‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 98 sur 247 · LES FÉTICHES ET LEURS TEMPLES · texte numérisé non relu

LES FÉTICHES ET LEURS TEMPLES

Le lendemain, j'allai visiter deux cabanes de fétiches; car Aniambia est favorisé de la protection de deux esprits d'une très-haute puissance, Abambou et Mbuirri. On les avait logés dans de petites cabanes, chacune de six pieds carrés sur six pieds de haut. Le fétichman, qui est en même temps le docteur et l’oracle du pays, me mena dans l’endroit où s’élevaient ces cabanes , à l’extrémité du village, et m’en ouvrit respectueusement les portes, pour me faire contempler la sainteté du lieu.

Dans la demeure d’Abambou, je vis un feu allumé, qu'il n’était pas, me dit-on, permis d’éteindre. Je n’aperçus pas d’idole, mais seulement un large coffre, sur lequel étaient quelques morceaux de craie blanche et rouge, et des plumes de perroquet rouges. La craie servait à faire des marques sur le corps des dévots, lorsqu'ils venaient là pour accomplir quelque vœu ; quant aux plumes, c’était sans doute quelqu’un des ornements de l’esprit.

Abambou est le diable des Commis. Il est méchant et malfaisant; il habite près des tombeaux et des cimetières, et se plaît dans le voisinage de la mort. Il rôde parfois à travers le pays, et si quelqu’un l’offense, il a le pouvoir de le rendre malade ou de le tuer. Les Commis lui font cuire des aliments que l’on va déposer dans les endroits les plus solitaires du bois; puis on lui adresse des prières mêlées de flatteries, on le conjure d’être bon pour ceux qui l’adorent, c’està-dire de se retirer d’eux. J’assistais une fois à une assemblée où Abambou était invoqué publiquement. Les nègres criaient continuellement : « Nous nous trouvons bien comme nous sommes ! — nous sommes contents! — ne nous fais pas de mal! — sois notre ami et laisse-nous tranquilles. »

Les offrandes de bananes, de cannes à sucre et d’arachides sont servies sur des .feuilles par des hommes libres, mais les esclaves déposent les leurs sur la terre nue. Quelquefois celui qui offre le sacrifice prie Abambou de faire périr ses ennemis. Un lit est dressé dans la cabane d'Abarnbou, pour qu’il puisse s’y reposer de temps en temps, quand il est fatigué d’aller et de venir sur la côte. A l’époque de la nouvelle lune, une profonde tranquillité règne dans les villages du Camma, et alors les habitants adressent leurs prières à leurs esprits ; car chaque famille ou subdivision de tribu en a deux,

ÏÎ8

qui habitent une petite cabane du village, sous la garde du plus ancien chef de cette famille.

Mbuirri, que je visitai ensuite, est logé et entretenu comme son rival. C’est un bon esprit, et sa puissance, à ce que j’ai pu voir, est semblable à celle d’Abambou.

Mais comme il est moins méchant, il est moins honoré.

Il y a un troisième et redoutable esprit, appelé Ovengoua. C’est un terrible preneur et mangeur d’hommes. On ne l’adore pas et il n’a pas le pouvoir de rendre les gens malades; mais il erre incessamment à travers les forêts, saisissant et tuant les malheureux voyageurs qui se trouvent sur son chemin. Pendant le jour, il se tient dans des cavernes, mais la nuit il rôde en liberté; quelquefois il entre dans le corps d’un homme, et sous cette forme il bat et assomme tout ce qu’il rencontre dans l’obscurité. Quelquefois aussi, à ce que l’on rapporte, des hommes résistent à l’attaque de l’esprit, le frappent à coups de lance et le tuent. Dans ce cas , il faut brûler son corps et n’en pas même laisser subsister le plus petit os, de peur qu’un nouvel Ovengoua ne renaisse de ces restes. Il y a beaucoup d’endroits où, pour rien au monde, un nègre ne voudrait se hasarder la nuit, tant il a peur de ce terrible monstre. Cruelle superstition chez ces peuples ignorants et crédules, dont la terreur n’a rien qui m’étonne !

Ils ont encore cette étrange croyance, que, lorsqu’un homme est mort ensorcelé, ses ossements sortent de son tombeau un par un pour se ranger sur une seule ligne, et cette ligne d’ossements forme peu à peu un Ovengoua.

Ce n’est pas chose aisée que de se rendre compte des idées religieuses de ce peuple qui n’a lui-même aucune notion bien arrêtée.

D’ailleurs, sur ce sujet comme sur bien d’autres, les nègres ne sont pas du tout communicatifs.

Je me mis en campagne le 19 pour essayer de tuer quelque s

buffle ; on m’avait dit qu’il y en avait dans les prairies qui bordaient le village. Je me fis accompagner d’un chasseur, nommé Ifouta, h qui il arriva un accident causé par son défaut de présence d’esprit.

Nous étions en quête depuis une heure, quand nous aperçûmes un taureau qui paissait au milieu d’une petite prairie; les bois environ-

Page 1