‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 99 sur 247 · ACCIDENT DE CHASSE · texte numérisé non relu

ACCIDENT DE CHASSE

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nanls facilitaient notre approche, lfouta s’avança du côté opposé h. celui où je me tenais à l’affût, afin que l'animal effrayé par lui se sauvât dans la direction où je l’attendais. Il se mit donc à ramper dans l’herbe, suivant la manière de chasser de ces gens-là, pour s’approcher peu à peu de l’ennemi. Tout alla bien jusqu’à ce qu’il fût arrivé à portée ; malheureusement le taureau l’aperçut à ce moment-là. lfouta tira aussitôt, mais il ne fit que blesser l’animal qui devint furieux et s'élança sur lui.

Ce fut alors que le pauvre lfouta perdit la tête. En cas pareil, cas très-fréquent à la chasse du boa brachyche.ros, le chasseur doit rester parfaitement tranquille jusqu’à ce que la bête ne soit plus qu’à la distance d’un bond ; alors, il se jette lestement de côté , et le taureau s’élance dans le vide; mais lfouta se releva et s’enfuit.

Un moment après, le taureau l’enlevait avec ses cornes; il le jeta en l’air deux fois, trois fois; j’accourus, et par mes cris je détournai sa fureur sur moi-même. Il se précipita sur moi ; mais mon fusil était prêt, mon coup sûr, et je le tuai.

lfouta était couvert de meurtrissures, mais au total il eut plus de peur que de mal ; quand je l’eus fait baigner dans une petite crique qui était près de là, il se trouva en état de retourner chez lui.

Le lendemain, 20 avril, j’étais prêt à repartir, quand le roi vint prendre congé de moi ; il se passa alors une scène plaisante. Comme Sa Majesté restait là fort longtemps , plusieurs de ses sujets qui guettaient impatiemment son départ, afin de conclure avec moi quelques petites affaires dont ils ne se souciaient pas de lui donner connaissance, imaginèrent de l’envoyer chercher, sous prétexte que quelqu'un l’attendait dans sa maison pour lui parler. Le roi sortit; il ne fut pas plutôt dehors , que les rusés drôles se précipitèrent chez moi et me remirent de l’ivoire, en me priant de leur donner bien vite mes denrées en échange. Je venais de terminer avec eux, lorsque le roi reparut , un gros bâton à la main , et frappant de droite et de gauche, furieux d’avoir été joué. Les pauvres diables laissèrent tomber leurs petits paquets, et détalèrent au'plus vite.

Pour retourner au village de Rampano . nous prîmes une nouvelle route, par laquelle nous atteignîmes le fleuve beaucoup plus tôt. Tout le pays d’alentour n’est qu’une belle prairie , interrompue çà et

là par des bouquets de bois. Je passai devant une partie de forêt , hantée, disait-on, par l'esprit d’une folle qui, à une époque trèsreculée, avait quitté le village voisin pour vivre là, objet d’elfroi pour les nègres. Ils. croyaient qu’elle cultivait encore ses plantations dans quelque coin caché de la forêt, et qu’elle guettait toujours les voyageurs, pour les frapper et les tuer, par pure méchanceté.

Sur les bords du fleuve, nous rencontrâmes le village deMakaga- Ongiou, dont le chef, épousant ma querelle, m’avait amené du renfort contre Songala. A ce titre, j'étais bien aise de lui faire quelques politesses. J’admirai la situation de ce village, encadré entre une belle prairie et une forêt; rien de plus séduisant que ce tableau. J’aurais voulu pouvoir m’arrêter là quelque temps; d’autant plus qu’au dire de Makaga, le cri du gorille retentit souvent dans ces bois, et que cet animal est parfois assez hardi pour venir dévaster les plantations de bananes et de cannes à sucre.

Nous fîmes toute la nuit force de rames, et nous atteignîmes Biagano le matin du 24. En aucun temps, la navigation en pirogue n’est bien attrayante, surtout la nuit; mais cette fois, pour surcroît de désagrément , nous tombâmes au milieu d'une troupe d’hippopotames dont les violents soubresauts faillirent souvent nous faire chavirer.

Je trouvai, à mon retour, les habitants de Biagano déplacés; ils avaient quitté le rivage de la mer pour venir tout près de ma maison. J’avais lieu de craindre pour mes poules et pour mes chèvres ; mais ils me jurèrent solennellement qu’ils n’avaient aucune intention de rien me voler; seulement ils ne pouvaient pas rester plus longtemps si éloignés de moi. Ce qui les attirait, au fond, c’était le tabac. Ils craignaient de n’en pas avoir, à moins d’être dans mon voisinage. Je fus obligé de paraître content ; je dois dire d’ailleurs que leur conduite ne cessa pas d’être convenable.

La journée du A mai fut marquée par une des plus vives joies que j’aie jamais éprouvées. Quelques chasseurs, qui avaient été battre les bois pour mon compte, me ramenèrent un jeune gorille rivant. Je ne puis décrire les émotions que je ressentis à la vue de ce petit animal, qui se débattait pendant qu’on le traînait de force dans le village. Ce seul instant me récompensa de toutes les fatigues et de toutes les souffrances que j’avais endurées en Afrique.

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