CHAPITRE XVII
Jquilles « Les meurtriers, au nombre de plus de cent, se mirent nds eu- alors en marche vers le poste russe. Une quarantaine d'In- | éà tra- diens étaient réunis dans leurs habitations souterraines au confluent de l’Youkon et de la rivière Noulato, à une demi-
a sou- lieue du fort. Les assaillants cernèrent le petit village, s’em-
, ensan- parèrent des canots, les brisèrent, réunirent le bois et les ra-
metière quettes qu'ils purent se procurer, placèrent le tout à l'entrée du Capi- des maisons et au-dessus des trous destinés à livrer passage
in Fran: à la fumée, puis ils mirent le feu aux débris ainsi entassés,
ici com- Les victimes qui se trouvaient dans les chambres souterraines
périrent suffoquées ou furent tuées au moment où elles cher-
hel le 12 chaient à s'enfuir. Il ne reste plus aujourd’hui dans l'infortuné du com- village que cinq ou six habitants.
nmence- « Dès le lendemain matin, les Co-Youkons, enivrés par le irti pour carnage, se précipitèrent dans la cour du fort, qui n'était la route protégée par aucune palissade. Une fatale sécurité régnait accompli parmi les Russes; sûrs des dispositions pacifiques des indi-
mauvais gènes du voisinage, ils n'avaient pas même pris le soin de ir l'hor- fermer les portes. Une femme indienne, dit-on, avait eu con- , le lieu- naissance de l'incendie et des meurtres de la nuit précédente, bmpagné mais la terreur lui avait fermé la bouche. Le commandant,
prendre ce jour-là, était sorti de fort bonne heure; les Co-Youkons le
ve pen- rencontrèrent non loin du poste, s'approchèrent de lui en
ibu qu'il rampant à travers les ténèbres, et le percèrent de plusieurs
ndormit coups de poignard. Blessé à mort, il trouva cependant la
hercher force de se traîner jusqu’au fort; il tomba, pour ne plus se
avaient relever, sur le seuil de sa propre chambre. Les Indiens se
nt dece précipitèrent dans l'habitation, où ils trouvèrent Barnard et
retour, un autre Anglais, un interprète, encore couchés dans leurs L prit la lits. Les deux Européens furent debout en un instant, et
ent; ils saisissant leurs fusils, s’efforcèrent de tenir tête à la troupe
ràun menaçante, Mais leurs coups de feu, mal ajustés, ne firent que
rs EUX ; blesser légèrement les agresseurs. Un combat terrible s'en-
s flèches gagea; Barnard, entouré, ne pouvait recharger son arme; il
s’en servit comme d’une massue; plus tard, on la retrouva,
brisée, sanglante, sur le lieu de la lutte. Enfin le courageux Anglais fut écrasé par le nombre; les assaillants le jetèrent sur le lit, où ils l’achevèrent avec leurs poignards. L’interprète fut aussi grièvement blessé.
« Au moment où les assassins sortaient de la maison, cherchant de nouvelles victimes, un Russe, posté à l’une des fenêtres du bâtiment opposé, tira sur eux. Un Indien tomba, mais un autre banda aussitôt son arc, et le dirigea vers l’endroit d’où était parti le coup. Il n'eut pas le temps de lancer sa flèche, une balle l’étendit raide mort, tenant encore son arme dans sa main crispée. Les indigènes, frappés de terreur, se dispersèrent aussitôt.
« Un Indien Lofka fut aussitôt envoyé à Saint-Michel avec une lettre adressée à M. Adams, chirurgien de la petite colonie. À une lieue de Noulato, le messager fut arrêté par les Co-Youkons, qui le fovillèrent des pieds à la tête; l’indigène avait eu la précaution de cacher le billet compromettant sous la semelle de fourrure qui garnissait le fond de ses bottes, et sa ruse ne fut pas découverte. M. Adams, averti du malheureux événement qui venait d’avoir lieu, se mit aussitôt en route. Mais la distance était longue; quand il arriva au fort, les deux victimes avaient succombé à leurs blessures. Tout ce qu’il put faire, ce fut de leur rendre les derniers devoirs. »
Pendant mon séjour à Noulato, j’allai plusieurs fois visiter la tombe de mes infortunés compatriotes; une croix marque l'endroit où ils reposent, et une inscription rappelle la date et les circonstances de leur mort.
On prétendit que le commandant du fort avait provoqué, par ses mauvais traitements, les cruelles représailles des Indiens du haut Youkon, mais cette accusation ne fut pas prouvée; elle n’expliquerait pas d’ailleurs le massacre du village indigène situé près de Noulato; les véritables causes de ce conflit sont demeurées enveloppées de mystère.
Les scènes de violence et de meurtre se reproduisent au reste fort souvent parmi les naturels de cette tribu. Pendant
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