‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 117 sur 196 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

marchons encore l'espace d'une lieue, et nous nous trouvons au confluent d’un large cours d’eau, le Melozecargout., (Dans le dialecte des Co-Youkons, la terminaison cargout signifie petite rivière; mais il faut se rappeler que si le Melozecargout semble étroit, comparé à l'Youkon, cela ne l'empêche pas d'avoir des proportions encore fort imposantes aux yeux d'un Européen.) Près de là, nous rencontrons un objet qui excite vivement notre curiosité : c'est un tronc d'érable; nulle part aux environs nous n'avons aperçu un seul de ces arbres, et les indigènes nous assurent que pour en trouver il faut remonter l’Youkon jusqu'au fort Selkirk; ce morceau de bois a donc parcouru une distance considérable, il arrive peutêtre des sources du fleuve.

La température est devenue étouffante, force nous est de suspendre notre marche, pour dormir quelques heures sur le rivage. Nous nous remettons en route le soir, aimant mieux, par cette chaleur torride, voyager la nuit que le jour. Le lendemain matin, nous établissons notre campement près de celui des Russes, en face du confluent de la Newicargout, qui forme l’une des stations les plus importantes du fleuve. Le chef de la tribu vient le soir nous trouver pour nous inviter à nous rendre dans son village, offre que nous nous empressons d'accepter. Traversant un goulet assez étroit sur la rive sud-est de l’Youkon, nous entrons dans une sorte de baie où se déverse la rivière Newicargout. C'est là que se trouve la bourgade; nous la saluons par une décharge de revolvers, de carabines, de fusils, à la grande joie des habitants passionnés pour la détonation des armes à feu, qui sont comme tous les indigènes, et qui nous rendent sans retard le compliment. Notre factotum Kouriler nese possède plus: enivré par l'odeur de la poudre, il tire sans cesse, si bien que pour mettre un terme à ses prodigalités, nous le menaçons de confisquer ses munitions.

Cent cinquante Indiens environ, parés et peints avec une grande recherche, sont venus dans ce village pour vendre

leurs fourrures; presque tous portent la tunique à double pointe ornée de dessins de perle; ils ont des poires à poudre, des gaines de couteau, des ceinturons délicatement travailiés. Ils vivent sous des tentes en coutil de coton qu'ils fabriquent eux-mèmes, ou dans des huttes formées de pieux qui sou-

poire à poudre et couteaux des Youkons.

tiennent une toiture de rameaux verts, de bandes d'écorce et | de peaux. Des feux sont partout allumés pour tenir les moustiques à distance. La température est très-chaude, le thermomètre marque 22 degrés à l'ombre.

Pendant que les Russes font marché avec les indigènes pour

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Campement d'été indien à Newicargout, au hord du fleuve Youkcn.

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