‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 115 sur 196 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

si le sommet de quelques arbres plus élevés que les autres, rasant notre barque, nous signale leur présence. À midi, nous arrivons au confluent de la rivière Co-Youkouk, près du village du mème nom. Un de nos bateliers indigènes est de ce pays, nous faisons halte dans sa hutte et nous achetons pour notre déjeuner un magnifique brochet. En revenant au logis avec notre emplette, nous apercevons derrière une des habitations indigènes un cercueil élevé sur des poteaux et entouré d'une palissade; urñ drapeau se balance audessus.

La sofha (montagne) Co-Youkouk prolonge ses derniers contre-forts jusqu’à l’Youkon. Dans cette masse granitique, qui a la forme d'une citadelle, les couches géologiques sont disposées perpendiculairement, au lieu de l'être horizontalement comme il arrive d'habitude. A l'endroit où le fleuve vient baigner sa base, les eaux forment un rapide très-dangereux ; pour l’éviter, nous traversons de nouveau l’Youkon, qui fait ici un grand coude vers l’est.

Nous passons devant plusieurs campements indiens; bientôt nous sommes escortés par une flottille d’embarcations dont les propriétaires se rendent aux villages de Noucloukayette et de Newicargout. Leurs canots se composent d’une solide charpente de saule recouverte d’écorce de bouleau; ces embarcations ont une longueur qui varie de huit à seize pieds, suivant qu'elles sont destinées à une ou à trois personnes. Les bandes d’écorce sont cousues ensemble à l’aide de minces racines de sapin et calfatées avec de la résine. Quand les sauvages découvrent une voie d’eau, ils descendent au rivage, allument du feu, font chauffer de la résine, dont ils ont toujours une provision, mettent la barque sens dessus dessous et enduisent la couture avec le baume salutaire devenu presque liquide. ils se servent habituellement d’une pagaie simple; les doubles, pareilles à celles que le Groënlandais emploie pour conduire son kyack, sont fort peu en usage. Souvent, dans les bas-fonds, ils n’ont pas du tout recours à la rame,

mais simplement à des pieux, et ils se tiennent debout pour les manœuvrer.

Les Co-Youkons se sont approvisionnés d’un peu de viande. mais ils comptent surtout sur les hasards de la route pour se procurer les vivres dont ils ont besoin. Ils entourent notre camp, jetant sur les bagages des regards avides. Nous feignons de ne pas nous en apercevoir, car nous nous sommes fait une loi de ne rien donner qu’à ceux qui nous rendent des services. Le nombre en est plus grand qu’on ne pourrait croire. Les indigènes que nous avons engagés se fatiguent vite, et nous sommes souvent obligés de prendre des rameurs supplémentaires. En général, les Indiens ne sont pas capables d’un effort prolongé, ils font grand bruit pour quelques ampoules insignifiantes que le maniement inaccoutumé de la rame à produites sur leurs mains. Pourtant nos hommes se comportent mieux que je ne m'y étais attendu; l'Indgelète Mikechker est un garçon plein de bonne volonté, toujours prêt à s'offrir chaque fois qu'il peut être utile. Quelques-uns des Indiens qui voyagent avec nous ont des tentes de coutil qu'ils ont faites eux-mêmes sur le modèle de celles des Russes.

Ivan vient le soir nous apporter quelques œufs de canards sauvages que lui ont vendus les indigènes; c’est un objet de luxe, car on en trouve fort peu dans le pays. Nous campons près des Russes sur la rive orientale du fleuve; la place est passablement humide, mais nous en avons vainement cherché une meilleure.

28 mai. — Nous nous mettons en route à une heure du matin; les blocs et les amas de bois continuent à entraver notre marche :trois fois nous sommes obligés de traverser l'Youkon, entre autres sur un point où il a près de trois kilomètres de large. Une légère brise gonfle notre voile, ce qui diminue de beaucoup la fatigue du pagayage. Plusieurs grands peupliers croissent le long du fleuve ; ils élèvent fièrement leur tronc élancé, que cache à demi le naissant feuillage; presque tous présentent une particularité curieuse: leur tige,

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