que Sangala avait voulu m’avoir chez lui, mais que j’aimais mieux vivre avec les braves habitants de Biagano (redoublement d’applaudissements) ; que j’allais partir pour quelques jours, mais que j’espérais bien, à mon retour, retrouver en bon état le dépôt que je leur laissais.
Là-dessus grands cris d’enthousiasme ; « Vous pouvez partir ! n’ayez pas peur ! nous vous aimons ! vous êtes notre homme blanc ! etc. » C’est au bruit de ce concert d’acclamations (pic mes seize hommes prirent leurs rames et poussèrent au large.
A cinq ou six milles au-dessus de Biagano, sur le I’crnand-Vaz, on rencontre quelques petites îles. Quand on les a dépassées, le fieuve s'élargit jusqu’à Sanguibuiri situé à vingt milles de l’embouchure; là sa largeur est à peu près de trois milles. Les terres, d’abord trèsbasses, s’élèvent peu à peu à mesure que l’on remonte le courant; puis le fieuve se rétrécit tout à coup, pour s'étendre de nouveau, un peu plus haut, sur une largeur d’un demi-mille. A neuf heures la lune se leva sur un tableau d'une rare beauté ; Fonde paisible que nous fendions de nos rames reflétait les ombres gigantesques des arbres qui se penchaient sur ses rives , et le silence n’était troublé çà et là que par le cri de quoique bêle sauvage rôdant la nuit dans les bois, ou par le plongeon de quelque folâtre hippopotame.
Vers minuit mes hommes commençaient à se sentir fatigués ;
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LE PERNAND-VAZ.
nous déljarquftmes à un petit village, qui était presque vide et où nous ne trouvâmes que trois vieilles femmes qui, tirées par nous d’un profond sommeil, ne se montrèrent pas très -hospitalières. Mais j’avais moimême trop envie de dormir pour tenir beaucoup aux formalités de la réception. Je me fourrai sous une espèce de hangar, j'allumai du feu devant moi , et je disposai mon moustiquaire de façon à me préserver des parasites bourdonnants. Mais à peine couchés, nous eûmes à soutenir le choc d’une de ces terribles tournades qui s’abattent si souvent sur ces contrées pendant la saison pluvieuse. Heureusement, c’était une toumade sèche ; ce ne fut donc que demi-mal ; mais tant que dura le tourbillon, il fallut nous tenir au large, loin des cabanes, de peur qu’elles ne nous tombassent sur la tète.
Le lendemain nous quittions le village, après avoir payé notre logement avec un peu de tabac qui fut fort bien reçu de nos hôtesses, et nous arrivions peu de temps après à une partie du fleuve qui s’élargit pour former un joli lac, dont la vue est des plus pittoresques ; ce lac est couvert de petites Iles vertes , si serrées parfois les unes contre les autres, qu’elles retiennent ses eaux paresseuses dans une multitude de lagunes, de petites anses et de canaux étroits.
Tout en naviguant sur le fleuve, nous ne nous écartions guère du littoral ; en réalité, nous longions la côte plutôt que nous n’avancions dans l’intérieur. Ce fleuve nonchalant promène ses eaux le long du rivage bas et sablonneux ; il semble qu’il n’ait pas la force de se frayer un chemin jusqu’à la mer, si proche de lui cependant que de temps à autre on peut entendre le mugissement des vagues.
Vers dix heures, nous atteignîmes une autre petite baie ou lagune, près de laquelle . sur une haute colline , s’élevait le joli village de lgalé-Mandé. De ce côté, l’aspect du fleuve est enchanteur; d’épaisses forêts bordent ses rives; sur les arbres qui ombrageaient notre navigation était perché ou gambadait ce gracieux et curieux petit singe, le cercocebus collaris, à qui sa barbe blanche prête une physionomie si originale et si vénérable. Ce village est à peu près à quarante milles de l’embouchure du fleuve. Nous n’y trouvâmes qu’un homme et sa femme ; le reste des habitants était allé à la récolte de l’huile de palmier.
Ici, une partie de ma troupe refusa d'aller plus loin. Il parait
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qu'ils avaient noué quelque intrigue avec des femmes d’Aniambia , et qu’ils craignaient de tomber entre les mains des maris courroucés. Je les laissai donc en arrière , ne me souciant pas de me faire une querelle pour les protéger ; ce qui n’aurait pas manqué d’arriver si je les avais amenés avec moi.
Il serait dangereux, quand on voyage en Afrique, de permettre à un tiers d'intervenir dans les affaires des gens que l’on a A son service. Je ne l’ai jamais souffert, même lorsque mes hommes étaient dans leur tort.
D'Igalé à Aniambia, nous avions deux heures de marche à travers des prairies. Nous y trouvâmes une multitude d’oiseaux , dont plusieurs tout nouveaux pour moi. L’un d’eux particulièrement, le mycteria Senegalensis , avait de si longues jambes qu’il me dépassait A la course. J’essayai de le rattraper, mais, quoiqu'il ne s’envolât pas, il me précédait toujours de si loin que je ne pouvais arriver A portée de le tirer.
Aniambia est situé sur le rivage de la mer, près d’une pointe du cap Sainte-Catherine, au nord. Cette pointe protège le débarquement. LA était autrefois le point central de la tribu des Commis, aujourd’hui dispersée. Il y a vingt ans , le roi Regundo y régnait sur une population de près de trois mille Ames; c’était une place renommée pour ses marchés d'esclaves, comme pour l'ivoire et les autres produits de l’Afrique. Les indigènes parlent toujours avec vénération de leur grand roi. Après sa mort, les principaux personnages du pays se divisèrent en familles rivales, la ville fut détruite, et peu à peu la tribu se dissémina sur la surface du pays. La mort de leur roi avait porté le coup fatal A leur prospérité. Depuis cette époque, le nombre des factoreries s’est réduit , et ce peu même a fini par disparaître ; car les indigènes ne remboursaient pas les avances qu’on leur faisait ; et comme ils n'avaient plus ni roi ni chef, on ne pouvait pas se faire rendre justice; les blancs ont enfin cessé de les visiter. Une fois par hasard ils attirent adroitement chez eux quelque malheureux capitaine , qui n’est pas au fait de leur friponnerie : ils le plument sans miséricorde et no le lâchent d’ordinaire qu'après l’avoir ruiné.
Ils mettent toujours le même empressement A guetter le passage des navires. La principale maison de commerce se dresse dans toute
LE ROI OLENGA VO.MBI.
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sa gloire au milieu du village. Le pavillon anglais (lotte au sommet d’un grand mât, pour signaler l’approche des bâtiments. Dès qu’il est arboré, une pirogue se tient prête à aller aborder le marchand qui passe ii sa portée.
Le roi régnant, Olenga Yombi, quitta vite ses plantations à la première nouvelle de l’heureuse arrivée d’un blanc, et je lui lis ma visite de cérémonie. 11 était entouré des principaux habitants. Sa Majesté portait une grosse redingote et pas de pantalon ; quoique la matinée ne fût pas avancée, il avait déjà avalé une bonne quantité de rhum ou de vin de palmier. 11 me fit asseoir à sa droite ; je lui dis alors que j’étais venu pour acheter un peu d’ivoire et surtout pour chasser dans son pays giboyeux. J’appuyai mes discours par un cadeau de quelques coupons d’étoffe, de pipes et de têtes de tabac qui le mirent en belle humeur ; il déclara que j’étais un bon garçon et que je pouvais aller où bon me semblerait.
En conséquence, je sortis du village dans l’après-midi, mais je ne trouvai aux environs qu’un terrain bas, plat, presque tout en prairies. Ces grandes pelouses étaient couvertes de myctérias aux longues pattes, de jolis égrettas, et aussi d’autres beaux oiseaux, dont le plumage de couleur d’or foncé et le long cou soyeux, blanc comme la neige, ressortaient brillamment sur le tapis de gazon.
La nuit venue, je pris un guide et j’allai voir si je trouverais à tirer quelque gibier plus important que des oiseaux. On dit que le gorille se rencontre en arrière de ces parages, mais je ne m'attendais pas à une pareille aubaine. Nous n’avions encore fait que peu de chemin, quand mon guide m’indiqua du doigt deux points qui brillaient comme des escarboucles dans l’épaisseur du fourré. « Un léopard ! » murmura-t-il tout tremblant; mais ce n’étaient que deux grosses mouches luisantes, placées de telle façon qu’on eût dit les yeux étincelants du terrible animal.
Yers deux heures du matin, j’entendis un grognement qui m’annonçait l’approche d’une troupe de sangliers. Je me postai à l’affût sur leur passage et j’abattis le plus beau de la bande. Le reste s’esquiva sans faire mine de combattre, ce qui arrive souvent à ces animaux sournois.
Le soir qui suivit, le 17, le roi donna un grand bal en mon hon-
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neur, genre de fête que j’ai en aversion, mais auquel on ne peut se soustraire, tant les indigènes s’en réjouissent. Toutes les épouses du roi, au nombre do quarante, et toutes les femmes du village et des environs y assistaient. Heureusement les danses avaient lieu en plein air et non dans une chambre comme au cap Lopez. Les femmes étaient rangées d’un côté, les hommes de l’autre. Au bout de la file étaient assis les musiciens ou tambours tapant à tour de bras sur leurs énormes tams-tams, vacarme infernal et assourdissant à rendre fou l’homme le moins nerveux, et comme les tams-tams n’étaient pas encore au niveau de la circonstance, les chants et les cris s’en mêlèrent avec accompagnement de vieux chaudrons battus avec frénésie, pendant que, pour compléter ce charivari, bon nombre de petits garçons, assis près des tambours, frappaient ingénieusement sur des morceaux de bois creux. Il est curieux de voir quelle exaltation produit le son du tam-tam en Afrique. Il agit sur eux comme la musique militaire sur les Français. Dès qu’ils l’entendent, ils perdent tout empire sur eux-mêmes; plus cette horrible timbale retentit sous des coups énergiques, plus les hommes mettent d'ardeur dans leurs gambades sauvages, et les femmes d’indécence dans leurs contorsions.
Comme on le pense bien, battre du tam-tam n’est pas un travail d’agrément. Le nègre le plus robuste est sur les dents au bout d’une heure tout au plus ; aussi, quand le divertissement dure toute une nuit, y a-t-il plusieurs escouades de tambours qui se relèvent.
Ces noirs s’amusaient de tout leur cœur; leur seul regret était qu’il n’y eut pas là. un bon baril de rhum pour boire à discrétion pendant l’intervalle des danses; mais ils s’enivraient avec du vin do palmier dont on servait à la ronde des rasades copieuses. L’enthousiasme redoubla quand le roi se mit à danser; Sa Majesté était fort joliment ivre ; ses gambades excitèrent des applaudissements unanimes. Ses femmes s’inclinaient jusqu’à ses pieds à chaque cabriole qu’il faisait, en lui donnant les marques du plus profond respect, et pendant ce temps-là, tambours et chaudrons battaient et sonnaient et faisaient rage plus que jamais.
Après avoir tenu bon, tant que je pus, deux bonnes heures, j’allai me coucher, mais sans pouvoir dormir, car le tapage dura jusqu'au jour.