CHAPITRE XIX
quants russes. Il y a deux ou trois ans, les employés de la baie d'Hudson, ont descendu le fleuve et se sont rencontrés à Noucloukayette avec leurs concurrents moscovites. On trouve rassemblés ici des Indiens de toutes les tribus, Co-Youkons, Newicargouts, Tananas, voire même des Kotchakoutchins du fort Youkon; cette espèce de foire a réuni souvent plus de six cents indigènes.
C'est parmi les Tananas que se trouve le type Peau-Rouge
Indien Taänana,
le plus pur; ils ont le visage peint de couleurs éclatantes, des plumes ornent leur longue chevelure ; des morceaux d'argile rouge, fixé: derrière la tête, retiennent de petites aigrettes; leur court vêtement de cuir, leur pantalon de peau de renne, sont ornés de franges et de perles; ils portent des poires à poudre et des ceintures délicatement travaillées. La
lière stature de ces indigènes me rappelle l’Indien idéal de l'Amérique du Nord, dont j'ai lu de nombreuses descriptions, mais que je n'ai pas encore eu la bonne fortune de rencontrer sur mon chemin.
Avant d'entrer dans le village, il nous faut subir une sorte d'épreuve maçonnique: les naturels veulent s'assurer que nous avons « le cœur fort. » Ils se précipitent à notre rencontre en poussant des cris furieux, en brandissant leurs armes, comme S'ils avaient l'intention de nous livrer un combat à outrance. Arrivés près de nous, ils déchargent en l'air leurs fusils. Nous répondons au compliment de la mème façon ; après quoi, le vieux chef que nous avons vu à Noulato s’avance pour nous souhaiter la bienvenue. Cet indigene s'est montré fort hospitalier envers Ketchum et Labarge, lorsque, deux mois auparavant, ils se sont arrétés dans son village ; aussi nos compagnons lui ont-ils remis pour nous une lettre où ils nous prient de lui faire present de divers objets, entre autres, d’un paquet de poudre. En ce moment, Noucloukayette est totalement dépourvu de vivres ; les Indiens, quoiqu'ils aient l'estomac vide, n’en continuent pas moins à chanter et à danser avec un entrain admirable; ils savent, du reste, que la saison de la chasse à l'élan approche, et qu'ils pourront se dédommager de la maigre chère à laquelle ils sont maintenant réduits.
9 juin. — Nous nous attendions à rencontrer ici un métis, nommé Antoine Houle, qui remplit au fort Youkon l'office d'interprète; malheureusement pour nous, il a terminé trèspromptement ses transactions commerciales, et il a quitté le village avant-hier. Son empressement à s'éloigner de cette terre de disette est facile à comprendre, il n’a pu sans doute se procurer la moindre provision. Dès notre arrivée, nous avons envoyé à sa poursuite un Indien chargé, non de le ramener ici, mais de lui demander simplement de nous attendre pour faire route avec nous; cet homme vient de nous apprendre qu'il n'a pu réussir à le rejoindre, Houle ayant
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