‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 124 sur 196 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

étroit, une longue île rocheuse, submergée en ce moment, obstrue le passage, le courant est très-fort, Les hommes de halage sont descendus sur les rochers de la rive occidentale ; parfois, il nous faut, à bord, reprendre les avirons et pagayer avec une grande vigueur. Un voyageur moins amoureux de la vérité pourrait ici tracer une scène fort émouvante, mais la conscience me force à reconnaitre que nous passons sans grande difficulté. Il faut tenir compte cependant de l'étiage du fleuve; Ketchum, l’année précédente a trouvé dix pieds d'eau de plus, en sorte qu'il lui a été impossible de faire haler son embar- “ation de la rive. Depuis un mois, le niveau a baissé de douze pieds environ.

Les hauteurs qui enserrent les deux rives sont appelées au fort Youkon les « Remparts, » à cause des rochers en forme de bastion qui dominent le fleuve.

Les Indiens apportent à Dall une dent fossile d'énorme dimension; il n’est pas douteux que l’on ne puisse faire ici d'intéressantes trouvailles de ce genre.

Une petite ri ‘re, nommée la Klakinikot, vient se jeter dans l’Youaun « six milles environ au-dessus des « rapides. »

Descendus pour camper à quatre heures du matin, nous trouvons sur la rive des groseilles rouges et des groseilles à maquereau. J'avais vu, quelques jours auparavant, de la rhubarbe sauvage, dont les Indiens recueillent des quantités considérables ; sous le rapport du goût, elle ne le cède guère à l'espèce cultivée. Des buissons d'églantiers fleuris égayent partout le regard.

12 juin, — A quatre heures du matin, nous nous engageons dans une nouvelle gorge, moins resserrée toutefois que les précédentes. À neuf heures du soir, nous découvrons que le canot a encore une avarie et nous nous arrèêtons pour ia réparer.

Cette partie du fleuve abonde en gibier. L'été, les mousti-

ques infectent les bois, l'élan lui-même ne peut supporter

leurs piqüres, Pour se soustraire aux attaques de cet ennemi acharné, il s’élance vers la rivière, s'y baigne, et quelquefois gagne les îles à la nage!.

La région où nous sommes est chère au chasseur indien; nulle part, sur le cours du fleuve, on ne trouve autant dé. lans : ils sontrares au-dessus de Noucloukayette, et jamais ils ne descendent jusqu'à Noulato. Ils doivent cependant être en grand nombre sur les rives des affluents de l’Youkon et en particulier le long de la Newicargout, car à notre passage près de cecours d'eau, les indigènes nous ont fourni une provision considérable de chair d'élan. On dit qu'en hiver, les Indiens, chaussés de leurs raquettes, se mettent à poursuivre ces animaux, qui, gènés dans leur course par la neige, se fatiguent vite, et ne tardent pas à se laisser atteindre.

Dans la soirée, les chiens en dépister£ un près du rivage, ils s’attachent à ses pas, le poussent vers le fleuve et bientôt c'en est fait de lui. Dans l’eau, il perd presque toute son agilité, Sa chair est excellente, beaucoup plus délicate que celle du daim et mème du renne; son mufle, bien accommodé en ragoût, est un mets délicieux; il l'emporte à mon goût sur l'extrémité opposée du castor, la queue, qui est partout trèsrecherchée.

Sans l’heureuse diversion que la chasse amène de temps à autre, notre voyage sur cette partie du fleuve serait bien monotone.

Le 13 juin, les chiens font de nouveau sortir des bois deux élans que nous tuons sans peine. Dans la soirée du 15, au

moment où nous nous remettons en route, nous apercevons une femelle suivie de son petit; elle ne paraît nullement se douter de notre présence, malgré le bruit que nous faisons en ramant. D'un bond, je m'élance à terre, et je cherche à lui barrer le passage, mais, plus prompte que moi, elle parvient à gagner la forêt. Le faon est moins agile, je fais feu sur lui,

1. Dans certaines occasions, les Indiens se réunissent pour cerner une île qu'ils savent peuplée de rennes où d’élans, et ils font une battue en règle.

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Chasse aux élans de l’Youkcn.

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