‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 125 sur 196 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

malgré les protestations, de ma conscience, et je l’étends à mes pieds. C’est le morceau le plus succulent que nous ayons mangé de notre vie.

Pour économiser leur poudre, les indigènes chassent d'ordinaire l’élan de la manière suivante : quand ils en aperçoi-

Couteau d’Indien Youkon.

vent un dans le fleuve, ils s'approchent sur leurs canots d'écorce, le harcèlent, l'empêchent de gagner la rive; l'animal est bientôt épuisé, alors ils lui plongent un couteau dans le cœur ou dans les flancs.

Un élan pèse sept cents livres et plus ; on en cite même qui ont atteint un poids de douze cents livres.

Tant que nous sommes restés au milieu des Remparts, le halage s’est fait constamment de la rive. Le 15, nous sortons de la gorge, le fleuve s’élargit en formant des lagunes et des

bas-fonds semés d'innombrables îles. Les berges, minées par le courant, surplombent en certains endroits au-dessus des eaux. Il n'est pas rare de trouver des arbres dont les racines sont suspendues en l’air, sans autre point d'appui qu'un peu de terre et de mousse. Aussi en tombe-t-il souvent dans l'Youk on. Il nous est quelquefois assez difticile d’empècher le canot d'être envahi par l'argile ou le sable qui tombe de la rive. Nos hommes sont obligés de haler dans l'eau, ils s'avancent avec précaution sur les bancs de sable d'une interminable longueur, qui bordent le lit du fleuve. Le baidarre touche le fond et se déchire. Sans cesse, il faut s’arrèter pour le recoudre, ce qui rend le voyage fatigant à l'excès.

19 et 20 juin. — Les eaux sont alternativement rapides ou fort basses; souvent mème elles présentent à la fois les deux inconvénients. Dans la matinée du 20, nous sommes assaillis par un orage formidable, le vent souffle avec fureur, et la pluie nous pénètre jusqu'aux os; nous luttons d’abord vaillamment, mais enfin, exténués de fatigue, nous cédons à là violence de la tempête. Un grand feu allumé sur le rivage nous console bientôt de notre disgräce; nous séchons nos vêtements, et, confortablement étendus sous la tente, nous retrouvons notre philosophie, que ce contre-temps avait un peu mise en déroute. Les rivières américaines sont souvent dépourvues de bois; ici, au contraire, un steamer trouverait amplement à s'approvisionner, les troncs d'arbres sont amoncelés partout, on n'aurait que la peine de les scier et les fendre.

21 et 22 juin. — Nous savons que nous ne pouvons être loin du but de notre exploration, et cette pensée redouble notre courage. Nous sommes maintenant au jour le plus long de l’année; le soleil ne disparaît de l'horizon qu’à onze heures et quelques minutes, et son disque radieux se montre à l’orient un peu avant minuit, ainsi, nous le perdons de vue à peine trois quarts d'heure, tant nous sommes près du cercle polaire.

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Le fort Youkon, poste de la Compagnie de la baie d'Hudson.

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