‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 126 sur 196 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

A sept heures du matin, nous rencontrons une troupe d'’indigèncs du haut Youkon, c'est une famille de la tribu des Kotch-à-Koutchins. Ils campent sur le bord du fleuve, au milieu d’une fondrière, et tous sont fort occupés à faire sécher du poisson; ils nous cèdent volontiers une partie de leur pèche en échange de quelques livres de tabac, car la provision qu'ils ont apportée du fort Youkon se trouve épuisée. Ces Indiens paraissent mieux pourvus d'armes à feu que ceux de la colonie russe; ils sont propres, assez bien vètus, leurs manières annoncent un certain degré de civilisation. Leur chef Sakneota nous offre un quartier d’élan, attention gracieuse à laquelle nous répondons par le présent de quelques bagatelles.

23 juin. — Nous avons résolu d'arriver aujourd’hui au fort Youkon, en conséquence nous ne nous laisserons plus arrèter par quoi que ce soit. Au lieu de faire une seule longue halte pour nous reposer et dormir, nous abordons deux fois au rivage, mais nous n'y restons que juste le temps de prendre notre frugal repas.

Nous marchons avec une grande rapidité, sans nous laisser attendrir par les plaintes de nos Indiens, qui sont las et voudraient suspendre leur pénible travail de halage. À midi, nous passons devant la rivière Porcupine, qui vient du nord apporter à l’Youkon le tribut de ses eaux. Une demi-heure encore de pagayage nous amène en vue du fort. L'aspect n'a rien de grandiose, cependant jamais panorama splendide ne fut salué avec plus d'enthousiasme, Nous déchargeons à la fois toutes nos armes, et, du rivage, les employés du poste répondent à notre salut. Kuriler n’a garde de négliger une si belle occasion de brüler de la poudre; il s'en donne à cœur joie, et peu s’en faut qu'il ne nous brise le tympan. Deux jeunes Écossais et un Français métis sont venus sur le rivage pour nous recevoir; ils forment en ce moment toute la garnison du fort, le commandant et la plupart de ses horames faisant leur tournée annuelle pour acheter des vi-

vres. Une foule d’Indiens campent en dehors des palissades, Nous nous élançons à terre, où nous distribuons force poignées de main à tout le monde, tant aux Européens qu'aux indigènes, bientôt après, nous sommes installés dans une des chambres du fort. Nous avons mis un mois à parcourir deux cents lieues, encore n'avons-nous pris que trois jours de repos.

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